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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 20:14

http://www.marianne.net/paris-acharnement-policier-face-aux-migrants-100244939.html

A Paris, l'acharnement policier face aux migrants

Par Mathias Destal

Lundi 8 Août 2016

Depuis la fin du mois de juillet 2016, quasiment plus un jour ne passe sans qu'une intervention de police ait lieu aux abords du métro Jaurès, où les migrants ont pris l'habitude de se regrouper. Ces interventions, parfois très musclées, embarrassent la mairie de Paris et suscitent la colère des associations de soutien. Samedi 6 Août 2016, alors qu'un rassemblement de protestation contre les méthodes de la police se tenait place de la République, les deux organisateurs de l'événement ont été empêchés de s'y rendre avant d'être placés en garde à vue.

Depuis le Vendredi 22 Juillet 2016, pas un jour ne passe sans que l’image de petits groupes installés aux abords du métro Jaurès ne frappe d’étonnement les passants, mobilise les soutiens et agite les services de police. Ce jour-là, un camp de fortune monté sous le métro aérien est démantelé. Selon les autorités, environ deux mille cinq cent personnes sont alors évacuées pour être placées dans des hébergements d’urgence, gymnases et hôtels, ou dans des Locaux de Rétention Administrative (LRA). Mais dès le lendemain, de nouveaux groupes de gens arrivent dans ce coin du nord de Paris. érythréens, tchadiens, soudanais, éthiopiens ou afghans, primo arrivants ou non, « environ une soixantaine de migrants arrivent à Paris chaque jour », déplore Dominique Versini, adjointe d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, chargée notamment de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion, qui qualifie la situation de délicate à gérer.

Les chiffres avancés par l’élue n’ont rien de nouveaux. Ce qui l’est davantage, ce sont les interventions quasi quotidiennes de la police ces dernières semaines et la mise à l'écart des collectifs de personnes solidaires. « La pression policière de ce niveau est inédite », estime Houssam al Assimi, l’un des membres du collectif d’aide aux migrants, la Chapelle Debout, présent à leurs côtés depuis de nombreux mois.

Des vidéos publiées récemment sur internet attestent d’interventions musclées des forces de l’ordre. Des images tournées dans la nuit du Dimanche 31 Juillet au Lundi Premier Août 2016 sur l’avenue de Flandre, entre les stations de métro Jaurès et Stalingrad, montrent par exemple une opération de dispersion organisée par la préfecture de police, avec usage intense de gaz lacrymogène et de coups de matraque. Résultat, des personnes peinant à se lever et des migrants reçus aux urgences, l’un pour une crise d’épilepsie et un autre pour une crise d’asthme liée au gaz. « Nous avons des consignes et nous y répondons par un usage strictement proportionné de la force », déclare-t-on au service de communication de la préfecture qui se défend en évoquant, ce soir là, « des jets de projectiles ».

La mairie marque ses distances

Mais deux jours plus tard, le lendemain puis encore Lundi 8 Août 2016 en début d'après-midi, rebelote. Des fourgons de police débarquent. Il s’agit, selon la police, d’effectuer des « opérations de contrôle de situations individuelles », les migrants installés là dans l'attente de pouvoir demander l'asile en France sont invités à monter dans les camions en direction des commissariats voisins. « Le mot est passé que la police distribuait des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) et qu’on pouvait être envoyé loin de Paris », raconte Jo, un jeune congolais de dix sept ans arrivé en France il y a un mois. « Du coup, les gens ne veulent plus être embarqués et alors la police tape, insulte et utilise les gaz », dit l'adolescent en mimant l’usage d’une bombe lacrymogène, comme celles qu'il a vu à l'œuvre, Mercredi 3 Août 2016. Pendant que les afghans avec qui il avait été arrêté passaient au relevé d’empreintes, lui a été remis en liberté. « Le policier m’a dit que je n’avais rien à faire ici ». Depuis, Jo est de retour à la case départ, avenue de Flandre.

Du côté de la mairie, on marque ses distances avec les récents événements et les pratiques des hommes en bleu, qui dépendent de la préfecture de police. « Nous n’avons rien à voir avec ces opérations », argue ainsi Dominique Versini. L'élue condamne « des interventions contraires aux méthodes de la ville », qui ne serait pas tenue informée. « Je comprends que les soutiens s’affolent », ajoute-t-elle.

Criminalisation de la solidarité

Pour protester contre ce qu’ils qualifient de chasse, de rafles ou de harcèlement à répétition, lesdits soutiens ont souhaité organiser une manifestation, Samedi 6 Août 2016. Le mot d’ordre était de dénoncer « le harcèlement et les violences policières contre les migrants ». Déposée par Houssam al Assimi, du collectif de la Chapelle Debout, et Aubépine Dahan, du Collectif Parisien de Soutien aux Exilés (CPSE), la demande a été acceptée par la préfecture à condition que l’action prenne la forme d’un rassemblement Samedi 6 Août 2016 à 16 heures place de la République.

Un rendez-vous est alors fixé une heure avant à proximité du métro Jaurès pour que les migrants et leurs soutiens se rendent en groupe place de la République. « Nous avions averti notre agent de liaison », assure Houssam al Assimi. « Elle nous avait donné son accord pour que nous allions jusqu’à la place de la République en marchant sans mégaphone ni banderoles. Mais au moment d’y aller, ils ont changé d’avis, nous nous sommes soudainement retrouvé nassés par les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) ».

Contraint de rester bloqué par un cordon de fonctionnaires, le groupe n’est libéré qu’aux environs de 19 heures. Houssam al Assimi et Aubépine Dahan, eux, repartent avec une convocation au commissariat du vingtième arrondissement, Dimanche 7 Août 2016 à 10 heures, afin d’être « entendus sur les faits de délits de manifestation illicite », ainsi que l’indique le document qui leur est remis. Surprise, quelques minutes après l’heure de leur convocation, les deux militants se voient notifier leur placement en garde à vue. Ils passent près de huit heures en cellule. A leur sortie, à la terrasse d’un café du quartier de Ménilmontant, Houssam al Assimi rembobine le fil de la journée avec des proches et des amis du collectif.

« En plus de faire la chasse aux migrants, on franchit un cap dans la criminalisation de la solidarité, c’est très grave », s'emporte-t-il. Le représentant de la Chapelle Debout n'est pas au bout de ses peines, Aubépine Dahan et lui-même ont quitté l’antenne de police avec une invitation à se présenter au palais de justice de Paris le 9 novembre 2016.

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