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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 16:20

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/09/24/a-paris-les-migrants-entre-solidarite-et-repression_5002844_1654200.html

Paris, les migrants entre solidarité et répression

Par Maryline Baumard

Dimanche 25 Septembre 2016

La cuillère lèche les pourtours du faitout. Les derniers haricots de la chorba géante glissent dans la barquette en plastique et déjà Agathe cherche des yeux un volontaire pour la porter aux familles afghanes.

« Il faut que les enfants mangent quelque chose », s’inquiète la jeune femme en continuant à servir la foule d'africains qui se reconstitue sans fin face à elle.

Sur la place de la Rotonde à Paris, entre les métros Jaurès et Stalingrad, les migrants en sont au moins à leur troisième file d’attente de la journée.

Dès que quelqu’un arrive avec un cageot de bananes ou quelques canettes de boisson, ils s’alignent méthodiquement, rodés à ce geste sur les routes de l’exil. Sous des tentes, sur des matelas ou des cartons posés à même le sol, les ressortissants d’Afrique, soudanais et érythréens en tête, ont élu domicile avenue de Flandre, dans le dix neuvième arrondissement de Paris. De l’autre côté du carrefour, les afghans, eux, campent sur l’extrémité du boulevard de la Villette en face des bureaux de France Terre d'Asile (FTA), où ils essaient de se faire enregistrer pour pouvoir un jour déposer leur demande d’asile à Paris.

Jeudi 22 Septembre 2016, le dernier à être autorisé à entrer pour obtenir une pré-inscription qui donnera droit à un vrai rendez-vous d’enregistrement, Djibi, un gambien de vingt sept ans, était là depuis 4 heures du matin, après avoir passé son début de nuit « dans un parking au métro Couronnes ». Le jeune homme se réjouit de cette petite victoire, car depuis deux semaines il essayait chaque jour d’entrer dans le dispositif d’asile.

Après une nuit sous la tente, Farhan, huit ans, retrouve, lui, un brin de sourire. Sa mère, Fatima, une jeune afghane, est à bout. Ses nerfs lâchent face au manque de sommeil et à l’idée de passer la nuit suivante sous le métro Jaurès. « Vendredi 16 Septembre 2016, on nous a emmenés dans un hôtel à Méry-sur-Oise, dans le département du Val-d’Oise, et, après trois nuits, on nous a dit de partir et que l’hébergement était terminé. Alors, nous avons pris le train et nous sommes revenus ici », explique son mari, Zikrudden. Un bénévole du quartier hausse les épaules en écoutant la conversation, « c’est le dessous des mises à l’abri, l’envers du communiqué officiel ».

Vendredi 16 Septembre 2016, la préfecture de région a évacué plus de deux mille migrants de ce secteur de Paris pour les héberger en grande banlieue. Trois familles sont déjà revenues, leur prise en charge s’arrêtant au bout de trois nuits d’hôtel. A son retour, Zikrudden n’a pas pu monter sa tente exactement au même endroit puisque des barrières ont été installées là où il dormait. Comme après chaque évacuation, c’est le dispositif de la mairie de Paris pour éviter les nouveaux campements.

L’afghan trouve cela « très vilain » et avoue ne pas bien comprendre la stratégie « puisque nous nous installons en face. Il faut bien que nous nous mettions quelque part en attendant d’avoir l’asile », explique cet ancien traducteur de l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui redoute d’être embarqué par la police avant d’être officiellement demandeur d’asile et encore plus d’être séparé de sa femme et de son fils par un contrôle.

Depuis l’été, la préfecture de police multiplie les dispersions. La réalisatrice Valérie Osouf, voisine solidaire, en a compté seize. « Nous nous faisons nasser et ils embarquent une vingtaine, une trentaine de migrants, voire bien plus. Dans les commissariats, leurs droits ne leur sont pas notifiés et ils sont de plus en plus nombreux à revenir avec une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) », raconte la jeune femme. « Dans le lot, il y a que des exilés qui n’ont pas pu encore déposer leur demande d’asile. Certains sont directement placés en Centre de Rétention Administrative (CRA) ». Ces opérations ont été dénoncées par neuf associations qui viennent d’écrire au préfet de police et qui demandent l’abrogation de ces OQTF. Contactée, la préfecture n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde.

Dans l’attente de l’ouverture du camp humanitaire par la municipalité, au mois d’octobre 2016, la situation se complique donc de jour en jour à Paris. Entre le Vendredi 16 Septembre et le Jeudi 22 Septembre 2016, quatre cent nouveaux migrants sont arrivés dans la capitale et la mairie de Paris dit observer des tensions dans le quartier. Le maire du Parti Socialiste du dix neuvième arrondissement, François Dagnaud, a d’ailleurs rédigé une lettre aux riverains, rappelant qu’il entendait faire respecter « l’exigence de dignité du quartier ».

« Nous nous faisons parfois insulter par quelques voisins qui nous disent que nous amenons des rats en servant à manger aux migrants, mais nous avons aussi des ralliements de personnes qui veulent aider », se réjouit Eric Lehembre, un metteur en scène de théâtre dont les fenêtres donnent sur le campement africain. Chaque matin, il sert le thé. Sa recette est rodée, treize sachets de thé et cinq cent grammes de sucre.

« Je fais cela depuis le mois d’août 2016. De temps en temps, avec les amis, nous nous demandons si nous ne nous substituons pas trop à l’état. Mais nous ne pouvons pas laisser des gens sans manger en 2016 à Paris et les regarder par les fenêtres de notre appartement », dit-il.

Agathe Nadimi, une professeure dans le secondaire et formatrice agit hors associations et collectifs. Aujourd’hui, l’enseignante s’inquiète du sort des mineurs, dont elle s’occupe particulièrement. « Dans le dispositif de la mairie de Paris, beaucoup de jeunes voient leur minorité contestée et se retrouvent à la rue une fois ce fait établi. Demain, avec l’ouverture du camp humanitaire, les adultes, eux, seront pris en charge par l’état. Mais qu’adviendra-t-il de ces jeunes », s’interroge-t-elle.

Jeudi 22 Septembre 2016, sur le terre-plein de l’avenue de Flandre, Abdoulkadarid, dix sept ans, cherchait quelqu’un pour l’aider à répondre à une convocation au palais de justice après un refus de prise en charge. Comme Mamadou, qui montrait à tous les passants blancs son dossier d’aide juridictionnelle à remplir.

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