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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 15:39

https://www.rsf.org/fr/actualites/rsf-salarme-de-la-disparition-programmee-du-pluralisme-en-turquie

Reporters Sans Frontières (RSF) s’alarme de la disparition programmée du pluralisme en Turquie

RSF dénonce vigoureusement la fermeture manu militari de médias d’opposition de référence, Mardi 4 Octobre 2016. L’organisation s’inquiète de la disparition programmée du pluralisme en Turquie.

Les programmes de plusieurs médias d’opposition dont les chaînes IMC Télévision, Hayatin Sesi et la station Özgür Radyo, ont été interrompus en direct, Mardi 4 Octobre 2016, par des policiers venus mettre sous scellés leurs locaux d’Istanbul. Ces opérations font suite à la décision du haut conseil de l’audiovisuel (RTÜK), Vendredi 30 Septembre 2016, d’annuler les licences d’au moins douze chaînes de télévision et onze radios. La liquidation de ces médias, soupçonnés de « complicité avec des organisations terroristes » et de constituer un « danger pour la sécurité nationale », a été ordonnée sur le fondement du décret instaurant l’état d’urgence après l’échec du coup d’état du Vendredi 15 Juillet 2016. Elle intervient au lendemain d’une réunion du conseil national de sécurité, regroupant le gouvernement et les forces de sécurité.

L’ensemble de ces médias, de gauche ou s’adressant aux communautés kurdes ou alévies, ont d’ores et déjà été fermés ou placés sous scellés par la police. Ils ont été exclus du satellite national Türksat et leur site internet a été bloqué. Ces titres s’ajoutent à la longue liste des médias liquidés par décret depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence, le 20 juillet 2016.

« La liquidation de médias entiers, de façon massive et sans procès équitable, est injustifiable dans un état de droit. Elle signe la fin du pluralisme dans le paysage audiovisuel turc », dénonce Johann Bihr, responsable du bureau de l’Europe de l’Est et de l’Asie Centrale de RSF.

« Il est glaçant de constater que la prise d’assaut des rédactions par la police est devenue une scène habituelle en Turquie. S’il n’est pas amendé sans délai, l’état d’urgence va finir par écraser la liberté de la presse aussi sûrement que l’aurait fait un coup d’état militaire réussi ».

L’intervention au siège de la radio stambouliote Özgür Radyo a été particulièrement violente. Les policiers ont brisé la porte et sept collaborateurs de la station ont été interpellés, de même que d’autres journalistes présents pour observer les événements. Ils ont été remis en liberté le lendemain. IMC Télévision avait déjà été exclue du satellite Türksat le 20 février 2016 dans le cadre d’une enquête judiciaire pour « propagande d’une organisation terroriste ». Au prix d’une perte d’audience significative, cette chaîne critique créée en 2011 avait continué d’émettre depuis le satellite Hot Bird et sur internet.

Les associations et les syndicats de journalistes se sont massivement mobilisés contre la fermeture des médias, observant les opérations policières, tenant des conférences de presse et manifestant à Istanbul comme à Diyarbakir, dans le sud-est à majorité kurde. Les messages de soutien aux médias fermés ont afflué sur les réseaux sociaux, autour de slogans tels que « ne touchez pas à mon droit à l’information », « ne coupe pas ma voix », ou encore « Hayatin Sesi ne peut être bâilonnée ».

RSF a documenté les violations massives de la liberté de la presse perpétrées dans le cadre de l’état d’urgence dans un rapport publié le 19 septembre 2016. La Turquie occupe la cent cinquante et unième place sur cent quatre vingt pays au classement mondial de la liberté de la presse pour l’année 2016 établi par RSF.

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