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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 19:18

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/23/le-pays-basque-se-mefie-du-separatisme_5002290_3214.html

Le Pays basque se méfie du séparatisme

Cinq ans après la fin de la violence d'Euskadi Ta Askatasuna (ETA), les électeurs sont appelés à renouveler le parlement régional

Par Sandrine Morel, envoyée spéciale du Monde à Saint Sébastien

Accrochés aux fenêtres du centre de Saint-Sébastien ou de Bilbao, les habituels drapeaux qui demandent le rapprochement dans les prisons du pays basque des détenus etarras, dispersés dans toute l’Espagne, se font de plus en plus rares. En 2011, le groupe séparatiste armé ETA annonçait « la fin définitive de la violence » et les quarante ans de terrorisme semblent oubliés.

Depuis que la menace a cessé, la peur s'est envolée. Les gardes du corps ont disparu. Les langues se délient. Les tabous se lèvent. Et l'indépendantisme est en recul.

Les électeurs basques sont appelés à voter, Dimanche 25 Septembre 2016, pour renouveler leur parlement régional. Selon le dernier sondage officiel du gouvernement basque, daté du mois de juillet 2016, seuls vingt trois pour cent des basques, plus préoccupés par l’emploi ou la qualité des services publics, se disent favorables à l’indépendance. Pourtant, le prochain parlement devrait disposer d’une très large majorité de députés en faveur du « droit à décider », un euphémisme pour définir la possibilité de convoquer des référendums d’autodétermination.

Les trois principaux partis y sont favorables, le parti nationaliste basque (PNV), assuré, selon les sondages, de remporter de nouveau les élections, ainsi que Podemos et la coalition abertzale Euskal Herria Bildu, mouvance proche de l’ETA. De quoi inquiéter Madrid, déjà confronté à la rébellion du parlement catalan qui brave la constitution et semble décidé à s’engager sur le chemin de la sécession.

Cependant, le PNV, le parti état qui a gouverné la région depuis le retour de la démocratie, à l’exception d’une brève parenthèse quand le parti socialiste basque et le Parti Populaire se sont unis pour lui ravir le pouvoir, entre 2009 et 2012, ne veut pas de la dérive séparatiste qui, en Catalogne, a entraîné son ancien homologue catalan, l'ancienne coalition nationaliste Convergence et Union. Et ne perd pas une occasion de se démarquer de la voie catalane.

« Le PNV sait qu’il ne peut pas suivre le chemin de Convergence et Union sans risquer de perdre sa position dominante et centrale actuelle. Et ni son électorat, ni la majorité de la société basque ne sont pour une aventure indépendantiste », souligne le politologue Francisco Llera Ramo, directeur de l’institut de sondages de l’université du pays basque, Euskobarometro.

« Le PNV parle du droit à décider, de la réforme et de l’amélioration du gouvernement autonome et de la reconnaissance de l’identité nationale du pays basque de manière modérée, pragmatique et très consensuelle », dit-il.

« Convergence et Union n’était pas une coalition indépendantiste et Artur Mas, l’ancien président du gouvernement catalan, apparaissait comme un modéré », rétorque Borja Semper, porte-parole du Parti Populaire au pays basque, qui dit, pour sa part, craindre une division sociale comme en Catalogne.

Mais le pays basque n’est pas la Catalogne. Le pragmatisme règne dans cette région riche, majoritairement bourgeoise et conservatrice, qui dispose du plus haut degré d’autonomie, avec la Navarre, et d’un taux de chômage de douze et demi pour cent, huit points de moins que dans l’ensemble du pays.

« Vu le blocage qu’il y a à Madrid, sans gouvernement depuis neuf mois faute de majorité parlementaire claire, le plus important est la stabilité politique et économique », souligne Gorka Natxiondo, chef d’entreprise de trente neuf ans qui assiste en famille à un meeting du PNV, à Saint-Sébastien, le 18 septembre 2016. « Le droit à décider, c’est pour faire plaisir à la galerie. Le PNV est un parti modéré. Le gouvernement autonome est un cadre confortable. Ce qui est important, c’est de préserver la coexistence ici ».

Impossible aussi d’oublier la souffrance qu’ont provoquée les quarante ans de terrorisme de l’ETA. « Il était très difficile de poser la question basque comme un conflit purement politique, touchant des questions juridiques, quand il existait un groupe armé en activité », souligne Lander Martinez, candidat pour Podemos Euskadi. « Nous ne pourrions sans doute pas le faire si l’ETA assassinait encore ».

La jeune formation de la gauche anti-austérité est au coude-à-coude dans les sondages avec la coalition de la gauche abertzale, Euskal Herria Bildu.

Comme en Catalogne, elle défend la possibilité de convoquer un référendum sur l’indépendance tout en se positionnant pour rester en Espagne, « afin de changer le pays », souligne Lander Martinez.

Au palais des sports de Bilbao, où près de cinq mille personnes étaient réunies le 17 septembre 2016 pour suivre le meeting de l’ancien etarra Arnaldo Otegi et des candidats d’Euskal Herria Bildu, le discours était tout autre et c’est avec envie que l’on regarde la voie catalane.

Dans la salle, Aintzane, trente ans, maîtresse d’école, pense que « la fin de l’ETA nous permet d’avoir la voie plus ouverte pour revendiquer le droit à décider. Madrid a toujours utilisé les attentats pour ne pas reconnaître nos droits ».

Sur la scène, c’est au tour de l’ancien militant de l’ETA, sorti de prison au mois de mars 2016 après y avoir passé six ans pour « appartenance à un groupe terroriste » et déclaré inéligible par la justice espagnole, de s’exprimer. « Le changement de stratégie politique basque a fait sauter toutes les coutures de ce vieux régime, tout comme le processus catalan », affirme Arnaldo Otegi. « Ce qui remet vraiment en question le pouvoir de l’oligarchie est la défense de l’indépendance des peuples et des nations de l’état. Quand Podemos se rendra compte qu’il ne peut pas changer l’Espagne, j’espère qu’ils auront le courage de s’unir à notre projet indépendantiste et de gauche ». Pour le moment, Podemos a déjà dit non.

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