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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 19:45

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/08/08/a-paris-la-police-disperse-quotidiennement-les-groupes-de-migrants_4979711_1654200.html

A Paris, la police disperse quotidiennement les groupes de migrants

Par Isabelle Rey-Lefebvre

Lundi 8 Août 2016

Orhan Majidi et Hamid Ahmadzai, deux jeunes Afghans, campent tant bien que mal, depuis deux mois, avec une dizaine de leurs compatriotes, sur la même rampe du parking de l’immeuble de France Terre d'Asile (FTA), boulevard de la Villette, dans le dix neuvième arrondissement de Paris. A chaque voiture qui veut entrer ou sortir, il faut déménager un matelas et des affaires.

Etudiant, arrivé par la Turquie, Orhan Majidi ne veut pas s’éloigner, fût-ce de quelques mètres, du local de l’association qui lui a donné rendez-vous, Mercredi 17 Août 2016, pour lui fournir le précieux récépissé de dépôt d’une demande d’asile qui lui ouvrira probablement les portes d’un centre d’accueil. Hamid Ahmadzai, lui, attendra dix jours de plus.

A deux pas, près du bassin de la Villette, et de l’autre côté, rue Pajol, ce sont plutôt de petits groupes de soudanais, d'érythréens et d'éthiopiens qui viennent compléter cette cartographie de l’exil du monde vers Paris.

Les conditions sont précaires, sans toilettes, autour d’un point d’eau unique et les migrants sont condamnés à l’errance. Presque chaque jour, vers midi, la police les déloge, les emmène au commissariat pour identification et, parfois, délivre des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF), avant même qu’ils aient pu formuler la moindre demande d’asile.

Ce qui a changé, depuis le mois de juillet 2016, c’est que les évacuations ne s’accompagnent plus, comme auparavant, du travail d’encadrement d’associations spécialisées et encore moins de propositions d’hébergement, « face à eux, les migrants n’ont plus que des policiers », constate Loïc Horellou, riverain et bénévole dans un collectif de soutien protéiforme qui prodigue repas, couvertures et tentes, et aide dans les démarches administratives. Les forces de l’ordre ont, en effet, pour mission de prévenir toute formation de nouveau regroupement.

Chasse à l’homme

Les pouvoirs publics n’ignorent pas que la route venant de Libye via l’Italie jusqu’à Paris est très empruntée, comme en témoigne la tension à la frontière entre Vintimille et Menton que, Vendredi 5 Août 2016, à l’issue d’une manifestation, cent quarante migrants ont tenté de franchir, « c’était la chasse à l’homme dans les rues de Menton », témoigne Martine Landry, militante locale d’Amnesty International. Treize militants de No Border ont été placés en garde à vue.

« Entre cinquante et soixante personnes arrivent chaque jour à Paris, les rassemblements se forment très vite et il n’est pas question, pour la ville, de revivre le scénario de l’été 2015, avec ses campements indignes », plaide Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris chargée, notamment, de la solidarité.

« Voilà un an que notre quartier, entre la gare de l’Est où débarquent les afghans, la gare du Nord, chemin vers Calais, et l’unique point d’enregistrement de FTA, boulevard de la Villette, accueille de multiples campements et c’est difficile à vivre pour tout le monde, habitants, commerçants et, surtout, migrants », explique Loïc Horellou. Chaque évacuation de campement se traduit, pour en empêcher la reformation, par l’édification de grilles toujours plus hautes et robustes, entravant la circulation dans le quartier. Entre les stations de métro Jaurès et de la Chapelle, l’espace sous la ligne aérienne, refuge commode, est désormais totalement condamné.

Cinq mille places d’accueil temporaires créées

Depuis le mois d'août 2015, la préfecture de la région Ile-de-France, l’accueil des migrants est une compétence d'état, a démantelé vingt six campements et mis à l’abri près de quinze mille personnes, un véritable tour de force, apprécié des migrants puisque seulement quatre vingt d’entre eux en sont partis.

La rumeur d’une évacuation, qui signifiait jusqu’à récemment la promesse d’un toit, attire les candidats, « lors de la dernière mise à l’abri, Vendredi 22 Juillet 2016, nous avions, la veille, recensé mille cinq cent personnes et trouvé, avec beaucoup de difficultés, autant de places, mais ce sont deux mille six cent personnes que nous avons découvertes le matin », raconte Sophie Brocas, préfète de Paris, qui s’avoue à court de lits et a dû, en toute hâte, réquisitionner cinq gymnases. La préfecture cherche des solutions pérennes, entre quatre vingt et cent migrants migrants partent, chaque semaine, vers des hébergements en province.

En 2016, cinq mille nouvelles places d’accueil temporaire ont été créées, dont deux mille en Ile-de-France, et deux cent seize millions d’euros ont été débloqués. « L'état fait des efforts, mais notre système est engorgé et absurde tant qu’il n’y a pas de solidarité entre les villes. Bien accueillir quinze mille réfugiés par an est pourtant à notre portée », estime Pierre Henry, directeur général de FTA, « mais il faut des centres d’accueil dans une trentaine de grandes villes, après un recensement et une identification indispensables ».

« Notre projet d’ouvrir, à la fin du mois de septembre 2016, un lieu humanitaire de premier accueil, à Paris, est en marche, avec l’accord de l’état, mais il en faut d’autres, partout en France », suggère Dominique Versini.

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