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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 18:45

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/220916/desobeir-l-union-europeenne-nous-sommes-daccord-avec-vous-yanis-varoufakis

Désobéir à l’Union Européenne, nous sommes d'accord avec vous Yanis Varoufakis

Jeudi 22 Septembre 2016

Alexis Cukier, membre d’Ensemble et de l'European Research Network on Social and Economic Policies (ERNSEP), et Patrick Saurin, un des portes parole du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) de la Banque Populaire Caisse d'Epargne (BPCE) et membre de la commission pour la vérité sur la dette grecque interpellent dans une lettre Yanis Varoufakis sur son texte « la gauche européenne après le Brexit ».

Dans votre texte « la gauche européenne après le Brexit » publié Lundi 5 Septembre 2016 sur Mediapart, même si vous vous démarquez des positions des tenants du Lexit, le Brexit de gauche, tels que Tariq Ali, Stathis Kouvélakis, Vincenç Navarro et Stefano Fassina, vous semblez rejoindre certaines des positions politiques soutenant une alternative au néo libéralisme portées par de nombreuses forces de gauche en France, en Grèce et dans d’autres pays depuis longtemps. Ainsi, lorsque vous appelez à désobéir à l’Union Européenne, nous ne pouvons que vous approuver.

Votre texte étant présenté comme un texte programmatique consistant pour l’essentiel dans la réfutation des arguments des partisans du Lexit, nous avons souhaité contribuer au débat en vous soumettant quelques réflexions et en vous posant quelques questions concernant quatre sujets cruciaux pour la construction d’une alternative en Europe, la démocratie, la dette, les banques et la monnaie.

La démocratie

Le mouvement que vous avez créé, le mouvement pour la démocratie en Europe (DIEM), accorde à juste titre une place centrale aux questions de démocratie et d’action citoyenne.

Aussi, comment expliquer votre signature le 20 février 2015 d’un accord avec la troïka qui désavouait explicitement le programme de Thessalonique pour lequel Syriza avait été élu et qui vous avait porté au gouvernement ? Comme vous le savez, la majorité de la population et l’essentiel des forces de gauche étaient opposés à cet accord car il comportait notamment l’acceptation de la privatisation des biens publics de la Grèce, des objectifs économiques inatteignables et l’engagement à ne pas « désobéir », contrairement à ce que vous défendez à présent, aux diktats de la troïka. Ceux qui à l’époque soutenaient que cet accord conduirait inexorablement à la capitulation du gouvernement ont été confirmés par les faits.

Votre mouvement défend un « processus constituant » et vous vous déclarez dans votre dernier texte en faveur de « plans d’un redéploiement des institutions actuelles ». Que signifie au juste pour vous ce « redéploiement » ? Êtes-vous favorable à un démantèlement des traités et des institutions actuels de l’Union Européenne pour les remplacer par d’autres, dans le cadre d’une nouvelle union ? En définitive, ne pensez-vous pas que la démocratie en Europe passe, au-delà d’une désobéissance, par une remise en cause radicale des fondements de l’actuelle Union Européenne gravés dans le marbre des traités, concurrence libre et non faussée et absence de contrôle de la Banque Centrale Européenne (BCE)dont la seule préoccupation est l’inflation, et dans les pratiques qui structurent cette Europe, dumping fiscal et social, spéculation, fraude fiscale, chômage élevé, modèle économique destructeur de la nature et répartition inégale des richesses.

La dette

Comme vous le savez, le 4 avril 2015, Zoé Konstantopoulou, alors présidente du parlement grec, a créé la commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Ce jour-là, vous êtes venu à cette réunion et êtes intervenu à la tribune mais vous n’avez pas abordé la question de la dette, vous avez développé un propos très général sur le système bancaire. À la fin du mois de juin 2015, la commission pour la vérité a rendu son rapport qui a fait ressortir que la quasi-totalité de la dette publique grecque était illégale, illégitime, odieuse et insoutenable et que, à ce titre, elle n’avait pas à être remboursée.

Des juristes et un expert indépendant de l'Organisation des Nations Unies (ONU), membres de la commission pour la vérité, ont rappelé que les droits humains fondamentaux, se nourrir, se loger, se soigner et avoir accès à l’éducation, doivent être assurés avant le paiement de la dette ainsi que le reconnaissent la charte de l'ONU et la convention de Vienne sur le droit des traités.

Pourtant à l'époque où vous étiez ministre des finances et confronté à l’attitude intransigeante des membres de la zone euro, vous ne vous êtes pas emparé du rapport de la commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Dans vos propositions, vous n’avez jamais avancé et n’avancez toujours pas la suspension unilatérale du remboursement de la dette préconisée par la commission pour la vérité et qui trouvait une assise juridique sur l’état de nécessité reconnu par les cours et les tribunaux internationaux. Or une telle mesure était idéale pour poser les premiers jalons d’un « agenda progressiste », sachant que lorsque la commission pour la vérité a présenté le résultat de ses travaux, la préconisation du défaut de la dette était avancée sans être associée au Lexit, le Brexit de gauche.

Au vu de tels constats, pourquoi n’avez-vous pas soutenu la commission pour la vérité dont chacun doit convenir qu’elle travaillait « sur un agenda pragmatique, radical, concret et progressiste qui engageait le niveau du terrain et des experts progressistes », pour reprendre vos propres mots ?

Pourquoi en 2011 n’aviez-vous pas apporté votre soutien au comité d’audit citoyen de la dette grecque (ELE) qui s’était constitué ? La désobéissance que vous préconisez comporte-t-elle dans ses propositions le non-paiement des dettes illégales, illégitimes, odieuses et insoutenables ? Autrement dit, le défaut sur ces dettes ne doit-il pas s’inscrire dans le « plan précis d’actions immédiates » que vous appelez de vos vœux ?

Les banques

Comme vous avez pu le vérifier lorsque vous étiez ministre des finances, la Grèce a été soumise à la pression des banques privées et au chantage de la BCE. Tout au long de l’année 2015, le gouvernement Syriza n’a cessé de renflouer les banques sous contrôle privé sans qu’aucun effet positif notable ne soit observé.

Que proposez-vous pour rompre avec ce modèle de soutien indéfectible à un système bancaire privé qui a fait la preuve non seulement de son inefficacité mais aussi et surtout de sa nature délétère ? Êtes-vous favorable à la mise en place d’un service public bancaire permettant notamment à l'état et aux acteurs publics locaux, comme les collectivités locales, les hôpitaux publics et les organismes de logement social, d’emprunter à zéro pour cent pour financer leurs investissements ?

Rappelons que les banques privées se financent actuellement auprès de la BCE à zéro pour cent, voire à un taux négatif. Lorsque le gouvernement Syriza a été mis en place au mois de janvier 2015, dans un contexte où le système bancaire grec était délabré et dans l’incapacité de participer à la mise en œuvre d’une politique de progrès social, n’était-il pas possible d’organiser une faillite ordonnée des banques privées, c’est-à-dire protégeant les avoir des petits porteurs, au lieu de recapitaliser ces banques et leur accorder des garanties par dizaines de milliards d’euros en pure perte, alors que dans le même temps ces banques restaient sous contrôle privé ? Et pourquoi avoir maintenu à la tête de la banque centrale de Grèce Yanis Stournaras, qui a utilisé toutes ses capacités de nuisance pour s’opposer à la mise en œuvre de la politique du gouvernement, en refusant par exemple de communiquer à la commission pour la vérité sur la dette grecque les informations qu’elle demandait dans le cadre de sa mission ?

La monnaie

Un gouvernement qui souhaite mettre en œuvre sa politique, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’une politique de progrès social rompant avec le modèle austéritaire et anti-démocratique dominant, ne doit-il pas retrouver le contrôle de sa banque centrale afin de maîtriser la création monétaire et sa politique monétaire ? Lorsque Syriza est arrivé aux affaires au mois de janvier 2015 et que la BCE refusait d’accorder des liquidités aux banques grecques, pourquoi le gouvernement auquel vous participiez n’a-t-il pas envisagé et mis en œuvre des alternatives monétaires concrètes, que ce soit un retour à une monnaie nationale sous contrôle démocratique ou bien une monnaie électronique, à l’image de ce qui a été fait en Equateur au début de l'année 2015, complémentaire à l’euro et gérée par les autorités publiques pour le paiement des biens et services de première nécessité et les impôts ? Ce débat est certes complexe, mais pourquoi n’avoir pas participé à le rendre public alors que vous étiez au gouvernement et n’avoir pas donné au peuple grec la possibilité de se prononcer démocratiquement à ce sujet ? Et au-delà du cas spécifique de la Grèce, quelles alternatives monétaires peuvent être selon vous opposées à la stratégie d’asphyxie monétaire que la troïka ne manquerait pas de mettre en œuvre contre une tentative de sortie de la cage de fer de l’austérité dans un autre pays ?

En résumé, le programme alternatif pour les progressistes européens, l'affrontement frontal avec l’establishment européen et l’appel à la désobéissance que vous lancez ne nécessitent-ils pas, pour trouver leur traduction dans les faits, la mise en œuvre d’un plan d’action comportant les mesures radicales suivantes.

La désobéissance aux traités européens et le respect des droits humains fondamentaux inscrits dans de multiples textes, en particulier de droit international.

Le non-paiement de la part de la dette publique dont il est peut être démontré de manière incontestable, comme ce fut le cas pour la Grèce, qu’elle est tout à la fois illégale, illégitime, odieuse et insoutenable.

Le contrôle des capitaux, notamment comme mesure défensive contre le chantage de la BCE, l'arrêt des privatisations des biens communs et l’annulation de celles qui ont déjà été réalisées.

La socialisation de l’intégralité du système bancaire et une refonte des institutions européennes, nationales et locales assurant une véritable démocratie.

En ce qui nous concerne, si un tel programme devait nécessiter la sortie de l’Union Européenne, nous assumerions cette sortie car nous préférons la lutte pour un progrès social, même si nous n’avons pas l’assurance de gagner ce combat, au maintien résigné dans une Union Européenne avec la garantie de l’austérité perpétuelle.

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