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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 20:01

http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/09/19/ces-intellectuels-dont-s-entiche-le-fn_4763565_823448.html

Jacques Sapir et Michel Onfray, ces intellectuels dont s’entiche le Front National

Par Olivier Faye

Samedi 19 Septembre 2015

Le parti de Marine Le Pen voit en certains penseurs des alliés objectifs, réalité ou tentative de récupération ?

L’occasion était trop belle pour n’être point saisie. Quand l’économiste Jacques Sapir, réputé proche du Front De Gauche (FDG), appelle dans une interview au Figaro, Vendredi 21 Août 2015, à un « front de libération nationale » contre l’euro, dans lequel le Front National aurait toute sa place, du côté du Front National, on a rougi de plaisir. Enfin, un intellectuel respecté par une large partie du spectre politique validait les thèses frontistes ainsi que son rôle d’acteur d’un éventuel changement. Dans un tweet, Marine Le Pen se félicite, « le débat bouge enfin sur l’euro en France. Très heureuse d’en être à l’origine et de porter l’espérance d’une sortie de cet enfer ». La présidente du Front National ne cache pas son admiration pour le travail de ce directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), bon connaisseur de la Russie, qu’elle relaie abondamment sur twitter sous son pseudonyme d’Anne Lalanne.

Quelques jours plus tard, c’est le philosophe Michel Onfray qui vole au secours de Jacques Sapir, vilipendé de part et d’autre pour ses déclarations, et en particulier dans sa famille politique d’origine, la gauche radicale. « Jacques Sapir ne brouille pas les choses, il les éclaircit », réplique Michel Onfray sur France-Culture. « L’idée est bonne de fédérer les souverainistes des deux bords. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon partagent nombre de positions. Mais il faut s’adresser à un individu au-dessus des partis qui serait capable de fédérer ».

Le fondateur de l’université populaire de Caen a déjà été la cible de critiques pour avoir estimé que seule Marine Le Pen parlait au « peuple », les élites « libérales » l’ayant selon lui abandonné au profit des marges. « Ils sont dans le réel, ils voient que le Front National est un grand parti politique qui fait vingt-cinq à trente pour cent des voix », se réjouit Florian Philippot, bras droit de Marine Le Pen. « Pour Jacques Sapir, un front sans le Front National serait un micro front ».

L’abandon des classes populaires

Les temps changent. Jusqu’ici, depuis sa fondation, en 1972, le Front National ne faisait pas recette chez les intellectuels, mais plutôt contre lui. Les dirigeants frontistes, tout à leur stratégie de dédiabolisation, ne peuvent que se réjouir d’entendre aujourd’hui des personnalités adoubées par le « système » leur ouvrir la porte de la respectabilité. « Tout intellectuel qui sort du troupeau bêlant du politiquement correct est un allié objectif du Front National », assure Marine Le Pen. La députée européenne jure ne pas chercher à instrumentaliser ces « alliés » présumés. D’autant que ces derniers rejettent une quelconque volonté d’alimenter la dynamique du Front National. « Je suis contre cette technique qui consiste à essayer de capter un écrivain pour en faire un porte-parole de campagne », revendique la présidente du Front National, voire.

Quand ils s’expriment à la télévision ou à la radio, les élus frontistes aiment citer des penseurs a priori peu suspects d’accointances avec leur mouvement pour mieux appuyer leur propos.

En 2011, Jean-Marie Le Pen promettait une « carte d’honneur » du parti à la démographe Michèle Tribalat pour la féliciter d’avoir fait état de ses « inquiétudes » sur l’islam.

Désormais, c’est le géographe Christophe Guilluy, auteur de « la France périphérique », aux éditions Flammarion, en 2014, qui est porté aux nues par de nombreux dirigeants. Ses travaux sur l’abandon des classes populaires dans les zones péri urbaines et rurales trouvent un fort écho au Front National. Le parti a repris le thème de la « France des oubliés » comme argument de campagne.

« Christophe Guilluy est quelqu’un de très intéressant. Il théorise, met des mots sur des choses que nous avions perçues et n’hésite pas à parler du petit monde blanc », applaudit Marion Maréchal-Le Pen.

Comme la députée du Vaucluse, Florian Philippot distingue lui aussi le géographe pour sa « contribution » au débat. Il loue par ailleurs le dernier livre d’Emmanuel Todd, « qui est Charlie », aux éditions du Seuil, en 2005, qui selon lui a « brisé le côté malsain de la religion du Dimanche 11 Janvier 2015. Emmanuel Todd a aussi évolué sur l’euro en expliquant qu’il a bousillé des générations entières. Il nous aide, malgré lui peut-être, à développer nos arguments sur ces sujets-là », estime le député européen. Hors de question, pour autant, de chercher à rencontrer ces figures du monde intellectuel. Officiellement, il convient de ne pas les griller. « Les intellectuels, les journalistes et les philosophes qui participent de nos idées sont plus utiles en dehors du parti. Ils ne doivent pas être suspectés de connivence. Un Michel Onfray surpris à table avec moi serait cloué au pilori dans la seconde », veut croire Marion Maréchal-Le Pen. Ce qui ne l’empêche pas d’égrener les noms de ses « alliés objectifs », Elisabeth Levy, directrice de la rédaction du magazine conservateur Causeur, Alain Finkielkraut ou encore le journaliste Eric Zemmour.

« Politiques de tous bords »

Ce dernier jouit d’un traitement à part au sein du Front National, puisqu’il est un des rares à fréquenter ses dirigeants. « Je les rencontre comme je rencontre les politiques de tous bords », explique-t-il. « Eric Zemmour est adoré chez les militants du Front National, comme chez ceux des Républicains, mais il n’est pas écouté sur le plan stratégique. Il se montre assez critique sur les choix économiques et sociaux, il est plus sur la ligne plus libérale de Marion Maréchal Le Pen », note Philippe Martel, ami du journaliste et conseiller de Marine Le Pen.

Marion Maréchal-Le Pen le lui rend bien puisque la jeune femme boycotte les plateaux d’iTele depuis que l’auteur du « suicide français », aux éditions Albin Michel, en 2014, a été débarqué de la chaîne d’information en continu, en décembre 2014. Les bouleversements récents opérés à la direction de la chaîne devraient changer la donne.

D’autres « alliés objectifs » regrettent de leur côté que le parti d’extrême droite les assimilent à ses thèses. « La récupération, on ne peut rien y faire », note Christophe Guilluy, qui revendique travailler pour le Parti Socialiste. « Quand j’utilise le terme de petit blanc, c’est pour parler des petites gens, toutes classes populaires confondues. Le Front National, lui, veut utiliser cette expression dans une logique plus identitaire que sociale ».

Ils défendent surtout le fait que les champs politiques et scientifiques ne doivent pas être confondus. Les idées ne sauraient être réduites à un parti ou à une personnalité politique.

« Daniel Bensaïd, penseur important de l’ancienne Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), a écrit sur Jeanne d’Arc, elle n’appartient pas au Front National », fait valoir Jacques Sapir. « Pour ma part, je n’écris pas en pensant au Front National, je n’ai pas varié depuis quinze ans. Mes idées sont dans le domaine public, je ne vais pas interdire à quelqu’un d’acheter mes livres. Ce n’est pas parce qu’Adolf Hitler a fait référence à Friedrich Nietzsche que Friedrich Nietzsche aurait été hitlérien ». Et l’économiste de rappeler que ce ne sont pas tant les intellectuels qui alimentent le vote en faveur du Front National, mais bien l’action des dirigeants placés à la tête du pays.

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