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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 16:17

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/06/burkini-la-charge-bancale-de-manuel-valls-contre-le-new-york-times_4993407_4355770.html

La charge bancale de Manuel Valls contre le New York Times

Par Adrien Sénécat

« Les voix des femmes musulmanes ont été quasiment noyées » dans la polémique estivale sur le burkini. C’est le constat dressé par le New York Times, qui leur a donné la parole dans une série de témoignages sur le voile, publiée le Vendredi 2 Septembre 2016. L’occasion pour certaines, comme Halima Djalab Bouguerra, une étudiante de vingt et un ans de Bourg-en-Bresse, dans le département de l'Ain, d’exprimer leurs inquiétudes,« les langues se sont déliées et plus personne n’a peur de dire à un musulman de rentrer chez lui ». L’article a fortement déplu à Manuel Valls, qui y a répondu par une tribune au Huffington Post, Lundi 5 Septembre 2016. Mais sa charge contre le sérieux du journal américain est peu probante.

Ce qu'a dit Manuel Valls

Cet article « donne une image insupportable, car fausse, de la France, pays des lumières et des libertés », écrit le premier ministre. Il met ensuite en cause le sérieux de l’article du journal américain, « la réalité, c’est qu’il ne s’agit pas d’une enquête de terrain, qui permet les différents éclairages ou la nuance dans l’analyse », assène-t-il. Et de mettre en doute le cœur même de l’enquête, à savoir les témoignages des femmes musulmanes.

« Ces témoignages ont été pour la plupart obtenus à la suite d’un événement scandaleux organisé en France, un camp d’été décolonial. Un camp qui, et cette information a son importance, était interdit, je cite, aux personnes à la peau blanche. Son but était de rassembler tous les partisans des communautarismes, tous les opposants à la mixité entre les personnes blanches et non blanches et tous ceux qui veulent, je cite encore, dénoncer le philosémitisme d'état dont la France serait victime ».

Une accusation répétée sur Radio Télévision Luxembourg (RTL), Mardi 6 Septembre 2016, où il a dénoncé « la complaisance vis-à-vis de femmes qui fréquentent un campement interdit aux blancs et ensuite la vision que ce papier donnait de la France ».

Pourquoi c'est faux

La version de Manuel Valls a pourtant de quoi surprendre quand on retrace le parcours de l’enquête du New York Times. Le journal a d’abord lancé un appel à témoignages le 22 août 2016, sous le thème suivant, « êtes-vous une femme musulmane en Europe ? Partagez votre opinion sur les restrictions au port du voile ». Cet appel a rapidement été relayé sur les réseaux sociaux.

Le camp décolonial a, quant à lui, eu lieu entre le 25 août et le 28 août 2016 à Reims. Il a, selon l’organisation, réuni environ cent quatre vingt personnes, loin des quelque mille deux cent témoignages revendiqués par le quotidien américain. Contrairement à ce qu’affirme Manuel Valls, les organisateurs ont souhaité réserver l’événement « aux personnes subissant le racisme ». Un choix qui fait débat, mais ne se résume pas, pour les organisations à l’origine du camp, à interdire la présence des blancs.

La journaliste de Mediapart Faïza Zerouala, qui a couvert le camp d’été, assure au Monde qu’elle est la seule à y avoir assisté, avec une consœur du Bondy Blog. C’est également ce que nous dit Lillie Dremeaux, l’auteure de l’enquête du New York Times, qui nous renvoie vers la réponse de la direction du quotidien à Manuel Valls, « notre article s’appuie sur les réponses de plus de mille deux cent lectrices à un appel à témoignages en ligne en anglais, en français et en arabe », y indique Danielle Rhoades Ha, porte-parole du journal.

Loin du sensationnalisme des « no-go zones »

Sur ces centaines de témoignages, le New York Times a publié ceux de vingt et une femmes de vingt deux ans à quarante et un ans. Treize d'entre elles vivent en France. On en compte trois à Paris, deux à Toulouse et une à Grenoble, à Roubaix, à Lyon, à Orléans, à Drancy, à Lille, à Perpignan et aux Lilas. Les huit autres vivent à l’étranger, dont cinq en Belgique. Le fameux camp décolonial n’est jamais évoqué dans l’article et il est difficile d’imaginer que toutes ces femmes aient pu y participer.

Quant au contenu de l’article, on y trouve des points de vue divers. Plusieurs femmes ont des mots très durs envers l'état, dénonçant un régime d’apartheid ou expliquant ne plus se sentir en sécurité et c’est ce que Manuel Valls n’a pas apprécié. Pour lui, comme il l’écrit dans le Huffington Post, « l’immense majorité des femmes musulmanes qui ne se reconnaissent pas dans une vision ultra-rigoriste de l’Islam » n’ont pas été interrogées.

D’autres témoignages insistent aussi sur la pression sociale et les incompréhensions d’amis ou de collègues, notamment vis-à-vis de la consommation d’alcool. Certaines relativisent également la situation, pointant un contraste entre la présentation médiatique et la réalité, comme Saadia Akessour.

« Je me suis baignée cet été du côté d’Hendaye, dans le sud-ouest de la France. J’ai été un peu la curiosité du coin, mais j’ai trouvé les gens bienveillants. Il me semble que les médias et politiciens sont en contradiction avec ce que pense le peuple ».

Nous sommes donc loin du sensationnalisme des commentaires de Fox News sur les « no-go zones » parisiennes, pour lesquels la chaîne avait dû s’excuser après les attentats de Paris au mois de novembre 2015.

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