Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 20:22

Un rapport de l’Organisation des Nations Unies (ONU) parle de politique d’extermination en Syrie (Reuters)

Le nombre massif de décès dans les geôles syriennes tient de la politique d’extermination et est assimilable à un crime contre l'humanité pratiqué par le régime de Damas, estiment des enquêteurs de l’ONU dans un rapport rendu public Lundi 8 Février 2016.

Cette commission d'enquête demande au conseil de sécurité de l’ONU d'imposer des « sanctions ciblées » aux membres de la hiérarchie civile et militaire syrienne directement responsables ou complices de la mort, de la torture et de la disparition de détenus. Elle s'abstient de les nommer mais la liste est détenue dans un coffre à l’ONU à Genève.

Le rapport, intitulé « loin des yeux, morts en détention » couvre la période allant du 10 mars 2011 au 30 novembre 2015 et s'appuie sur des entretiens avec six cent vingt et un survivants et témoins ainsi que sur du matériel documentaire réuni par l'équipe dirigée par le Brésilien Paulo Pinheiro.

Le nombre de personnes maintenues en détention par le gouvernement du président Bachar al Assad est estimé à plusieurs dizaines de milliers.

Des milliers d'autres ont « disparu » après leur arrestation par les forces de sécurité gouvernementales ou leur enlèvement par des groupes armés, soulignent les enquêteurs de l’ONU.

« Les meurtres et décès décrits dans ce rapport surviennent à une fréquence élevée, sur une longue période de temps et en de multiples endroits, avec un soutien logistique important impliquant de vastes ressources de l’état », poursuit le rapport.

« Il est raisonnable de penser que la conduite décrite revient à une extermination assimilable à un crime contre l'humanité ».

Pénalement responsables

De même, ajoutent les enquêteurs, il est raisonnable de penser que des « officiers de haut rang », parmi lesquels les chefs des administrations responsables des centres de détention et de la police militaire, ainsi que leurs supérieurs civils, sont au courant de ces décès massifs en détention.

Ils sont donc « pénalement responsables à titre individuel », estiment les experts de l’ONU, qui réclament une nouvelle fois que la Syrie soit poursuivie par la Cour Pénale Internationale (CPI).

La fille de l'avocat Khalil Matouk, porté disparu depuis octobre 2012, a raconté avoir été détenue pendant deux mois en 2014 par la sécurité militaire à Damas en raison de ses activités politiques alors qu'elle était étudiante.

« J'étais avec dix autres filles dans une pièce d'un mètre et demi sur deux mètres. Les garçons, eux, étaient trente ou quarante dans ce genre de pièces et certains mouraient », a-t-elle dit à Reuters lors d'une visite la semaine dernière avec Amnesty International à Genève.

« Il y avait plein d'insectes et nous dormions à même le sol, il n'y avait pas de toilettes dans la pièce. Nous avions le droit de sortir pour aller aux toilettes trois fois par jour, nous appelions cela le pique-nique parce que nous pouvions marcher un peu. Parfois, nous trouvions des morts dans les toilettes, rien que des hommes, c’était horrible ».

Veto russe

Quant aux groupes islamistes Front al Nosra et Etat Islamique, ils ont commis des exécutions de masse de soldats gouvernementaux qu'ils avaient capturés et ont soumis les civils à des « procès illicites » par des tribunaux religieux ayant ordonné des peines capitales. Cela constitue des crimes de guerre et, dans le cas de l’Etat Islamique, des crimes contre l'humanité.

« La recherche des responsabilités pour ces crimes et d'autres doivent faire partie de toute solution politique », concluent les enquêteurs.

Lors d'une conférence de presse, Paulo Pinheiro a déploré que les enquêteurs de l’ONU n'aient pu en cinq ans se rendre dans les centres de détention gouvernementaux, malgré des demandes répétées.

Carla del Ponte, membre de la commission et ancienne procureure générale du Tribunal Pénal International pour l’ancienne Yougoslavie (TPIY), a regretté pour sa part que ces crimes soient actuellement commis « en toute impunité. Nous attendons toujours un feu vert de la justice internationale » pour agir, a-t-elle dit. « Le conseil de sécurité de l’ONU ne fait rien et ne peut rien faire à cause du veto », a-t-elle poursuivi, faisant allusion à la Russie, alliée de Bachar al Assad, qui a utilisé son veto en tant que membre permanent pour bloquer les résolutions visant Damas.

Les enquêteurs de l’ONU ont par ailleurs fourni une assistance juridique à plusieurs pays en réponse à quinze requêtes d'information concernant des combattants étrangers en Syrie, a ajouté Carla del Ponte.

« Ce sont des responsables de rang subalterne ou intermédiaire parce que ce sont des combattants étrangers, ce ne sont pas des personnages de haut rang », a-t-elle précisé à Reuters.

Partager cet article

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens