Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:19

 

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/10/21/jungle-de-calais-le-gouvernement-detaille-l-operation-de-demantelement-qui-debutera-lundi_5018279_1653578.html

 

Jungle de Calais, le démantèlement débutera Lundi 24 Octobre 2016 à l’aube 

Lundi 24 Octobre 2016 à partir de 8 heures du matin, les premiers autocars commenceront à évacuer six mille quatre cent exilés vers deux cent quatre vingt lieux répartis dans toute la France. 

Par Maryline Baumard 

C’est une opération inédite en France. L’évacuation des six mille quatre cent migrants de la jungle de Calais, qui doit commencer Lundi 24 Octobre 2016 à l’aube, équivaut au démantèlement d’une véritable petite ville. L'état s’est donné une semaine pour y parvenir. 

Lundi 24 Octobre 2016, les premiers autocars devraient quitter Calais tous les quarts d’heure à partir de 8 heures du matin, afin que plus de deux mille quatre cent personnes quittent le bidonville dès le premier jour. La noria des bus ne s’arrêtera que le soir avec le départ du soixantième véhicule. Au fil de la semaine, les six mille quatre cent exilés qui campaient aux portes de l’Angleterre seront répartis dans toutes les régions de France, à l'exception de la Corse. 

Loué pour l’occasion, un hangar de trois mille mètres carrés situé à trois cent mètres de la jungle sera au cœur du dispositif. A l’entrée, « les migrants seront séparés en quatre files, les hommes seuls majeurs, les mineurs isolés, les familles et les personnes vulnérables », rappelle le préfet du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, à la tête des opérations. 

« Chaque personne se présentera à un guichet géré par l’Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), où elle choisira entre deux régions et se verra remettre un bracelet dont la couleur indiquera sa destination. Puis elle se rendra sous la tente spécifiquement réservée à son départ. Un bus garé quelques rues plus loin arrivera dès que cinquante migrants seront réunis sous une même tente et l’embarquement se fera immédiatement », a prévu Fabienne Buccio. 

Le centre de commandement, situé sous le même hangar, contactera alors le préfet de la région concernée pour qu’il puisse anticiper l’heure d’arrivée dans son Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO). 

Avant, chaque migrant aura dû décliner son identité, sa date de naissance et sa nationalité, mais « aucun examen de la situation administrative n’aura lieu là », assure l’entourage du ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve. Ce qui signifie que même les migrants sous le coup d’une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) seront les bienvenus dans le bus. 

Depuis la rentrée, le préfet du Pas-de-Calais se concentre sur ce défi. Dès qu’elle a su que les heures du plus grand bidonville de France étaient comptées, avant que l’information ne soit rendue publique le 2 septembre 2016, elle a installé trois groupes de travail. « L’un sur l’organisation des opérations, le second sur leur sécurisation et le dernier sur le nettoyage du terrain », raconte-t-elle. Depuis lors, les trois groupes creusent leur sujet chaque mardi après-midi, avant que le vendredi matin Fabienne Buccio les réunisse tous en plénière, pour prendre en compte les avancées, mutualiser l’information et lancer les chantiers suivants. 

Derrière ses murs en pierre de taille tricentenaires, l’hôtel particulier de la préfecture d’Arras a vécu la vie agitée d’un quartier général depuis le début du mois de septembre 2016. Toutes les informations ont convergé vers le bureau du préfet, avant de redescendre sur le territoire, en accord avec Bernard Cazeneuve, qui a suivi le dossier de très près. 

Les visio conférences avec le cabinet du ministre et les préfets de région ont ponctué les semaines, trouvant place entre les réunions, les visites de terrain et les allers et les retours avec les autres chevilles ouvrières de cette opération. 

« L’OFII et la sécurité civile ont organisé le transport. La Direction Générale des Etrangers de France (DGEF) a centralisé les places en CAO qu’ont fait remonter les régions », ajoute Delphine Brard qui a été la chef d’orchestre des six mille quatre cent départs. 

« Après Lundi 24 Octobre 2016, le premier jour où nous essaierons de faire partir tous les volontaires, vers toutes les régions de France, nous devrions affréter quarante-cinq bus le Mardi 25 Octobre 2016 et quarante bus le Mercredi 26 Octobre 2016 », explique celle qui a tout prévu, des trajets à suivre par les chauffeurs, aux arrêts pipi et aux pauses déjeuner, pour que chaque fois la police ou la gendarmerie locale soit présente sur les lieux. 

C’est l’OFII qui a trouvé les quelque cent soixante dix bus nécessaires pour disperser, partout sur le territoire, soudanais, afghans et érythréens massés depuis des mois à Calais. « Chaque véhicule comptera deux accompagnateurs et sera équipé d’un système de géolocalisation », complète Didier Leschi, son directeur général. Certains estiment que c’est le moyen d’éviter les fuites dans la nature à la première pause, d’autres y voient simplement une façon pour les préfectures et les CAO de savoir à quelle heure arriveront leurs hôtes. 

Personne ne sait prédire si la résistance au départ sera forte ou marginale. Les mille deux cent cinquante policiers mobilisés en plus des deux mille cent agents déjà présents à Calais auraient ordre de laisser sortir les migrants qui veulent quitter la jungle par leurs propres moyens. 

Le ministère dément avoir réservé des places en Centre de Rétention Administrative (CRA) pour les récalcitrants qui refuseraient de renoncer à leur rêve de Grande-Bretagne. Mais le Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués (CIMADE) a observé « qu'à Hendaye, Strasbourg et Plaisir, trois CRA jusque-là fermés ont rouvert leurs portes en prévision de cette opération de démantèlement. Ils représentent une centaine de places, auxquelles s’ajoutent plus de deux cent autres réservées dans tous les CRA de France métropolitaine ». 

La direction des étrangers du ministère de l’intérieur reconnaissait tout de même, Jeudi 20 Octobre 2016, en restant très floue, que « des contrôles d’identité pourront être opérés ainsi que des placements en rétention administrative ». 

Au mois d'octobre 2015, l’opération menée pour réduire la présence des migrants à Calais avait conduit à un millier de placements en rétention. Des enfermements assez aléatoires pour que quatre vingt quinze pour cent des victimes en soient rapidement libérées par les juges et pour que le contrôleur des lieux de privation de liberté condamne la méthode. 

Pour cette évacuation promise avant la fin de l’année, les préfectures ont été beaucoup sollicitées. Le ministre de l’intérieur a en effet sommé ses préfets de région de trouver des lieux d’hébergement. Ces derniers ont fait redescendre la demande aux préfets, qui ont répertorié les bâtiments vides aménageables rapidement en centre d’accueil. 

Les deux cent quatre vingt lieux trouvés sont un à un remontés à la DGEF, qui a piloté la constitution de ce parc, en lien avec le cabinet du ministre, les préfectures et les opérateurs, afin de pouvoir proposer une liste cohérente à Fabienne Buccio. L’objectif de neuf mille places n’a pas été atteint, le compteur s’est arrêté à sept mille cinq cent places. Ce qui devrait suffire pour Calais, puisque près de deux mille migrants ont déjà quitté le lieu, en prévision du démantèlement, sans doute parce qu’ils ne veulent pas demander l’asile en France, et que les mille deux cent quatre vingt onze mineurs de la jungle ne prendront pas de bus. 

Sur ce dossier épineux, « les négociations avec les britanniques se poursuivent », insiste le cabinet de Bernard Cazeneuve. Depuis le début de la semaine, quatre vingt dix huit mineurs ont été autorisés à traverser la Manche pour rejoindre un membre de leur famille installé au Royaume-Uni et cent deux mineurs partent Samedi 22 Octobre 2016.

Ce qui fera un total de deux cent départs avant le début du démantèlement. Puis quatre cent autres devraient suivre ces deux prochaines semaines. 

Le premier jour du démantèlement, tous les adolescents qui se présentent seront orientés vers les conteneurs du Centre d'Accueil Provisoire (CAP). Ils resteront là deux semaines avant d’être envoyés pour « une période transitoire » vers des CAO spécialement prévus pour eux, avec un dispositif d’accompagnement renforcé. 

Eviter de nouveaux campements 

Si les britanniques refusent de les accueillir, ils rejoindront ensuite le dispositif français de prise en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) et seront répartis dans les départements petit à petit. La France aimerait non seulement que les britanniques les prennent tous, mais qu’ils acceptent l’ouverture d’un corridor pérenne pour la réunification familiale. 

En parallèle, Bernard Cazeneuve plaide aussi pour que les femmes de la jungle qui ont un époux au Royaume-Uni puissent y entrer légalement. Si, sur le premier dossier, Londres fait désormais le nécessaire, sur le second, nous en sommes au point mort. 

Une fois ce démantèlement terminé, il restera à éviter que de nouveaux campements se reconstituent dans cette zone qui en a toujours connu depuis l’aube des années 1990. Bernard Cazeneuve a chargé le préfet Jean Aribaud et le président de l'observatoire national de la pauvreté, Jérôme Vignon, déjà auteurs d’un rapport sur Calais, de lui faire des propositions sous dix jours. 

Si le déplacement ailleurs en France des conteneurs du CAP pour offrir un lit aux migrants est à l’étude, la réponse sera surtout sécuritaire, avec présence de forces de l’ordre à Calais « pour empêcher l’installation de squats », rappelle le préfet, mais aussi dans le Calaisis, à la frontière belge et à la frontière italienne. 

« Cela plaît à l’opinion, mais nous ne sommes pas près de juguler les passages à pied par la montagne à Menton », remarque un associatif calaisien, bien plus dubitatif sur l’après-Calais que sur le démantèlement. 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens