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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 19:38

http://www.lemonde.fr/festival/article/2016/09/09/birgitta-jonsdottir-de-la-poesie-au-parti-pirate-islandais_4995084_4415198.html

Birgitta Jonsdottir, de la poésie au Parti Pirate d'Islande (PPI)

Par Damien Leloup

La fondatrice du PPI, pressentie pour devenir la prochaine première ministre de l’Islande, veut en finir avec la politique du court-terme. Elle est l’invitée, Samedi 17 Septembre 2016, du festival off du Monde Festival.

A quarante neuf ans, Birgitta Jonsdottir a déjà eu plusieurs vies. Poète précoce, elle a publié son premier texte à quatorze ans, elle enchaîne « toutes sortes de boulots » avant de devenir députée, et de cofonder le PPI, qui fait aujourd’hui la course en tête dans les sondages, à quelques semaines des élections législatives du 29 octobre 2016. Femme politique et poète, Birgitta Jonsdottir est aussi, à ses heures perdues, peintre et musicienne. Elle regrette parfois de ne plus avoir le temps d’écrire de poésie. « Mais j’utilise mon énergie créatrice dans mes discours », précise-t-elle. Des discours qu’elle prépare peu, préférant s’adapter à son auditoire.

Artiste éclectique, elle écoute aussi bien les stars rock nationales Björk et Sigur Ros que le groupe défunt Joy Division et d’autres de punk hardcore.

L’un de ses fils lui a fait découvrir Muse. « J’apprends à jouer leur titre Uprising », dit-elle, amusée. « Quand je découvre un nouveau groupe, je regarde toujours les paroles avant d’écouter la musique ».

L’arrivée d'internet a bousculé la vie de cette femme de caractère, dont la mère était « la première femme troubadour d’Islande qui mettait en musique les meilleurs poèmes des meilleurs poètes, en se concentrant sur ceux qui parlaient de justice sociale ». En Islande, où trois cent trente mille habitants sont répartis sur cent mille kilomètres carrés, l’arrivée du web a changé beaucoup de choses. Notamment pour Birgitta Jonsdottir, qui commence à créer des sites internet dès 1995.

De la révolution internet à la « révolution des casseroles »

« Grâce à Internet, c’est plus facile de se connecter à des personnes qui ne pensent pas comme nous. En Islande, sans cela, il faut être une sorte d’oiseau migrateur si l’on veut apprendre à se connaître soi-même. » Se connaître soi-même, une idée chère à cette bouddhiste, qui se présente aussi volontiers comme « poéticienne ». Birgitta Jonsdottir trouve toutes les idéologies en « isme » dangereuses. Ce qui ne l’a pas empêchée de faire un long bout de route avec l’anarchisme et l’écologie radicale. Elle fut notamment porte-parole de Saving Iceland, une organisation écologiste qui prône l’action directe et qui explique sur son site être « aussi intransigeante avec ses valeurs qu’un blizzard hivernal sur le Vatnajokull », l’un des plus grands glaciers du pays.

Engagée de longue date dans de multiples causes, dont l’indépendance du Tibet, ou l’opposition à la guerre en Irak, Birgitta Jonsdottir prend un nouveau tournant en 2008 lors de la crise financière qui touche durement l’Islande, plongée dans la faillite. « Cela a été une prise de conscience, j’avais honte de faire partie d’une nation qui s’était laissé entraîner dans l’abysse », explique-t-elle. Elle fait partie des tout premiers manifestants de la « révolution des casseroles » qui aboutira, des mois plus tard, à la nouvelle constitution et au référendum refusant de sauver les banques.

Entre-temps, Wikileaks a lâché une bombe dans le paysage politique islandais. Après la publication des documents montrant que les dirigeants de la banque Kaupthing ont accordé des prêts à des proches avant le sauvetage de l’entreprise, c’est la panique. La banque tente de faire interdire les articles sur le sujet, attirant encore davantage l’attention sur le scandale. Birgitta Jonsdottir y voit la nécessité d’un grand projet, un projet de loi qui vise à faire de l’Islande « la Suisse inversée qui protège lanceurs d’alerte, sources et journalistes ». Quelques mois plus tôt, elle est élue députée du mouvement des citoyens, un parti politique nouveau né de la crise, et s’attache à mettre en place ce projet qui recueillera aussi le soutien du parti progressiste.

« Parler avec les gens plutôt que des gens »

L’année suivante, Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, se rend en Islande. Birgitta Jonsdottir le rencontre, lui expose son projet et, de fil en aiguille, travaille, avec l’équipe réduite de Wikileaks, à la production de ce qui sera un gigantesque scoop mondial, la vidéo Collateral Murder, qui montre des militaires américains ouvrant le feu sur des civils dans la banlieue de Bagdad. La collaboration avec Wikileaks ne durera pas beaucoup plus longtemps, Birgitta Jonsdottir trouve que le fonctionnement de l’organisation manque de transparence. Mais elle lui a valu d’attirer l’attention du département d'état américain, qui demandera à Twitter de lui fournir l’ensemble des messages personnels de la députée. Aujourd’hui encore, Birgitta Jonsdottir se dit certaine d’être toujours sous surveillance électronique. « Bien sûr que je suis surveillée. Je suis amie avec Chelsea Manning, condamnée pour avoir fourni des documents de l’armée américaine à Wikileaks. Mais je m’en fiche. Au contraire, j’ai envie de dire à celles et ceux qui me surveillent, écoutez ce que je dis et prenez-le à cœur ».

« Le berceau de la démocratie est contraint de devenir une technocratie »

Que dit-elle ? Qu’il vaut mieux « parler avec les gens plutôt que parler des gens », une doctrine qu’elle a intégrée dans le fonctionnement du PPI, qu’elle a cofondé en 2012, à la fin de son premier mandat d’élue. Qu’il faut « refonder le système », d’autant que les démocraties occidentales sont à bout de souffle. La Grèce, « le berceau de la démocratie est contraint de devenir une technocratie ». La Grande-Bretagne du Brexit est minée par une campagne « de propagande, de manipulation et de peur, des deux côtés ». Birgitta Jonsdottir ne jette pas la pierre aux électeurs qui ont voté pour la sortie de l’Union Européenne, « en Islande aussi on nous avait promis la catastrophe si nous refusions de sauver les banques ». Mais l’absence de faits dans le discours politique l’obsède. Tout comme le court-termisme des gouvernements.

« Un pays ne peut pas avancer si chaque gouvernement consacre son énergie à défaire ce qu’a fait le précédent. Au parlement, nous avons un comité du futur qui est en charge des stratégies à long terme, pour des sujets comme la santé, qui ne peuvent pas être réformés par l’exécutif, qui vit dans le moment présent ». Ironiquement, pour cette parlementariste chevronnée, si les sondages se confirment, Birgitta Jonsdottir pourrait donc devenir première ministre, faisant de l’Islande le premier pays au monde à être gouverné par le parti pirate.

Poétesse pragmatique

Le programme du parti, élaboré de manière collaborative, prévoit quelques mesures phares, comme le droit des citoyens à faire des propositions de loi, à condition que deux pour cent de la population les signent. « C’est un outil extrêmement important pour montrer au peuple qu’il n’est pas sans pouvoirs entre deux élections », juge Birgitta Jonsdottir. Sans oublier la lutte contre la corruption, un élément central du programme du PPI que les révélations des Panama papers sur les comptes offshore de l’épouse du premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson ont cruellement remise sous les feux de l’actualité. Et la mise au pas des banques d’affaires, qu’elle appelle toujours « les banksters ».

Poétesse pragmatique, Birgitta Jonsdottir croit au changement. Sauf, peut-être, pour les Etats-Unis, un pays « où, à l’âge de l’information, on parle de plus en plus du créationnisme. C’est trop tard, et le pays est trop grand. Le changement ne peut se faire qu’au niveau local ». Pourtant, ses cauchemars sont globaux, la mainmise de la finance sur la politique et la surveillance de masse conduite par les services de renseignement. « Que vous soyez avocat, journaliste ou simple citoyen, leurs outils leur permettent quasiment de lire dans votre esprit. Et encore, je suis bien plus inquiète du rôle des entreprises privées. Nous vivons dans un livre de science-fiction, à mi-chemin entre 1984 de George Orwell et le Meilleur des Mondes ».

Elle a récemment relu le roman d’Aldous Huxley, dans lequel règne une dictature qui s’appuie à la fois sur la guerre et sur la drogue pour étouffer dans l’œuf toute velléité de contestation. « Nous l'oublions souvent, mais même dans le Meilleur des Mondes, il existe des dissidents. Ils sont envoyés en exil sur une île lointaine, l’Islande ».

Conversation avec Birgitta Jonsdottir, animée par Martin Untersinger, Samedi 17 Septembre 2016, de 15 heures à 16 heures, auditorium du Monde, 80 Boulevard Auguste Blanqui 75 013 Paris.

Un débat du off au Monde Festival

Conversation avec Birgitta Jonsdottir, fondatrice du PPI

Rendez-vous au Monde Festival

La troisième édition du Monde Festival aura lieu du Vendredi 16 Septembre au Lundi 19 Septembre 2016 sous un titre qui sonne comme un défi à notre monde en crise, « agir », avec Vandana Shiva, Michel Serres, Houda Benyamina, Edouard Louis, Marie Rose Moro, Siri Hustvedt, Ken Loach et Garry Kasparov.

Le programme du festival est en ligne, faire de la politique autrement, la science peut-elle aller contre le progrès, les multinationales sont-elles au-dessus des états, où est la diversité au théâtre et au cinéma et comment changer l’école. Rendez-vous sur la chaîne Festival pour y retrouver des portraits, des enquêtes et des vidéos sur des initiatives et des engagements qui transforment le monde.

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