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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 19:10

LE MARXISME ET LA DEMOCRATIE MUSULMANE

Vous trouverez ci-dessous la traduction française de la deuxième et dernière partie d’une très longue mise au point du bureau politique du mouvement des socialistes révolutionnaires d’Egypte relative à la question des relations entre, d’une part, les socialistes révolutionnaires et, d’autre part, les frères musulmans.

La mise au point est disponible en totalité en anglais à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

https://global.revsoc.me/2015/07/on-the-counter-revolution-and-the-islamists-an-invitation-to-open-discussion

Certains peuvent confondre notre perception de la déclaration et notre analyse historique et sociale des frères musulmans. Ce document n’offre pas un exposé détaillé de cette analyse et de son développement à travers différentes étapes depuis les années 1990. Nous ne sommes pas en désaccord avec celui qui souligne la nécessité de développer cette analyse avec le changement des circonstances politiques et historiques. Cependant, les grandes lignes de cette analyse ont été mal comprises par certains, parfois de bonne foi et parfois pour d'autres raisons. Peut-être est-il donc utile de rappeler les points clés ici, car cela est susceptible de supprimer certains des malentendus et des tensions.

Nous rejetons naturellement l'analyse qui semble être devenue dominante dans certains milieux, à la grande joie de Rifaat al-Saïd, l'allié stalinien le plus proche du régime, et qui décrit le mouvement islamiste en général, et avec lui les frères musulmans, comme un mouvement fasciste. Tout d'abord, nous devons faire la différence entre le contexte historique, social et politique. Le fascisme est un terme utilisé pour décrire les mouvements nés et qui ont grandi rapidement dans les pays tels que l'Allemagne et l'Italie dans les années 1920 et 1930, après l'échec d'une vague de révolutions ouvrières. Ces mouvements ont profité de la panique parmi de larges sections de la classe moyenne sur le danger de la révolution qu’elles estimaient conduire au chaos et ils ont exploité leur besoin de réprimer les mouvements révolutionnaires et en particulier le mouvement ouvrier. En fait, à un niveau superficiel, le régime d’Abdel Fattah al Sissi et la mobilisation qu'il a réalisée est beaucoup plus proche du fascisme historique que ne le sont les frères musulmans.

La théorie selon laquelle la fraternité musulmane serait une sorte de fascisme religieux était, et reste, une simple justification intellectuelle superficielle pour le soutien des sections de la gauche traditionnelle, et maintenant des nassériens et des libéraux, non seulement au coup d’état d’Abdel Fattah al Sissi, mais même au régime militaire, à la contre-révolution et à la répression du mouvement islamiste et de toute personne qui se présente comme un obstacle sur le chemin du projet d’Abdel Fattah al Sissi, pour la raison selon laquelle elle soutiendrait une alliance avec le fascisme religieux.

Il y a une autre tradition dans la gauche, qui refuse de décrire le mouvement islamiste comme fasciste, mais qui le voit comme pas moins dangereux que la contre-révolution représentée par Abdel Fattah al Sissi. Le point de vue mis en avant par ce courant peut être résumé comme suit, nous sommes bien sûr contre la dictature militaire, nous voulons lutter pour les objectifs démocratiques et sociaux de la révolution du 25 janvier 2011 et nous voyons ce qui est arrivé en Egypte sous le régime militaire comme une contre-révolution, non seulement la suppression de la fraternité musulmane de la scène politique, mais le déracinement et la destruction de la révolution égyptienne. Cependant, en raison de la trahison de la révolution par la fraternité musulmane, de leur nature réactionnaire, de leur adoption des mêmes politiques qu’Hosni Moubarak, de leur alliance avec les salafistes et de leur sectarisme, à cause de tout cela, notre combat contre la dictature ne doit pas seulement être indépendant du combat de la fraternité musulmane mais, en fait, nous devons mener deux combats en même temps. Nous devons lutter contre ce qui pourrait être décrit comme deux ailes de la contre-révolution, l'aile de la dictature militaire et l'aile de la réaction religieuse représentée par les frères musulmans et leurs alliés.

Nous considérons naturellement que ceux qui soutiennent cette position sont nos camarades dans la lutte contre la dictature militaire, même si nous sommes en désaccord avec eux fortement sur leur compréhension du mouvement islamiste et de la scène politique actuelle.

Nous voyons un grand danger que cette position conduise finalement à un soutien à la dictature militaire par la paralysie, ou en agissant comme un spectateur dans la bataille, en acceptant le statu quo et en attendant l'issue de la lutte. Cela revient à dire que nous attendons l'écrasement de la fraternité musulmane, après quoi ce sera sûrement le tour de l'opposition laïque et avec elle des adversaires de gauche de la dictature.

Pourtant, ce que nous voyons depuis le coup d’état militaire, c’est que chaque étape vers l'écrasement de la fraternité musulmane rétrécit l'espace politique pour tout le monde et ouvre la voie à la répression de tous. C’est une erreur stratégique de garder le silence sur la répression de la fraternité musulmane ou de ne pas dire que la défense de la fraternité musulmane contre la dictature brutale est une partie intégrante de la lutte pour la démocratie et pour le retour de la révolution égyptienne. Cette erreur conduit à la marginalisation de l'opposition de gauche à la dictature.

Lorsque nous décrivons les frères musulmans comme un mouvement réformiste, nous n’appliquons pas les mêmes critères que dans le cas des mouvements réformistes dans l’occident capitaliste, comme les partis sociaux-démocrates, par exemple. Le contexte historique est différent, tout comme dans le cas du fascisme. Les racines de la fraternité musulmane se situent dans les classes moyennes éduquées, en particulier dans les villes, y compris les villes de province. Les racines de la sociale démocratie occidentale sont dans la bureaucratie syndicale qui fait également partie de la classe moyenne mais le contexte de sa composition et de sa relation avec la base du mouvement syndical est un phénomène qualitativement différent de l'islam politique et en particulier des frères musulmans.

Cependant, il y a des caractéristiques des mouvements réformistes qui s’appliquent aux frères musulmans. La composition sociale du mouvement, y compris la majorité de ses dirigeants, est basée sur la classe moyenne éduquée.

C’est la couche idéologiquement dominante, non seulement parmi les grandes sections de la classe moyenne, mais aussi en tant que résultat d'un travail de bienfaisance parmi des sections significatives des pauvres et de la classe ouvrière. Dans le même temps la fraternité musulmane a développé une organisation avec une représentation significative au sein de la bourgeoisie commerciale, bien que sa représentation au sein de la grande bourgeoisie soit marginale en Egypte.

Cette composition inter classiste, avec sa moelle épinière formée de la classe moyenne éduquée, fait que la fraternité musulmane est une organisation très contradictoire. D'une part, des sections de sa base poussent à une confrontation plus radicale avec le régime, tandis que les sections de la classe moyenne et de la bourgeoisie traditionnelle cherchent un terrain d'entente avec lui. Ainsi, les frères musulmans ont passé ces trois dernières décennies dans un état d'oscillation constante entre l'apaisement et la confrontation, entre la contestation du régime, mobilisant contre lui, et la tentation d'obtenir un accord leur permettant une participation plus large au sein du même régime.

La performance des frères musulmans durant les années de la révolution et de la contre-révolution confirme la nature contradictoire et vacillante de l'organisation. Ils ne sont certainement pas un mouvement révolutionnaire. Ils ne sont pas capables d’une mobilisation révolutionnaire, au contraire, ils ont peur de cette mobilisation. Dans le même temps, la composition sociale de la fraternité musulmane la pousse à participer à l'opposition au régime, non seulement suivant l'ordre du jour réactionnaire de la classe moyenne traditionnelle, mais aussi sur des questions telles que la démocratie, la corruption, la tyrannie et l'injustice sociale, mais en utilisant un vocabulaire opaque. Cette ambiguïté est une conséquence logique d'une entité qui est contradictoire en termes de classes qui tentent de se manifester.

Ceci est un résumé très court, dans le seul but de clarifier les points qui avaient conduit à l'incompréhension de la déclaration. C’est la raison pour laquelle nous considérons les frères musulmans comme une organisation réformiste, qui se dresse comme un obstacle dans la voie de l'achèvement de la révolution, mais qui n’est pas l'une des ailes de la contre-révolution.

Rien de ce que nous avons dit ici ne doit être pris comme un appel à l'alliance avec les frères musulmans. Mais cela signifie certainement que nous défendons leurs cadres et leurs partisans contre la brutalité de la contre-révolution. Cela signifie aussi certainement la clarté dans les publications et les travaux pratiques, l'ennemi du mouvement révolutionnaire en Egypte est la dictature militaire au pouvoir. Cela signifie certainement que nous avons besoin de construire un nouveau front révolutionnaire qui ne souffre pas de l'islamophobie et qui est préparé pour éviter l'hystérie de la confrontation entre les islamistes et les laïcs. Notre objectif est de construire un large front révolutionnaire qui, bien qu'il ne rejoigne pas les frères musulmans, est ouvert au travail avec les jeunes islamistes qui sont confrontés à la machine de répression militaire chaque jour.

Cela ne signifie pas que nous vous proposons un instant d’abandonner notre critique raisonnée des positions réactionnaires du mouvement islamiste, ni de ménager le régime, ni de compromettre l'indépendance de nos slogans, de nos perspectives, de nos drapeaux et de notre organisation.

Tout ce que nous avons écrit ici est une invitation à discuter de ces idées dans le sens le plus large possible. Ce n’est pas une attaque contre personne, sauf ceux qui ont trahi la révolution, qu'ils soient de gauche ou islamistes. Quant à ceux qui veulent véritablement travailler sans relâche à la longue tâche ardue de faire tomber la dictature militaire et au retour des objectifs de la révolution de janvier, nous devons montrer notre appréciation, notre respect et le désir de travailler ensemble. Il est temps d'aller au-delà d'un état de tension et de l'échange d'insultes et de commencer à débattre et à construire. Car le temps n’est pas de notre côté.

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