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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 19:19

http://www.liberation.fr/debats/2016/08/09/refugies-la-violence-de-l-etat-doit-cesser_1471297

La violence d’état doit cesser

Mardi 9 Août 2016

Plusieurs associations dénoncent la toute puissance policière contre les migrants et demandent à ce que les citoyens se fédèrent et témoignent de cette violence, toujours plus présente, contre les plus précaires.

Depuis un an, les pouvoirs publics nous ont habitués à ornementer la moindre action liée à la crise migratoire d’opérations de communication bien ficelées. A Paris, point de chute de la majorité des exilés, les responsables politiques se gargarisent, lorsqu’un campement de fortune de plus est évacué, du nombre de personnes temporairement relogées.

Et comme pour sonner le glas de nombreuses critiques, la mairie de Paris a récemment annoncé l’ouverture prochaine de deux centres d’accueil, censée résoudre tous les maux et mettre définitivement fin au renouvellement inexorable des campements parisiens. L’envers du décor est beaucoup moins reluisant selon nous, associations, collectifs et citoyens solidaires œuvrant au quotidien auprès des personnes migrantes pour pallier la défaillance des autorités.

Des violences physiques et verbales

Nous constatons depuis quelques jours un usage croissant et quotidien de la violence verbale et physique de la police à leur égard. Ainsi, Vendredi 22 Juillet 2016, le dernier démantèlement du camp qui s’était formé aux abords du métro Jaurès, dans le dix neuvième arrondissement de Paris, a donné lieu à des charges policières aveugles et de jets de gaz lacrymogènes.

Un cap a depuis été franchi lors de la première semaine du mois d'août 2016. Dans la nuit du Dimanche 31 Juillet 2016, les forces de l’ordre n’ont pas hésité à charger brutalement et à matraquer indistinctement les migrants, dont une vingtaine de femmes et des mineurs, pour les empêcher d’installer un nouveau campement à même le sol.

En parallèle, la police harcèle quotidiennement ces personnes en organisant des opérations massives de « vérification des situations administratives » comme elle le fait régulièrement pour traquer les personnes sans-papiers. Ces rafles ont conduit environ quatre cent personnes migrantes au commissariat et quatre vingt d’entre elles, qui n’avaient pas eu le temps d’effectuer les démarches de demande d’asile, se sont vues notifier une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF).

Nous ne sommes pas dupes, nous savons que cette mécanique sécuritaire gouvernementale est bien rodée et que la brutalité policière est de plus en plus commune à différentes franges sociales. Elle existe depuis de trop nombreuses années dans les quartiers populaires où la police contrôle, harcèle, frappe et tue sans ne jamais être inquiétée. On ne compte plus les personnes arrêtées mortes par « asphyxie », comme Ali Ziri, Lamine Dieng, Wissam al Yamni et, très récemment, Adama Traoré, les bavures, comme la mort de Zyed et Bouna ou comme à Pantin sur une mère de famille et ses deux enfants mineurs au mois de décembre 2015 ou encore les tués par balle, comme Amine Bentounsi.

L’intimidation policière décomplexée

Les manifestants en font également largement les frais lorsqu’ils et elles se heurtent à des policiers qui frappent, gazent, matraquent, blessent et tuent. Les exemples ne manquent pas, opposants à la loi travail, zadistes de Notre Dame Des Landes, éborgnés du flash-ball, manifestants contre la conférence climatique à Paris au mois de novembre 2015 ou encore la mort de Rémi Fraisse. Les migrants ont donc rejoint la liste des personnes ciblées par une gestion étatique des problèmes sociaux qui ne prend presque plus que la forme de l’intimidation policière décomplexée.

À travers cela, le gouvernement nous fait savoir qu’il n’y a pas de discussion possible. La réponse sécuritaire est devenue la règle et les migrants se voient traités en ennemis politiques et condamnés avant même d’avoir pu entamer leurs démarches de demande d’asile. Nous nous interrogeons sérieusement si c'est une réelle incapacité à gérer la crise migratoire ou bien si c'est une manœuvre visant à décourager les migrants de la part du pays des droits de l’homme.

Nous, associations, collectifs et citoyens accompagnant les migrants et luttant contre les violences policières, dénonçons le fait que des personnes précaires, des racisés, des révoltés sociaux et des exilés ayant fui la mort puissent faire l’objet d’une violence étatique à travers son bras armé légitime, la police. Nous fustigeons les démonstrations de force policière qui visent à effrayer pour mieux faire régner l’ordre de la terreur chez les citoyens.

Riposte solidaire

Nous condamnons l’impunité des forces de l’ordre qui est l’un des pires ennemis d’un état de droit et qui renforce chaque jour le règne de la toute-puissance policière en France. Nous appelons les citoyens à prendre conscience de cette violence, à se fédérer et à s’organiser. Le temps de la réflexion collective est venu pour construire une riposte solidaire, manifester, filmer les bavures et déposer des plaintes.

L’impunité ne peut continuer à gagner du terrain et elle doit cesser partout, pour tout le monde et maintenant.

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