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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 17:08

http://socialisme-2010.fr/blog2016/juillet2016.php#juillet17

La coalition d'Eric Piolle et d'Elisa Martin face à une nouvelle journée des tuiles

Par Robert Duguet

Rappel sur l’histoire ancienne de la ville, c’est à Grenoble que commence la révolution française le 7 juin 1788. La dite journée des tuiles fait référence à ce jour où ceux et celles qui allaient devenir des citoyens et non plus des sujets, juchés sur les toits du centre-ville, allaient balancer des tuiles sur la tête des gardes royaux. Cette émeute provoqua la réunion des états généraux du Dauphiné, préface d’une révolution qui allait imposer la constituante souveraine et détruire les institutions de l’ancien régime.

Petit rappel sur l’histoire récente, quelques semaines après le résultat électoral du Front De Gauche (FDG) aux élections présidentielles de 2012, le Parti Communiste Français (PCF) se livre à son sport favori, sauver des postes d’élus grâce à des accords locaux avec le Parti Socialiste. Cette orientation infirmait de fait l’acquis de la candidature de Jean Luc Mélenchon et vécu comme tel par des milliers de militants politiques, c’est-à-dire faire exister dans notre pays un grand mouvement d’opposition aux politiques austéritaires du gouvernement de François Hollande et de Manuel Valls, soumis aux impératifs de l’Union Européenne. Une étape supplémentaire dans la décomposition du FDG est vécue avec les élections municipales où tous les cas de figure se présentent aux électeurs localement, tantôt le PCF fait alliance avec le Parti Socialiste, dans d’autres cas il continue la logique du FDG avec le Parti de Gauche. Au milieu de cette pitoyable mascarade électoraliste, une campagne émerge, celle d’une alliance entre la liste écologiste conduite par Eric Piolle et le Parti de Gauche, campagne conduite sur une ligne radicalisée à gauche, l’essentiel des troupes militantes étant fournies pour les réunions et les nombreux porte à porte par la fédération de l’Isère du Parti de Gauche. Jean Luc Mélenchon donne la ligne, ce qui est fait à Grenoble peut être réalisé partout, disait-il à l’époque.

Voici le résultat

Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Les deux articles que nous publions dans ce blog font état de ce qui s’est récemment passé dans la ville de Grenoble. La majorité municipale engage sa responsabilité sur un plan de destruction d’un certain nombre de services publics, touchant l’équipement culturel de la ville et le service de santé scolaire, ceci aura naturellement un impact sur l’emploi. Face à cette situation, trois cent manifestants accompagnés des syndicats occupent la salle où avait lieu le conseil municipal du Lundi 11 Juillet 2016, parmi ces trois cent, bien des militants qui avaient fait la campagne d'Eric Piolle et d'Elisa Martin et assuré la victoire, à la fois contre la droite et contre la fédération de l’Isère du PCF, qui faisait le lit du Parti Socialiste. Le maire lève le camp. Il revient à la charge avec son plan d’austérité le Lundi 18 Juillet 2016, mais cette fois-ci l’ordre dit « républicain » règne à Grenoble. C’est sous la protection d’importantes forces de polices, des policiers municipaux avec des chiens dressés, une Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) qui boute les manifestants hors de la mairie, que la réunion entérinant le plan d’austérité se tient. On n’est pas allé jusqu’aux flash-balls et aux grenades de désencerclement pour faire passer la loi travail, mais Eric Piolle et Elisa Martin sont dans la ligne de Manuel Valls.

Je précise que, depuis de longs mois, quasiment aux lendemains de 2012, il y avait une opposition sourde entre les militants du Parti de Gauche de l’Isère et les élus du Parti de Gauche autour d’Elisa Martin, ces derniers ne participant plus depuis longtemps aux réunions statutaires du parti. Je rappellerai qu'Elisa Martin, enseignante du public avant que d’être élue politique, s’était récemment prononcée pour que les enseignants pratiquent le bénévolat, toute une ligne.

Mais la cerise sur le gâteau dans cette affaire, c’est que la direction nationale du Parti de Gauche a mis en demeure les militants locaux d’accepter le plan d’austérité défendu par Eric Piolle et par Elisa Martin. Ce sont rien moins que trois secrétaires nationaux qui sont descendus dans l’Isère pour normaliser le parti en sommant les locaux d’accepter ou d’être mis sous tutelle du national. C’est une tradition au Parti de Gauche, quand il y a des divergences, on exclut, on met sous tutelle et on dissout. Ce n’est pas seulement à l'assemblée nationale qu’on applique le quarante nauvième article de la constitution.

Qu’en pense Jean Luc Mélenchon ? Pour l’instant silence radio, pourtant ses « bons amis », expression mélenchonienne, aimeraient bien qu’il dise ce qu’il en pense, lui qui a su les trouver pour organiser les estivales du FDG en 2012 et en 2013.

Pour ma part, je suis loin de traiter cette affaire grenobloise comme une affaire locale. Les militants de ma génération ont fait un certain nombre d’expériences électorales. Il n’y avait pas plus à gauche que le parti de François Mitterand en 1980. L'anticapitalisme était le prêt à porter de l’honnête homme socialiste. On a vu la suite. A quoi cela sert de faire des campagnes électorales très à gauche pour ensuite se voir resservir le même brouet imbuvable et comble recevoir les coups de matraque.

Il y a eu la Grèce et l’expérience de Syriza, mouvement formé contre les politiques austéritaires de l’Union Européenne et contre le PASOK. A peine élu, Alexis Tsipras se couche devant le quatrième reich d'Angela Merkel et les exigences de l’Union Européenne. Le même processus se dessine en Espagne, construit sur le mouvement des indignés, Podemos est à la croisée des chemins. Sa représentation nationale est d’ores et déjà inféodée aux institutions post-franquistes et monarchistes que les partis de gauche, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et le Parti Communiste Espagnol (PCE), ont toujours refusé de mettre en question au moment de la mort de Francisco Franco. Les dernières élections enregistrent du reste un recul du vote populaire en faveur de Podemos. Ne prenons pas « les gens d’en bas », comme dit Victor Hugo, pour des imbéciles, les secteurs les plus touchés par la crise du salariat et de la jeunesse ont bien compris ce qui s’est passé en Grèce.

Grenoble, c’est le modèle à appliquer, disait Jean Luc Mélenchon. Alors oui, je pose la question, à quoi cela sert de faire une campagne électorale très à gauche pour ensuite voir ceux que l’on a élu faire l’inverse de ce qu’ils avaient promis quand ils étaient dans l’opposition.

D’autant, qu’une nouvelle fois, on veut nous embringuer dans cette élection présidentielle, cœur du système bonapartiste, où tous les dés sont pipés. Je suis assez indifférent au fait que Jean Luc Mélenchon fasse un meilleur score que François Hollande, prenne la tête d’un rassemblement de gauche radicale, si au bout du bout, ce sera pour faire la même politique qu'Alexis Tsipras. On n’ira pas à la république sociale par les institutions de la cinquième république, les élections présidentielles ne sont pas la solution, elles sont le problème. Le mouvement pour une assemblée constituante ne peut naître que d’une opposition sociale frontale aux institutions actuelles, au-delà de la question posée par la loi travail, si le gouvernement a utilisé la force avec une telle obstination contre le mouvement social, c’est qu’ils ont bien compris que le fleuve était en train de sortir de son lit et qu’il était impératif de rétablir le jeu des institutions. C’est ce que font Eric Piolle et Elisa Martin quand ils font adopter un plan d’austérité derrière une escouade de CRS.

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