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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 18:30

http://www.revolutionpermanente.fr/Temoignage-De-Paris-au-Havre-etudiants-et-Nuit-Debout-solidaires-des-travailleurs-en-lutte

Une délégation étudiante en soutien aux grévistes du Havre

De Paris au Havre, les étudiants et le mouvement des Nuits Debout solidaires des travailleurs en lutte

Vendredi 27 Mai 2016

Depuis le début du mois de mars 2016, Le Havre a été une des villes les plus mobilisées. La grève et le blocage dans les raffineries et dépôts pétroliers ces derniers jours ont complété le tableau d’une zone industrielle en ébullition contre la loi travail et les projets du patronat. Avec quelques étudiants de la région parisienne et un membre de la commission pour la grève générale du mouvement des Nuits Debout, profitant du fait que nos universités commencent à fermer et nos partiels à se terminer, nous avons décidé de nous rendre dans cette ville où non seulement des secteurs stratégiques de l’économie du pays sont entrés dans la bataille, mais où la coordination de ces secteurs, au sein d’une assemblée générale interprofessionnelle, est à l’ordre du jour. Retour sur une journée de soleil dans la capitale de la grève.

Par Sarah Carah

Roulements de tambour

Après une journée bien commencée par le blocage du pont de Normandie et de celui de Tancarville et une « opération escargot » sur la route, nous nous sommes rendus au rendez-vous de la manifestation. Secteur après secteur, les travailleurs arrivent en cortège. Centrale thermique d'Electricité De France (EDF), hôpitaux, Pole Emploi, cheminots, jeunes étudiants et lycéens, les cortèges se structurent, parfois au rythme des caisses claires pour rythmer la marche. Mais les grands attendus ne sont pas encore là, ils arrivent quelques centaines de mètres après le début de la manifestation. Ce sont les dockers qui arrivent, tous en gilet rouge, derrière une grande banderole.

La marche est impressionnante de force. L’animation se fait aux pétards et aux fumigènes, la classe ouvrière marche sur l'hôtel de ville et cela doit se savoir.

Nous qui avions l’habitude des manifestations parisiennes où même finir une manifestation à son point d’arrivée est devenue compliqué du fait des gaz, nous profitons avec plaisir de l’ambiance du Havre. Nulle besoin de masque ou de foulards, nulle besoin de service d’ordre, comme quoi, lorsqu’il n’y a pas de barrage de police installé à chaque coin de rue, la manifestation se passe bien. Dans les rues de la ville, les passants applaudissent et les voitures klaxonnent, preuve que la grande majorité de la population de la ville est au côté des grévistes, contrairement à ce que cherche à prétendre le gouvernement.

La manifestation se termine par quelques prises de paroles des représentants syndicaux des différents secteurs. La place de l'hôtel de ville est pleine à craquer et les différents cortèges s’entassent. L’intervention d’un délégué de la Confédération Générale du Travail (CGT) de la centrale nucléaire de Paluel est particulièrement applaudie, « hier, nous avons voté vingt quatre heures d’arrêt de travail. Cette nuit le quart de nuit à Paluel a fait quatre vingt quinze pour cent de grévistes avec des baisses de charge. Ce matin partout sur le territoire français, les dix neuf centrales nucléaires sont en grève, avec des blocages et des baisses de charge, dix mille mégawatts de moins sur le réseau ».

Les camarades de l’union locale de la CGT du Havre nous invitent à prendre la parole. Notre intervention, que nous avions préparé collectivement avec les camarades étudiants et le camarade de la commission pour la grève générale de Nuit Debout Paris, est énormément applaudie, plus que nous ne l’imaginions. Nos universités sont fermées, mais notre mobilisation peut décidément se poursuivre sur les piquets de grève.

Alors que je fais cette prise de parole, je me demande si les travailleurs du Havre ou d’ailleurs ont-ils vraiment conscience du sentiment de fierté qu’ils nous inspirent lorsque nous nous permettons de les appeler camarades et de la puissance que nous pouvons avoir, tous ensemble ? Depuis le 9 mars 2016 mobilisés sur nos universités, nous pouvons être fiers en tant qu’étudiant d’avoir tenu et de n’avoir pas laissé une minute de répit au gouvernement et au patronat. Mais il nous a manqué la force de la grève des travailleurs, celle qui bloque réellement l’économie du pays et qui coupe le robinet des profits en fermant les raffineries, les centrales électriques ou les gares. Cela conforte les décisions qui avaient été prise lors de nos coordinations nationales étudiantes, qui regroupaient les mandatés des assemblées générales des universités, s’adresser aux travailleurs et à leurs organisations pour organiser les journées de mobilisations ensemble et bâtir un plan d’action en commun, prendre à notre compte les revendications des travailleurs en lutte contre le décret-socle à la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) ou le plan de Claude Hirsh dans les hôpitaux, construire la solidarité concrète pour faire tenir la grève. De Paris au Havre, nous pouvons renforcer cette solidarité, en remplissant les caisses de grève, en donnant un coup de main sur les piquets de grève ou en diffusant des tracts à destination des usagers.

Le Havre, un exemple à suivre en termes de coordination

Pour cela, il va nous falloir renforcer encore la coordination entre les différents secteurs, en discutant concrètement avec tous les travailleurs. De ce point de vue, le Havre est là aussi une ville à l’avant-poste. Après la manifestation, une assemblée générale interprofessionnelle est appelée, à la maison des syndicats du Havre. Nous y sommes invités et l’hospitalité des havrais nous propose même de nous installer à la tribune. La salle est comble, près de cent cinquante personnes s’y installent, jusqu’à devoir suivre l'assemblée générale depuis la porte car elle manque de place. Les différents secteurs expliquent la situation de la grève sur leur lieu de travail.

Au dépôt pétrolier de la Compagnie Industrielle Maritime (CIM), qui se trouve au cœur de la zone industrielle du Havre, le piquet de grève tient toujours. Jour et nuit, des travailleurs non seulement de la CIM mais aussi d’autres entreprises se relaient pour tenir le piquet. La veille, les travailleurs craignaient une intervention de la police, du renfort a été appelé et plus d’une centaine de soutiens était arrivés. L’intervenant de la CIM explique à l'assemblée générale que si le piquet tient encore un peu, ce sont les arrivées de carburants des aéroports d’Orly, du Bourget, de Charles de Gaulle, de Munich, de Dusseldorf et de Bruxelles qui seront stoppés. La direction de la CIM cherche à négocier pour qu’au moins les aéroports ne soient pas touchés, mais la réponse des grévistes est claire, c’est non.

A l'assemblée générale, on discute de la manière la plus efficace de répartir les forces. Les dockers soutiennent le blocage de la CIM, tandis qu’un autre secteur de travailleurs peut aller soutenir les camarades d’Exxon, de la raffinerie de Notre Dame de Gravenchon, où la grève a été très dure à tenir du fait de la violente pression de la part de la direction. Pas question de dénigrer les camarades qui ne parviennent pas à tenir la grève dans leur boîte, « nous sommes dans l’unité depuis le 9 mars 2016 », rappelle un camarade. Chacun cherche à trouver les solutions pour que la mobilisation se poursuive et se généralise.

Toutes les interventions possèdent un fil rouge, il faut continuer, ne rien lâcher et généraliser la grève. De la mobilisation contre la réforme des retraites en 2010, pendant laquelle le Havre avait déjà fait preuve de sa combativité, un enseignement a été tiré, la mobilisation ne peut pas compter uniquement sur la force de frappe des raffineurs. Leur capacité à installer la pénurie d’essence dans le pays, quoique très puissante, ne peut pas suffire pour faire reculer le gouvernement. C’est pourquoi la question de la coordination est fondamentale.

La deuxième question qui se pose, c’est la suite. Pour l’instant, aucune date nationale n’est prévue centralement d’ici le Mardi 14 Juin 2016, où une manifestation nationale est en train d’être organisée à Paris. Des travailleurs s’interrogent sur le fait que cette date serait dans trop longtemps et qu’il va être difficile de tenir la grève dans certains lieux de travail. Ne faudrait-il pas en appeler aux confédérations pour qu’elles appellent à une date dès la semaine prochaine ? En attendant le Mardi 14 Juin 2016, toute une semaine de mobilisation est donc prévue de manière coordonnée sur le Havre. De nouvelles assemblées générales et prises de paroles vont être organisées sur les entreprises, pour « continuer à convaincre et expliquer la loi » auprès des collègues. Mardi 31 Mai 2016, une après-midi « Hôpital Debout » est organisée. Mercredi Premier Juin 2016, tous se rassembleront pour devant le tribunal pour soutenir un camarade inculpé pour une action organisée dans le cadre de la mobilisation. Et Jeudi 2 Juin 2016, il y aura une nouvelle journée de grève sur toute la ville, conclue par un meeting. Au Havre, on ne lâche pas l’affaire.

Face à la propagande du gouvernement, « preneurs d’otage » et « casseurs », main dans la main

Les pressions des directions et la répression d'état commencent à se faire sentir de plus en plus fortement, alors que les jours passent. A Exxon, la direction envoie des cadres pour faire pression, qui prétendent que les actionnaires vont partir si la grève se poursuit. Les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) sont installées devant la boîte jour et nuit et Exxon aurait porté plainte contre l’union locale CGT d’Harfleur car elle aurait organisé un feu sur le rond point. Dans différentes entreprises, les directions remplacent les grévistes par des travailleurs en repos.

Dans un autre style, c’est parfois un adversaire imprévu qui cherche à freiner la mobilisation, dans certaine entreprise, c’est la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT) elle-même qui distribue des tracts contre la grève.

Côté étudiant et côté travailleur, nous nous trouvons face à un même ennemi et celui-ci sait bien utiliser tous les médias à sa solde pour décrédibiliser nos luttes. Alors que du côté étudiant, nous avons du subir tous les mensonges autour du mythe du « casseur », les travailleurs subissent aujourd’hui la campagne de dénigrement sur le thème du « preneur d’otage ». Cette contre-campagne médiatique, nous pouvons la mener ensemble, côte à côte, pour rappeler que les vrais casseurs, ce sont les patrons qui cassent nos conditions de travail et de vie et les CRS qui cassent nos piquets de grève, et que les vrais preneurs d’otages, c’est le gouvernement et son quarante neuvième article de la constitution.

Côte à côte, face à notre adversaire commun, nous pouvons gagner. Nous repartons du Havre avec quelques contacts, en promettant de revenir la prochaine fois plus nombreux, pour tenir les piquets de grève avec eux. Il ne tient qu’à nous de nous donner les moyens pour les aider à tenir, cheminots, raffineurs, dockers, postiers, hospitaliers et tous ces camarades, frères et sœurs de classe, que nous nous découvrons enfin.

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