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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 18:31

 

 

DU PARTI DE GAUCHE A LA FRANCE INSOUMISE

 

Vous trouverez ci dessous un très long message relatif à la candidature de Jean Luc Mélenchon au premier tour des élections présidentielles de 2017.

De mon point de vue, il y a dans ce message une analyse extrêmement pertinente de cette candidature et du fonctionnement du Parti de Gauche et de la France Insoumise.

Par contre, il y a aussi dans ce message une comparaison entre la France Insoumise et l'Etat Islamique. Cette comparaison me semble totalement fausse et excessive. C'est, comme souvent en politique française, la goutte de goudron dans le tonneau de miel.

Cette comparaison n'apporte absolument rien au message. A l'inverse, elle provoque bien évidemment une multiplication des critiques et des réponses polémiques contre ce message et elle le rend donc totalement inaudible.

Ce sont les raisons pour lesquelles je diffuse le message sans la phrase relative à cette comparaison.

Bernard Fischer

http://www.descartes.over-blog.fr/2016/10/melenchon-pape.html

MELENCHON PAPE  

Par Descartes

Dimanche 23 Octobre 2016

Quand un ami m’a proposé d’assister à « l’assemblée générale des insoumis » des Bouches du Rhône Samedi 8 Octobre 2016, j’ai sauté sur l’occasion d’observer ces « insoumis » dans leur sauce. Je dois avouer en effet que depuis que j’ai quitté la région pour aller travailler ailleurs, je n’y fais que des sauts occasionnels et je ne garde que de loin un œil sur l’évolution de la situation politique locale.

Nous nous sommes donc retrouvés à deux cent cinquante dans une salle municipale de la banlieue de Marseille avec la disposition « en cercle » devenue classique dans ce genre de réunion depuis que la « gauche radicale », se laissant aller à ses penchants gauchistes, a décidé qu’il n’y aurait plus d’estrade, ni de tribune, ni rien qui puisse établir une séparation entre « dirigeants et dirigés ». Je vous rassure, la séparation est toujours là, plus forte que jamais, et c’est pourquoi il ne faut pas qu’elle soit visible. J’y reviendrai.

Après la disposition, le public, je n’ai bien entendu aucun moyen de faire une statistique, mais sur les deux cent cinquante personnes présentes, il y a une très grande majorité de têtes blanches. En fait, cela avait un petit côté « minuit à Paris », nous nous serions cru revenus aux collectifs antilibéraux de 2007. Etaient présentes le ban et l’arrière ban des vieilles gloires gauchistes locales que j’ai connues autrefois. Essentiellement des enseignants ou des professions libérales, abonnés permanents à tous les forums, collectifs et autres causes perdues qui vont de la lutte contre un contournement routier aux campagnes contre l’islamophobie. Quelques jeunes, essentiellement des étudiants et un ou deux syndicalistes, on notait la présence de beaucoup d'anciens militants du Parti Communiste Français (PCF) et l’absence de tout dirigeant local de cette formation.

La réunion était structurée en trois temps, une intervention d’introduction confiée à Alexis Corbière en tant que porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, un débat de politique générale et un deuxième débat sur l’organisation de la campagne. Pour ce qui concerne le débat de politique générale, c’était là encore un retour nostalgique vers le passé qui m’a renforcé dans la conviction que ces gens n’ont rien oublié, et rien appris. Nous avons entendu les mêmes discours devenus à force de répétition quasi-rituels. Il y eut le jeune qui intervient en tant que jeune et qui explique que les jeunes sont une catégorie sociale, comme si les intérêts du jeune ouvrier était plus proche du jeune bourgeois que de l’ouvrier adulte. Il y eut la militante contre l’islamophobie pour appeler les femmes présentes à se baigner en burkini en solidarité avec leurs sœurs musulmanes. Il y eut le traditionnel appel à ne pas relativiser la question sociale suivie d’une avalanche de questionnements sociétaux. Seule dissonance, venue d’anciens militants du PCF, la demande d’une position plus claire et plus ferme vis-à-vis de la sortie de l'euro et de l’Union Européenne.

Clairement, ceux qui militent dans les quartiers sentent combien il est difficile de contrer l’argumentaire du Front National avec des logiques du type plan A ou bien plan B.

Pour ce qui concerne le débat sur la campagne, ce fut là bien plus intéressant pour l’observateur dans la mesure où le sujet qui semble obséder les dirigeants « insoumis » est la cueillette des cinq cent parrainages. Le discours à tenir aux élus qu’on démarche semble d’ailleurs assez honnête, « nous ne vous demandons pas d’être d’accord avec nous, mais de permettre à un candidat soutenu par quelque dix pour cent de l’électorat de se présenter ». C’était drôle d’entendre cela dans la bouche de ceux qui en d’autres circonstances se sont battus pour que Jean Marie Le Pen, qui à l’époque avait lui aussi le soutien de dix pour cent de l’électorat, n’ait pas les parrainages pour se présenter mais, bon, s’il n’y avait que cela. Le principal problème est qu’on passe assez vite de cette noble position à la question des pressions qu’on peut exercer sur des élus et surtout ceux du PCF pour obtenir leur parrainage. Et très vite, chassez le nature, il revient au galop, une partie de l’audience perd de vue l’objectif stratégique pour voir dans cette affaire une opportunité de régler les comptes avec les communistes. Il faut « leur mettre la pression et les menacer de mettre des candidats contre eux ». Cela promet pour la campagne.

Et finalement, il y a le discours d'Alexis Corbière. Au départ, c'est un discours assez classique, répétant les différents arguments que nous avons entendu mille fois dans la bouche de Jean Luc Mélenchon, y compris les absurdités comme la « règle verte ». Mais le plus intéressant ne se trouvait pas là, mais dans la justification de l’organisation adoptée par, ou plutôt pour,  les « insoumis ». Car si tous les « insoumis » sont égaux, il apparaît clairement que, à l’heure de participer aux décisions, certains sont bien plus égaux que les autres. Il y a « l’insoumis de base », qui écoute assis sur sa chaise et à qui on donne de temps en temps la parole, et il y a « l’insoumis intermédiaire », qui organise les réunions, distribue les tracts et colle les affiches. Et en haut de l’échelle, il y a « l’insoumis d’élite » qui fait partie du cercle étroit de ceux qui ont accès à Jean Luc Mélenchon en personne et qui participe aux décisions. Et cette division est subtilement dissimulée par le langage. Prenons par exemple l’usage du pronom « nous ». En général, il est utilisé par Alexis Corbière pour désigner l’ensemble des « insoumis ». Mais plus tard, ayant entendu des remarques et des critiques, il promet que « nous tiendrons compte de vos remarques ».

Qui est ce « nous » particulier qui écoute ce que le « nous » général a à dire ? Georges Marchais avait pour habitude de dire « nous les communistes » ou « nous au bureau politique », pour distinguer les deux cas. Chez les « insoumis », on ne prend pas de pareilles précautions.

Mais si je vous parle de tout cela, c’est que, en écoutant Alexis Corbière, j’ai vraiment pris conscience de quelque chose qui me tarabustait depuis longtemps dans l’organisation du mouvement mélenchonien. Et j’ai pu confirmer mon analyse en regardant la « convention de la France Insoumise » de Lille la semaine suivante.

Nous sommes devant un phénomène rare à gauche, celui d’un mouvement totalement vertical, où la souveraineté réside en une seule personne. Tous ceux qui chez les « insoumis » exercent une fonction et une autorité le font au nom du chef et investis par lui.

Qui a décidé de faire d’Alexis Corbière un porte-parole, de faire de Manuel Bompard un directeur de campagne et de confier à Jacques Généreux et à Charlotte Girard la rédaction du programme ? Et cela ne concerne pas seulement les nominations. Qui décide en dernier ressort du contenu du programme ? Qui a décidé d’organiser la « convention » et fixé sa forme et son ordre du jour ? Qui choisit les candidats pour les élections législatives ou, ce qui revient au même, la commission chargée de les sélectionner ?

Ces questions ont une double réponse. La première est que nous ne savons pas. Les processus de décision à l’intérieur du « mouvement des insoumis » sont totalement opaques. Celui-ci n’a  pas de statuts, pas de dirigeants connus, pas d’instances constituées. Nous ne connaissons les processus de décision que par des confidences ou des lapsus de ses dirigeants. La deuxième, c’est que cette opacité a pour fonction, ou du moins pour effet, d’occulter la toute-puissance du petit timonier, toute-puissance qu’il ne partage qu’avec quelques fidèles choisis par lui. Au Parti de Gauche, Jean Luc Mélenchon faisait déjà la pluie et le beau temps et se réservait le droit de décider en dehors de toute procédure et de toute instance, nous l'avons vu lors de l’adhésion au Parti de Gauche de Martine Billard et de ses amis, lorsqu’il fut annoncé que Martine Billard avait « accepté de co-organiser le congrès du Parti de Gauche » sans que nous sachions très bien qui lui avait proposé ni dans quel cadre statutaire se plaçait cette « co-organisation ». Mais, même au Parti de Gauche, la dictature de Jean Luc Mélenchon avait été occultée derrière les apparences de la démocratie, avec des comités nationaux et des bureaux exécutifs élus en théorie par les militants et des statuts votés par un congrès et rendus publics, même si in fine on n’en tenait aucun compte. Chez les « insoumis », on ne s’encombre plus de telles précautions.

Certains trouveront que je pinaille. Je ne le pense pas, la démocratie repose en dernière instance sur l’existence de procédures formalisées et transparentes de décision. Ce sont elles qui garantissent que les décisions reflètent la volonté des citoyens et non celle d’un homme ou d’un groupe. Dès lors que le dirigeant peut les adapter ou les redéfinir à sa convenance sans avoir à rendre des comptes, il n’y a plus de démocratie. A cela, les partisans de Jean Luc Mélenchon répondent qu’on n’avait pas le temps de constituer des procédures car « il fallait agir vite ». Une sorte « d'état d’urgence politique ». Or si l’argument de l’urgence est traditionnellement invoqué, et pas forcément à tort, pour justifier toutes sortes de violations des règles et des procédures démocratiques,  l’expérience fait que dans ce cas particulier la  justification paraît douteuse. Après tout, Jean Luc Mélenchon a eu huit ans pour donner au Parti de Gauche un véritable fonctionnement démocratique. Il ne semble pas qu’il se soit empressé de le faire.

Nous sommes conduits à conclure donc que, loin d’être une question d’urgence, la structuration du « mouvement des insoumis » en pontificat absolu de son leader obéit à un choix politique mûrement réfléchi et non à une quelconque urgence.

Mais le plus surprenant, ce n’est pas tant que Jean Luc Mélenchon veuille devenir pontife. Après tout, sa trajectoire et ses affinités sont toujours allées dans ce sens. Ce n’est pas par hasard s’il y a toujours une place dans son autel intime pour François Mitterrand. Ce qui est plus étonnant, c’est qu’il y ait autant de gens dans la « gauche radicale » pour le laisser faire. C’est d’autant plus surprenant lorsque nous pensons au fait que cette gauche a une vieille tradition de méfiance envers les sauveurs suprêmes et autres hommes providentiels, bref, envers tout ce qui sent de près ou de loin le pouvoir personnel. Ceux qui ont fréquenté cette gauche n’ont pu qu’être frappés par l’importance donnée aux procédures démocratiques formelles et aux instances délibératives et à la méfiance presque instinctive vers toute tentative d’accaparation du pouvoir par une personne ou un groupe. Et voilà que, tout à coup, ces gens si sourcilleux de délibération collective et de démocratie participative et, croyez-moi, à Marseille ce jour-là j’ai vu des gens qui dans d’autres circonstances auraient crié à la manipulation, sont ravis et extatiques de se voir annoncer par le porte-parole du chef des décisions prises en dehors d’eux et par une structure totalement opaque. Avouez qu’il y a de quoi perdre son latin.

Comment comprendre cette abdication ? Je ne vois une explication, lorsque nous observons les choses, nous nous apercevons que le fonctionnement du « mouvement des insoumis » tient plus du mouvement religieux que du mouvement politique. La vision insoumise évacue le propre du politique, c'est-à-dire le conflit entre des conceptions et des intérêts différents, pour se placer dans une logique de communion entre des gens qui partagent un projet naturel qui n’admet aucune discussion. Le mouvement se conçoit plus comme une élite d’illuminés qui, ayant vu la vérité, vont porter la bonne parole au monde. Et bien entendu, une fois confronté à cette vérité qui relève de l’évidence, l’homme de bonne foi ne pourra que l’admettre.

Seuls la refuseront ceux qui ont partie liée avec Satan, les suppôts du un pour cent et du grand capital. Cette vérité est de l’ordre de la morale transcendante et non politique. Ecoutez Jean Luc Mélenchon parlant à Toulouse au mois de septembre 2016, vous entendrez un prêche, avec ses hypocrites lancés à la volée, pas un discours politique. C’est d’ailleurs pourquoi le projet n’est pour les insoumis qu’un exercice secondaire qui n’intéresse personne. Au point qu’on adhère aux insoumis avant de connaître le projet et même avant qu’il y ait un projet à connaître.

Ce penchant religieux concerne autant le fond que la forme. Les discours « déambulatoires » qui sont devenus la règle dans les rassemblements mélenchoniens rappellent curieusement les techniques des évangélistes américains. Le défilé des insoumis qui ressemblait drôlement à une procession présenté par une Charlotte Girard aux accents de télé-évangéliste. Ajoutez à cela la rupture totale avec la symbolique traditionnelle du mouvement ouvrier français, la couleur rouge et l’Internationale, qui permet de fabriquer un langage symbolique auto référent, la couleur bleu ciel et le « phi », et vous retrouverez des éléments qui sont d’habitude l’apanage des églises et des sectes.

Jean Luc Mélenchon tire en fait profit de la demande de religion qui affecte notre société et qui est particulièrement forte chez les « classes moyennes » qui voient des catastrophes se profiler à l’horizon et que trente ans de matérialisme forcené ont laissée sans références transcendante.

Il y a à gauche un public qui a besoin de croire et ce public est prêt à tout abdiquer au bénéfice de celui qui répondra à ce besoin. Et ce besoin de croire s’impose à toutes les contradictions, on peut tonner contre la monarchie présidentielle et diriger son propre mouvement comme un monarque et personne ne trouve rien la chose bizarre.

Le mouvement des insoumis n’est pas un parti politique, c’est une église. Une église avec un dieu, le peuple, qui comme sied à un dieu reste silencieux mais nous envoie un messie pour parler en son nom.

Un messie qui tient son autorité non de l’investiture de ses camarades, non d’un projet, non d’une théorie politique, non d’une élection, mais qui s’autorise de lui-même. Et qui par conséquent ne saurait être contredit ou voir son autorité contestée.

Le mérite de Jean Luc Mélenchon, dont nous ne saurions trop dire que c’est un tacticien hors pair, est d’avoir compris avant tous les autres ce besoin de croire et de l’avoir exploité. Cependant, si Jean Luc Mélenchon est un grand tacticien, il s’est révélé ces dernières années un piètre stratège et nous pouvons nous demander jusqu’où le « mouvement des insoumis » peut survivre aux élections présidentielles.

En effet, le contexte des élections présidentielles se prête particulièrement aux débordements messianiques. Mais une fois les élections passées, la politique ne peut plus se faire d’une manière aussi centralisée. Rien que pour les élections législatives, la désignation des candidats implique rentrer dans des logiques locales complexes qu’il est difficile de piloter depuis un centre.

Et une fois désignés, il sera difficile d’éviter que ces candidats deviennent autonomes, agissant en fonction de leurs propres idées et de leurs propres intérêts, plutôt que des directives venues du centre. Nous avons vu les difficultés que la faiblesse de ses institutions internes a posées au Parti de Gauche lorsqu’il s’est agi de négocier des positions locales. Le refus de toute institutionnalisation chez les « insoumis » risque de poser des problèmes encore plus sérieux.

Post Scriptum

Suite à la publication de ce papier et de l'avalanche de commentaires qu'il a provoqué, un de mes commentateurs m'a suggéré de signaler aux lecteurs combien ces commentaires démontrent post facto la thèse de mon papier, à savoir que la logique des insoumis est d'ordre religieux et non politique. Je vous laisse découvrir ces commentaires.

 

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