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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 20:28

 

http://www.merejkowskypierre.over-blog.com/2016/11/arts-plastiques-debout.html

 

Arts Plastiques Debout

Par Pierre Merejkowsky

Dimanche 6 Novembre 2016

Lettre ouverte destinée plus particulièrement aux professeurs et aux intervenants dans les Ecoles d’Art Plastique

Le souvenir le plus précis de ma scolarité est celui de l’ennui, pas un ennui passager et de circonstance, mais bien un ennui profond.

Un ennui profond qui devait préfigurer l’apprentissage de la vie en entreprise, avec sa hiérarchie incompétente fondée sur sa batterie de certitudes.

Heureusement, en ce qui me concerne, cet ennui fut annihilé par les assemblées générales, les blocages, les manifestations et l’organisation de contre-cours fondés sur l’entraide et non sur le mérite et sa note.

Ce souvenir d’ennui à visée pédagogique se trouva par la suite confirmé par mon cheminement d’artktiviste.

Les professeurs et les intervenants que je rencontre sont en effet unanimes. Les élèves, leurs élèves, sont infantilisés par les jeux vidéos et sont de ce fait sous politisés et incapables d’initiative personnelle.

C’est ainsi qu’un ancien producteur cinéaste d’Arte affirma, depuis la table ronde que nous partagions, que je développais des concepts beaucoup trop compliqués pour les lycéens présents, qu’un professeur de Diplôme d'Etudes Approfondies (DEA) me présenta à ses élèves comme un cinéaste important empêchant ainsi tout échange égalitaire avec ses élèves, qu’un espèce de sous agrégé m’affirma lors d’une occupation de l'université de Tolbiac que les étudiants grévistes étaient des vaux incapables de s’abstraire des démagogues, qu’un directeur d’une école de cinéma dégota un billet d'avion aller retour de huit cent euros pour me permettre d’intervenir dans une classe de cinéma et qu’un quarteron de professeurs et d'intervenants en art plastique membres d’un collectif expérimental affirmèrent que les vidéos de leurs élèves ne dépassaient jamais une durée de trois minutes puisque leurs têtes vides étaient formatées par les animateurs de la télévision.

Aussi je tiens à souligner que mon témoignage s’inscrit en faux contre cette vision consensuelle de notre jeunesse française.

Des étudiants venus de plusieurs Ecoles d’Art ont participé à l’occupation de l’Ecole d’Art d’Avignon.

Ils ont produit durant cette occupation en liaison avec des activistes du mouvement des Nuits Debout des performances dans une manifestation unitaire contre la loi travail.

Un film d’une durée supérieure à trois minutes a été réalisé.

A la suite de cette expérience hors cursus universitaire, ces mêmes étudiants ont organisé une série de workshop à Paris.

Ils ont pris contact avec les responsables de l’ancien hôpital Baudelocque promis à une revente à la découpe et de ce fait provisoirement confiée à des artistes en résidence.

Ils se sont logés dans des tentes, ils se sont fait à manger, ils ont organisé une série d’ateliers et ils ont élaboré collectivement dans leurs assemblées générales quotidiennes les gestes de leur workshop.

A cet effet, ils ont mis en place des actes désintéressés dans leur zone d’intervention temporaire ainsi constituée, intervention musicale dans le métro, écriture de compte rendu mêlant la fiction à la réalité, conférences et compositions collectives. Ils ont également évoqué une suite de leur workshop autour de la question de l’utilisation d’une cagnotte, les frais ayant été moins importants que prévus, et  d’une nécessaire rotation des « responsabilités » qui ne devaient pas rester concentrées dans les mêmes mains.

J’ajoute qu’à la suite de la projection du film « moi, autobiographie seizième version » diffusé en plein air, sur un drap, j’ai tenu à souligner qu'un mouvement comme un film devait s’attacher à une trajectoire et non à un but. La visibilité et l’efficacité prônées par le seul souci de la communication étant à mes yeux les pères spirituels des bombes humaines et de leurs commanditaires.

Cette conversation  a débouché sur une interrogation générale concernant les rapports de ce workshop et de l’institution, rappelant ainsi que la projection d’un film et que la présence d’un « artiste » étaient le matériau d’une réflexion collective qui excluait  de placer l’artiste sur un piédestal de circonstance.

La conclusion s’impose.

Cette nouvelle zone d’intervention temporaire et itinérante fondée par un collectif d’ étudiants d’Ecole d’Art n’a aucun point en commun avec la délivrance du diplôme de l’Ecole d’Art qui permet à l’intervenant professeur d’art de justifier sa fonction puisque selon sa grille de lecture les jeunes étant apathiques, sous politisés et individualistes, il est donc nécessaire de leur donner un cadre fondé sur la liberté, la réflexion et la confrontation, qui dépend bien entendu du seul règlement intérieur de l’Ecole d’Art initié par le règlement général de copropriété ayant pour intitulé les termes de « liberté, égalité et fraternité ».

J'ajoute enfin que cette zone d’intervention temporaire est la preuve des mensonges de nos élites qui, en se complaisant dans la certitude que leurs morts rendront à jamais invisible leurs pensées, préfèrent se convaincre que la jeunesse actuelle sera incapable de poursuivre les actes contestataires de leur jeunesse passée.

Référence 

« Pourquoi voulez vous manger », film de Pierre Merejkowsky réalisé dans un atelier d'art plastique dans un lycée du Val d'Oise et proposé par l'association « il faut le faire ».

 

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