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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 19:22

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/06/24/migrants-a-la-halle-pajol-a-paris-l-eternel-recommencement_4957591_1654200.html

A la halle Pajol à Paris, l’éternel recommencement

Par Maryline Baumard

L’histoire bégaye à la Halle Pajol. Dans le dix huitième arrondissement de Paris, l’esplanade Nathalie-Sarraute s’est une nouvelle fois colorée d’une grosse centaine de toiles de tentes et attend une prochaine évacuation.

Dedans ou dehors, sur des matelas ou à même le trottoir, près de trois cent migrants sommeillent, Jeudi 23 Juin 2016 en fin de matinée, abattus par la fatigue, la chaleur et le jeûne du ramadan. A deux pas, la bouche d’incendie de la rue s’écoule lentement, transformée en robinet pour la toilette et la vaisselle.

« Nous avons l’impression d’être revenus en 2015 », déplore Marc Grossman, le fondateur de Bob’s Bake Shop, restaurant branché de l’esplanade. La Halle Pajol a en effet été un des hauts lieux des campements parisiens, l’été dernier. Et là, trois semaines après l’évacuation des Jardins d’Eole le 6 juin 2016, à quelques centaines de mètres, soudanais, afghans et érythréens investissent depuis Vendredi 17 Juin 2016 ce parvis, dans un éternel recommencement. « C’est comme un cauchemar récurrent. Nous en pâtissons énormément. Mais si nous ne nous plaignons pas plus fort, c’est que les premières victimes ce sont eux et pas nous », ajoute le restaurateur. Le ton est donné. Le dix huitième arrondissement de Paris est accueillant, certes, mais cette fois, il se lasse sérieusement.

D’autant qu’un élément nouveau s’invite dans le débat. Setareh Farsi, de la Boutique for Tomorrow, s’offusque que « de nombreuses personnes installées sous les tentes ont déjà été hébergées mais ont préféré revenir ici parce que cela ne leur convenait pas ». Le constat n’est pas faux. Ils sont quelques-uns à « être montés dans un bus sans savoir où on les emmenait. Quand ils se sont retrouvés entassés dans un gymnase en grande banlieue, ils n’ont pas ressenti une véritable amélioration de leur sort par rapport à la rue », déplore Benoît Alavoine, de l’association Quartiers Solidaires. Mustafa, un jeune soudanais qui cuisinait avec les riverains bénévoles pour le campement d’Eole, s’est, lui, retrouvé, sans bien comprendre comment, dans un Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) de l’Aude. « Il a mis plusieurs jours à remonter mais est revenu », ajoute Benoît Alavoine.

A des situations comme la sienne, le préfet de région, Jean-François Carenco répond « qu'il ne sert à rien de dénigrer la quasi totalité du territoire français et fustige l’idée selon laquelle il serait dégradant d’être hébergé en banlieue ou en province ».

L’offre d’hébergement se dégrade

De l’avis général, la qualité des propositions d’hébergements offerts par la préfecture de région a diminué ces derniers temps, avec l’envoi transitoire vers des gymnases et l’élargissement du périmètre d’éloignement aux CAO, en province. Ces départs, à propos desquels les exilés déplorent le manque d’informations, entravent parfois leur projet migratoire. Bien qu’opéré par les migrants et par les bénévoles qui les aident et les voient revenir sur les campements, ce constat est réfuté par le préfet de région Jean-François Carenco qui « souhaite s’élever fermement contre les allégations selon lesquelles les offres d’hébergement en Ile-de-France se dégradent ».

Aziz a vingt quatre ans. Arrivé en France il y a deux mois, il a refusé de monter dans le bus proposé au campement d’Eole. « J’ai un rendez-vous à France Terre d’Asile (FTA) à Paris », explique-t-il en montrant un fichier de plastique rose dont il ne se défait pas. « Alors, je préfère attendre là ».

Ahmed, soudanais, partage cette même envie de rester près des gares.

« J’arrive ce matin. Il faut que je me repose parce que nous avons marché trois jours pour passer la frontière à Vintimille. Mais, dès que je vais mieux, je repars vers Calais en direction de la Grande-Bretagne. C’est mon but », insiste-t-il, allongé à même le sol, une écharpe nouée autour du cou, un pull-over et un blouson sur le dos, comme si la chaleur du soleil n’avait pas prise sur lui.

De son côté, la préfecture de région a débloqué près de dix mille places en un an. Même si l’état oublie de décompter les migrants qui ont été évacués plusieurs fois, l’effort est conséquent. Reste qu’un an après les premières évacuations parisiennes, la machine patine face à des groupes qui se reforment de plus en plus vite.

Camp de transit

« Continuer à ne rien faire, ou de répondre avec un délai, comme c’est le cas aujourd’hui, fait montre d’un profond mépris pour ces gens comme pour les habitants du quartier », regrette Bernard Kalaora, un riverain déjà impliqué dans l’aide en 2015 et venu Jeudi 23 Juin 2016 évaluer les besoins en vêtements. Le maire du Parti Socialiste du dix huitième arrondissement, Eric Lejoindre, se dit très inquiet. « Je me bagarre pour qu’on trouve très rapidement des hébergements car la situation est insupportable pour tout le monde. Ce lieu n’a pas vocation à accueillir de façon récurrente des campements », confiait-il au Monde, Jeudi 23 Juin 2016. « A plus long terme, ce qui se passe ici montre bien qu’il faut traiter le sujet autrement », ajoute-t-il, soutenant implicitement le projet d’Anne Hidalgo.

La maire de Paris a en effet annoncé au début du mois de juin 2016 la création d’un camp de transit aux normes internationales permettant d’éviter ces campements de rue. Mais sa promesse ne verra pas le jour avant le mois de septembre 2016. L’été risque donc d’être tendu dans la capitale où l’on continue, en attendant, à déplacer la misère. « Nous sommes en train de nous construire des barrières partout dans l’arrondissement », déplore Bernard Kalaora. « De peur que des campements se reconstituent, ils ont fermé l’espace sous le métro aérien à Stalingrad et barricadé les jardins d’Eole. Ils nous construisent un paysage de murs, comme aux frontières », s’insurge-t-il.

Dès que les migrants de l’esplanade Nathalie-Sarraute seront évacués, les restaurants devraient agrandir leur terrasse, une exposition extérieure sera installée et des maîtres-chiens débarqueront.

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