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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 17:19

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/24/jeremy-corbyn-renforce-son-emprise-sur-le-labour-et-tourne-la-page-du-blairisme_5002938_3214.html

Jeremy Corbyn renforce son emprise sur le parti travailliste britannique et tourne la page du blairisme

Réélu à une large majorité, le dirigeant du parti travailliste britannique inflige une défaite cinglante aux députés du parti travailliste qui voulaient se débarrasser de lui.

Par Philippe Bernard, envoyé spécial du Monde à Liverpool

Les députés travaillistes britanniques qui tentent depuis trois mois de se débarrasser de Jeremy Corbyn, le très à gauche leader du parti qu’ils jugent inéligible, ont essuyé une défaite cinglante.

Selon les résultats du vote, annoncés Samedi 24 Septembre 2016, Jeremy Corbyn, soixante sept ans, l’a emporté avec soixante deux pour cent des suffrages face à son adversaire, Owen Smith, quarante six ans. Les adhérents du parti travailliste ont ainsi confirmé et même amplifié le choix qu’ils avaient fait en 2015, à la grande surprise de l’establishment du parti et des médias.

Rejeté par quatre vingt pour cent des parlementaires, armature traditionnelle du parti travailliste, le député d’Islington a renforcé sa légitimité et son emprise sur le parti. Au mois de septembre 2015, il avait recueilli soixante pour cent des suffrages, soit deux points de moins qu’aujourd’hui.

Grâce à un impressionnant afflux d’adhérents attirés par sa rhétorique contre l'austérité et radicalement antiblairiste, le corps électoral a doublé en un an pour atteindre six cent cinquante quatre mille personnes et la participation a augmenté, pour s’établir à soixante dix huit pour cent.

Dans son discours de remerciement, particulièrement lapidaire et terne, Jeremy Corbyn s’est targué d’être à la tête du « plus grand parti politique du monde occidental ». Il bénéficie d’un vote majoritaire non seulement chez les syndicalistes, soixante dix pour cent, et les nouveaux adhérents, soixante pour cent, mais aussi chez les anciens membres du parti, cinquante neuf pour cent.

Appelant à la réconciliation d’un parti travailliste en pleine guerre interne, Jeremy Corbyn a exhorté les militants à concentrer toutes leur énergie contre le gouvernement conservateur de Theresa May et à « faire table rase du passé ».

L’expression traduisait sa volonté de vider la profonde querelle provoquée dans le parti par sa propre ascension. Mais elle peut s’entendre aussi plus largement, avec le triomphe de Jeremy Corbyn, la page du blairisme, version centriste de la sociale démocratie, largement déconsidérée par l’intervention militaire en Irak en 2003, semble désormais radicalement tournée dans la gauche britannique.

Le scrutin, dont le résultat a été proclamé en lever de rideau du congrès du parti travailliste à Liverpool, avait été suscité par le vote de défiance contre Jeremy Corbyn de cent soixante douze des deux cent trente députés du parti travailliste à la fin du mois de juin 2016 et par la démission de la plupart des membres de son cabinet fantôme chargé de contrer le gouvernement conservateur britannique. Tous étaient furieux de sa quasi-absence lors de la campagne pour rester dans l’Union Européenne lors du référendum sur le Brexit.

Mais, aveugles sur le véritable engouement que suscite Jeremy Corbyn chez les anciens militants de gauche comme chez les très jeunes, ils ont lancé maladroitement leur offensive, sans véritable alternative en termes de personne comme d’idées. L’effet boomerang est spectaculaire, au lieu de déboulonner Jeremy Corbyn, ils l’ont renforcé.

Appelant à passer l’éponge sur les divisions du parti, encore exacerbées par la campagne électorale interne, le chef, conforté et visiblement ravi, a assuré que ses opposants et lui appartenaient « à la même famille du parti travailliste » et appelé les députés à « respecter le choix démocratique qui a été fait ».

Mais rien ne dit pour l’heure que ses appels suffiront à ramener au bercail des députés qui jugent que son radicalisme va leur faire perdre les élections et dénoncent les purges entreprises localement par les partisans de Jeremy Corbyn pour retirer l’investiture aux opposants.

L’éventualité d’élections anticipées, avant la date prévue de 2020, et les sondages de popularité catastrophiques pour Jeremy Corbyn, exacerbent les tensions.

Il est improbable que « le rameau d’olivier », dont Jeremy Corbyn se dit porteur, résiste à sa volonté de poursuivre son projet central, transformer en mouvement de masse un parti chargé depuis sa création, en 1906, de représenter au parlement les travailleurs et dont les élus locaux constituent le cœur.

« Nous ne pouvons nous permettre une autre année comme celle que nous venons de vivre », a estimé Andy Burnham, ministre de l’intérieur du cabinet fantôme en faisant allusion à la guerre interne qui absorbe toute l’énergie du parti travailliste au point de le rendre inaudible.

Condamnant l’attitude méprisante des députés à l’égard de Jeremy Corbyn, il appelle en même temps Momentum, le courant très militant qui soutient le leader travailliste, à cesser ses manœuvres visant à purger les élus récalcitrants.

Concessions peu probables

Reconnaissance de la légitimité du chef contre garanties données aux députés, tels pourraient être les termes d’un armistice entre les élus et Jeremy Corbyn. Mais pour pouvoir réintégrer le cabinet fantôme la tête haute, les démissionnaires, qui sont les principales figures du parti, exigent d’être non plus nommés par le chef du parti travailliste mais élus par l’ensemble des députés.

Jeremy Corbyn n’est visiblement pas pressé de mettre en œuvre une telle réforme qui l’affaiblirait. Il est peu probable que son score triomphal et l’emprise renforcée qu’il lui donne l’incitent à une telle concession.

Une réunion de l’instance dirigeante du parti travailliste, Samedi 24 Septembre 2016, devait en débattre.

Mais la recherche d’un modus vivendi va occuper l’essentiel du congrès de Liverpool, qui dure jusqu’au Mercredi 28 Septembre 2016. Avec, comme perspective la plus probable, la poursuite d’une guerre larvée qui affaiblit le parti et ravit au plus haut point les conservateurs de Theresa May au pouvoir.

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