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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 19:49

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/11/27/affaire-traore-le-risque-d-un-climat-deletere-a-beaumont-sur-oise_5038915_3224.html

 

Affaire Traoré, le risque d’un climat délétère à Beaumont-sur-Oise

 

Deux frères d’Adama Traoré, mort le Mardi 19 Juillet 2016 lors de son interpellation par des gendarmes, ont été incarcérés. Les autorités craignent que la situation ne s’envenime.

 

Par Julia Pascual

 

Dimanche 27 Novembre 2016

 

Un climat délétère s’est installé cette semaine à Beaumont-sur-Oise, une commune du Val-d’Oise où un jeune de vingt quatre ans, Adama Traoré, est mort lors de son interpellation par des gendarmes, le Mardi 19 Juillet 2016. Alors qu’une instruction est ouverte pour déterminer les causes du décès, un conflit s’est cristallisé entre la famille du défunt, qui soupçonne une bavure, et la municipalité de Beaumont-sur-Oise. Il a notamment débouché sur l’incarcération de deux frères d’Adama Traoré, poursuivis pour des faits d’outrages et de violences à l’encontre de gendarmes et de policiers municipaux, dans l’attente de leur procès au mois de décembre 2016.

Les faits qui leur sont reprochés remontent au Jeudi 17 Novembre 2016. La maire de l'Union des Démocrates et des Indépendants (UDI), Nathalie Groux, avait convoqué un conseil municipal au cours duquel elle souhaitait demander la prise en charge de ses frais de justice.

L’élue a en effet déposé plusieurs plaintes pour menaces de mort et outrages, au moins trois, d’après nos informations, et elle a annoncé vouloir porter plainte pour diffamation contre une sœur d’Adama Traoré, Assa Traoré, qui a déclaré, dans une émission de Canal Plus que « la maire a choisi son camp et de quel côté elle se met, du côté des gendarmes et de la violence policière ». La famille Traoré reproche notamment à la mairie de s’être opposée à l’organisation d’événements tels qu’une marche blanche, une œuvre de charité ou un tournage vidéo.

Deux vidéos qui décrivent comment la situation a dégénéré

Le conseil municipal, auquel souhaitaient assister, en protestation, des membres de la famille Traoré et leurs soutiens, a finalement été annulé, l’opposition refusant de siéger. Dans un procès-verbal que le Monde a pu consulter, les gendarmes saisis de l’enquête en flagrance ont procédé à l’exploitation de deux vidéos prises ce jour-là et qui décrivent comment la situation a dégénéré. Selon eux, alors que la salle du conseil est presque pleine, la « tension monte » parmi la soixantaine de soutiens qui réalisent qu’ils ne pourront pas tous entrer.

« Assa Traoré se montre véhémente. Des cris et slogans retentissent à l’extérieur, des personnes veulent rentrer », disent les gendarmes. Ils ajoutent que « les individus les plus virulents tentent de forcer le passage. On entend distinctement pédé, enculé et fils de pute. Une policière municipale reçoit un coup de poing au visage alors qu’elle vient de disperser, au gaz lacrymogène, des assaillants venus à son contact ». Au bout d’une vingtaine de minutes, le calme revient et « les manifestants quittent les lieux ».

Quelques jours plus tard, Bagui et Youssouf Traoré sont interpellés.

Huit gendarmes et policiers municipaux ont porté plainte et les désignent comme les auteurs des faits d’outrage. Ils accusent aussi Bagui Traoré d’être celui qui a agressé la policière municipale. « Les forces de l’ordre ont identifié les deux frères car ils sont connus et reconnus », explique l’avocate des fonctionnaires, Caty Richard.

L’exploitation des images vidéo ne permet cependant pas « d'identifier formellement » Bagui Traoré, même si les gendarmes pensent qu’il correspond à l’individu vêtu d’une veste beige qui frappe furtivement la policière. Quant à son frère, Youssouf Traoré, « sa tenue vestimentaire ne nous permet pas de le repérer utilement sur les images à notre disposition », disent les enquêteurs. Pour autant, les deux hommes, de vingt cinq ans et de vingt deux ans, sont interpellés le Mardi 22 Novembre 2016 et déférés en vue de leur comparution immédiate, Mercredi 23 Novembre 2016.

Les deux frères sont placés en détention provisoire

Considérant que l’affaire n’est pas en état d’être jugée, notamment parce que des confrontations ont encore lieu deux heures avant l’audience et qu’il estime que d’autres témoins doivent être auditionnés, leur avocat, Yassine Bouzrou, demande un délai de jugement. Il l’obtient mais, dans l’attente, les deux frères sont placés en détention provisoire. Le parquet de Pontoise décide, en outre, de mettre à exécution une peine de six mois de prison dont avait écopé Bagui Traoré en 2013 et pour laquelle il devait obtenir un aménagement.

La décision est justifiée « vu l’urgence et la commission de faits nouveaux ». « C’est illogique dans la mesure où il est présumé innocent pour les faits du Jeudi 17 Novembre 2016 », dénonce son avocat, Yassine Bouzrou, dont le recours en référé-liberté contre le placement en détention provisoire devait être examiné Lundi 28 Novembre 2016. Interrogée par l’Agence France Presse (AFP), Assa Traoré dénonce, pour sa part, une « vengeance » du tribunal de Pontoise après le dépaysement à Paris de l’enquête sur la mort d’Adama Traoré.

Yassine Bouzrou devait également déposer une plainte en dénonciation calomnieuse à l’encontre de la policière municipale. Dans sa constitution de partie civile, que le Monde a consultée, celle-ci reconnaît ne pas avoir « clairement aperçu son agresseur ». Elle fait, en outre, valoir un certificat médical d'Interruption Totale de Travail (ITT) de huit jours alors que l’unité médico-judiciaire de Pontoise ne lui a finalement octroyé qu’un jour d’ITT du fait de maux de tête, d’une irritation des yeux par le gaz lacrymogène et d’une douleur à la mâchoire.

« S’agissait-il d’un certificat médical de complaisance », interroge Yassine Bouzrou.

Des commentaires de l’édile qui enveniment les choses

Déterminé à porter la riposte sur le terrain judiciaire, l’avocat a également fait un signalement auprès du procureur pour « provocation directe à un attroupement armé ». Il reproche à la maire de Beaumont-sur-Oise d’avoir partagé un commentaire le Dimanche 13 Novembre 2016 sur son profil Facebook qui disait « que les citoyens de souche s’arment et viennent en aide à nos pauvres policiers sans recours ». Un commentaire qui n’a pas manqué d’envenimer le conflit entre l’édile et la famille Traoré ou leurs soutiens, au titre desquels figure le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) de France.

Il est aussi reproché à Nathalie Groux d’avoir déclaré dans le Parisien du Jeudi 24 Novembre 2016 que « c'est effroyable et impensable ce que vivent les beaumontais. Les gens sont tellement excédés qu’ils sont prêts à sortir avec des armes pour se battre ». L’élue réagissait à l’incendie volontaire d’un bus la nuit qui a suivi l’incarcération des frères Traoré. Des événements condamnés par la famille.

« Treize individus ont tendu un traquenard à un chauffeur de bus. C’est un raid de cinq minutes. Il n’y a pas eu d’affrontement », détaille le colonel Charles-Antoine Thomas, commandant du groupement de gendarmerie du Val-d’Oise. Il relativise toutefois, « ce qui se passe n’a rien à voir avec les cinq nuits d’insurrection armée qui ont eu lieu au mois de juillet 2016 après la mort d’Adama Traoré. A l’époque, nous avons dénombré soixante tirs d’armes de chasse. Treize policiers et gendarmes ont été blessés par ces tirs ».

Depuis l’incendie du bus, « les nuits ont été extrêmement calmes », souligne à son tour le directeur de cabinet du préfet, Jean-Simon Merandat. D’importants renforts de gendarmes mobiles ont notamment été dépêchés sur place. Mais Jean Simon Merandat insiste, « la réponse ne peut pas être que sécuritaire. Nous voulons entamer un travail de médiation pour renouer les liens avec la population ». Le colonel de gendarmerie Charles Antoine Thomas abonde, « notre but, c’est l’apaisement. Nous avons intensifié un travail de porte-à-porte pour que les gens voient que nous sommes là pour eux et pas uniquement le casque sur la tête contre les casseurs ».

Un travail de relégitimation complexe alors que toute la lumière n’a pas été faite sur la responsabilité éventuelle des gendarmes dans la mort d’Adama Traoré. Le colonel Charles Antoine Thomas dit « attendre sereinement la justice », tout en défendant l’innocence de ses troupes.

Et il prévient « qu'il va falloir qu’on vive ensemble ».

 

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