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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 15:18

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/10/en-turquie-la-purge-s-etend-au-milieu-des-affaires_4995473_3214.html

En Turquie, la purge s’étend au milieu des affaires

Par Marie Jégo, correspondante permanente du Monde à Istanbul

Samedi 10 Septembre 2016

La banque centrale de Turquie est-elle dans le collimateur des autorités ? Bien qu’épargnée jusqu’ici par les purges engagées après le coup d'état manqué du Vendredi 15 Juillet 2016, l’institution est mentionnée dans l’acte d’accusation rédigé contre soixante treize adeptes de la communauté religieuse de Fethullah Gülen, un imam exilé aux Etats-Unis, désigné comme l’instigateur du soulèvement par Ankara.

Depuis la tentative de coup d'état, les autorités ont lancé une purge drastique contre les militaires, les enseignants, les journalistes et les hommes d’affaires, soupçonnés d’appartenir à la communauté, frappée du label « terroriste ». Trente-cinq mille personnes ont été interpellées et quatre vingt mille personnes ont perdu leur emploi, surtout des fonctionnaires. Cent cinquante amiraux et généraux, soit la moitié du haut commandement, ont été arrêtés.

Selon l’agence Bloomberg, l’acte d’accusation des soixante treize accusés, dont aucun n’émarge à la banque centrale, décrit l’institution comme dominée par la communauté religieuse.

Le procureur justifie cette accusation par le fait qu’une représentation stylisée de la comète de Halley, interprétée comme un signe d’allégeance de la banque à la communauté güleniste, figure sur des billets imprimés en 2009, au moment où le mouvement de Fethullah Gülen, alors à son zénith, avait réussi à infiltrer la plupart des institutions étatiques, y compris la banque centrale. Le verdict sera annoncé au mois de novembre 2016.

Lors d’un premier coup de semonce aux institutions régulatrices, le 19 août 2016, vingt-neuf inspecteurs de l’agence de régulation du secteur bancaire (BDDK) ont été interpellés. Ils sont soupçonnés d’avoir mené des enquêtes illégales sur les comptabilités de fondations liées à l'état pour le compte de la communauté religieuse.

Mais la banque centrale elle-même n’a jamais été inquiétée. Certes, les relations ont un temps été houleuses avec le président turc. En 2015, Erdem Basci, alors gouverneur, avait subi l’ire présidentielle parce qu’il refusait d’abaisser les taux d’intérêt. Mais depuis son remplacement, au mois d'avril 2016, par Murat Cetinkaya, réputé plus souple, l’entente est cordiale, la politique monétaire ayant été assouplie, conformément aux vœux du Recep Tayyip Erdogan.

Pour l’heure, la priorité du gouvernement est d’assécher les financements du réseau de Fethullah Gülen. « Pas de pitié », avait déclaré Recep Tayyip Erdogan le 4 août 2016, promettant d’éradiquer les entreprises, les écoles et les associations liées à la communauté, « des nids de terroristes » selon lui. Interpellations, perquisitions et confiscations de biens, l’épuration des milieux d’affaires se poursuit.

TUSKON, la confédération des industriels et hommes d’affaires, forte de cinquante cinq mille membres, est ainsi accusée d’avoir financé le réseau. Objet d’un mandat d’arrêt, son président, Rizanur Meral, est en fuite et ses biens ont été confisqués.

Jeudi 8 Septembre 2016, seize hommes d’affaires ont été inculpés.

Parmi eux figure Faruk Güllü, le « roi du baklava », qui dirige une chaîne de pâtisseries réputée dans tout le pays. Dans le même temps, Omer Faruk Kavurmaci, le Président Directeur Général (PDG) de l’entreprise Aydinli, dans les secteurs de la confection, des services et de la construction, a été mis en examen en tant que « membre d’une organisation terroriste ».

L’homme est le gendre de Kadir Topbas, le maire d’Istanbul, figure du parti de la justice et du développement (AKP).

Dans le cadre de l’état d’urgence, déclaré le 18 juillet 2016 pour trois mois, les biens et les avoirs des suspects sont susceptibles d’être confisqués.

Mardi 6 Septembre 2016, l’entreprise Boydak, qui emploie près de vingt mille personnes, est passée sous le contrôle du fonds d’assurance et de garantie des dépôts (TMSF), un organisme public chargé des faillites des banques et des entreprises.

Vendredi 9 Septembre 2016, dix-huit sociétés de la holding Koza Ipek, dans les secteurs des médias, des minerais, du tourisme et de l'énergie, d’une valeur estimée à dix milliards de dollars, soit neuf milliards d’euros, ont suivi le même chemin sur injonction de la quatrième chambre criminelle d’Ankara.

« Selon les derniers décrets, ces entreprises seront mieux gérées par le TMSF que par leurs propres dirigeants. Les banques pourront s’adresser directement au TMSF pour recouvrer leurs crédits. Le système retrouvera sa normalité. De cette façon, les risques ont été minimisés », a rassuré, Mardi 6 Septembre 2016, le vice-premier ministre Nurettin Canikli, lors d’une rencontre avec les représentants de l'association des banques turques.

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