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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 20:08

http://www.kedistan.net/2016/10/05/accord-ue-turquie-reprend

L’accord entre l'Union Européenne et la Turquie reprend, malgré la démocrature turque

Par Daniel Fleury

Mercredi 5 Octobre 2016

Alors que la répression et les purges s’intensifient en Turquie, que les médias sont réduits au silence et que les forces armées turques se sont vues accorder un permis d’invasion du nord de la Syrie, l’accord entre la Turquie et l'Union Européenne sur les migrants suit son cours.

La Turquie est un pays sûr, respectueux des règles internationales, à qui l’on peut confier la protection et l’assistance aux migrants, c’est bien connu.

Et pourtant, le gouvernement d'Alexis Tsipras a permis le renvoi de l’île de Lesbos à Dikili en Turquie d’un groupe de cinquante cinq demandeurs d’asile, en majorité des pakistanais et des algériens, dans le cadre de l’accord. Parmi ce groupe, figurent les premiers trente sept demandeurs d’asile déboutés en deuxième instance par les autorités du service grec d’asile. Et ce ne seront pas les derniers, si on en croit le gouvernement devenu désormais très pro-européen, sur cet accord. Les seuls inquiétudes actuelles pour Alexis Tsipras semblent être le vote récent renouvelant les autorisations d’interventions extérieures de la Turquie, qui concernent également le voisin chypriote.

Le coup d'état manqué du Vendredi 15 Juillet 2016 en Turquie avait incité à quelque prudence et la première vague de purge engagée par le gouvernement du parti de la justice et du développement (AKP) avait interrogé sur la volonté de Recep Tayyip Erdogan de poursuivre le deal, tant il semblait occupé à fournir d’éventuels demandeurs d’asile supplémentaires, turcs et kurdes cette fois. Les interdictions de quitter le territoire qui ont accompagné ces purges ont du rassurer l’Union Européenne, puisque les échanges de bons procédés reprennent.

Le 8 septembre 2016, les autorités grecques avaient déjà renvoyé en Turquie cinq demandeurs d’asile déboutés en première instance, sans attente de recours éventuel.

Ce sont environ cinq cent migrants dont la plupart n’avait pas demandé l’asile en Grèce ou avaient retiré leurs demandes, qui ont été renvoyés depuis la signature de l’accord. Le gouvernement d’Alexis Tsipras s’étant engagée à un examen individuel des demandes d’asile, les renvois massifs avaient été retardés par les procédures, puisque même les migrants arrivés après le 20 mars 2016, date fatidique, avaient en partie déposé des dossiers, bien qu’ils ne veuillent pas rester en Grèce.

« Si la procédure d’examen d’asile s’accélère », les renvois vont s’intensifier, et nous ne voyons pas ce qui pourrait empêcher cette accélération, la démocrature turque semblant convenir pour y renvoyer des personnes en état de détresse absolue. Ainsi va l’humanité européenne, à l’encontre de la misère du monde. En profiter d’accord, accueillir les effets secondaires, là, cela coince. Hier avec un Mouammar Kadhafi, aujourd’hui avec Recep Tayyip Erdogan, tous les pouvoirs forts sont considérés efficaces pour débarrasser l’Europe de ses problèmes, pour peu qu’on s’entende sur les contreparties.

Cette politique migratoire européenne, faite de renoncements devant les mouvements xénophobes identitaires qui se développent, prouve tellement son efficacité qu’en effet, elle a endigué le flux migratoire en Europe via la Turquie, mais que la route s’est désormais re-déplacée entre la Libye, l’Egypte et l’Italie. Des arrivées par milliers ces derniers jours, avec le lot de noyés en mer, des hommes, des femmes et surtout des enfants, sont le fruit de cette politique de déplacement du problème.

Pour chaque syrien renvoyé, un syrien doit être relocalisé en Europe, prévoit également l’accord. Ce qui ressemble bigrement à un troc de migrants, rappelons-le, en totale détresse, au moment où Alep meurt sous les bombes et le nord de la Syrie est envahi par Recep Tayyip Erdogan. La Grèce n’a fort heureusement renvoyé jusqu’ici en Turquie aucun demandeur d’asile syrien. Mais l’accélération voulue par le gouvernement d’Alexis Tsipras peut le faire craindre.

La seule chose qui peut ralentir, c’est la rupture de l’accord par Recep Tayyip Erdogan, qui réclame toujours ses milliards d’euros et l’exemption de visas pour les turcs dans l’espace Schengen, tout comme l’établissement de sa fameuse zone tampon au nord de la Syrie, où il envisagerait de relocaliser les réfugiés.

Inutile de dire que pour toutes ces négociations, chacun oublie volontairement qu’il s’agit de vies humaines, de destins brisés et, pire, de jeunes générations sacrifiées pour qui l’Europe et les états du Moyen-Orient apparaîtront comme les assassins de leurs parents et de leurs familles à très court terme.

Nous trouverions également que ce serait faire preuve d’une réelle solidarité transnationale et d’un peu d’intelligence politique que de ne pas faire en Europe de campagnes d’aides séparées pour l’aide au peuple grec d’un côté et l’aide aux migrants en Grèce de l’autre côté.

Sur place, les activistes grecs, suivis en cela par une bonne partie des milieux populaires, ne font pas de différence. Ils se considèrent tous comme luttant ensemble contre la politique austéritaire et xénophobe de l’Union Européenne. Ainsi, dispensaires autogérés, lieux de culture et d’accueil sont partagés.

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