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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 17:46

 

BIOGRAPHIE D ADA COLAU
 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un très long message d’Alberto Amo relatif à l’action politique d’Ada Colau, de Supervivienda à la mairie de Barcelone.
 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site du temps des Lilas à l’adresse ci-dessous.
 

Bernard Fischer
 

http://www.lilas.org/textes/alternatives/supervivienda-devenue-maire-de-barcelone

 

Comment Supervivienda est devenue maire de Barcelone
 

Par Alberto Amo
 

Au mois de mai 2007, l’héroïne Supervivienda s’invite par surprise dans la campagne des élections municipales à Barcelone. Habillée d’une cape portant le numéro quarante sept, l’article de la constitution espagnole qui établit l’accès au logement comme droit inaliénable, Supervivienda interrompt le discours de la candidate d’Initiative pour la Catalogne Verte (ICV), le parti de la gauche écologiste catalane. 

L’héroïne l’accuse notamment de ne pas prendre au sérieux le problème de l’accès au logement et de ne pas porter de propositions alternatives à celles déjà en place, qui soumettent entièrement le logement au marché.

Le collectif V de Vivienda, à l’origine de l’action, fait de même pour les autres candidats à la mairie. Ada Colau est à l'intérieur du costume de Supervivienda. Huit ans plus tard, en 2015, elle devient maire de Barcelone.

Comment une activiste sociale du mouvement pour le droit au logement est-elle devenue maire de Barcelone ? Quel programme son équipe a t elle porté ?

Lutter contre les expulsions de logement, la Plataforma de Afectados por la Hipoteca (PAH)

Pour répondre à ces questions, il est intéressant de suivre le parcours militant d’Ada Colau. En 2007, quand Ada Colau se transforme en Supervivienda, le chômage en Espagne affiche le taux le plus bas depuis la mort de Francisco Franco, huit pour cent de la population active.

Malgré cette situation, l’entrée sur le marché du travail des jeunes générations est particulièrement difficile, marquée par des salaires bas, la précarité, l’enchaînement de contrats à durée déterminée et un accès au logement très difficile en raison des effets de la bulle immobilière. Le collectif V de Vivienda est né à ce moment sous la forme d’un « mouvement citoyen », en marge des partis et des syndicats, et composé principalement par des jeunes demandant l’accès à un logement digne, notamment dans les grandes villes. À partir de 2008, l’éclatement de la bulle donne lieu à une forte récession et à une explosion du chômage, vingt sept pour cent au total en 2013 et cinquante sept pour cent des espagnols de moins de vingt cinq ans.

L’une des conséquences est la forte augmentation des expulsions de logement. Soudainement, beaucoup de personnes qui jusque-là avaient un emploi stable se retrouvent au chômage et ne peuvent plus payer leur crédit immobilier.

Désormais, le problème immobilier n’est plus seulement une question de jeunes précaires, pour beaucoup de familles, préserver son logement devient une odyssée. C’est ainsi qu’une part des activistes du collectif V de Vivienda crée en 2009 la PAH, dont Ada Colau devient le porte-parole.

LA PAH est un mouvement auto-organisé et autonome, présent dans plus de deux cent villes espagnoles. C'est un espace d’échange d’expériences et de conseils juridiques pour la négociation avec les banques, de soutien mutuel face aux expulsions de logements qui ont touché, depuis 2008, plus de quatre cent mille familles. La plateforme fonctionne sous forme d’assemblées locales, complètement horizontales, et rassemble des personnes d’une grande diversité sociale, un reflet de la forte hausse du chômage. Ainsi, on trouve des jeunes sans formation qui avaient abandonné leurs études pour travailler dans le bâtiment, industrie florissante pendant les années de la bulle, des personnes d’origine étrangère qui étaient venues en Espagne dans les années 2000, attirées par la forte croissance économique d’alors, des familles de classe moyenne qui se sont retrouvées au chômage après de longues années dans une même entreprise, ou des retraités, qui avaient garanti le crédit de leurs enfants avec leur maison, que désormais des banques leur réclament.

La plateforme prend un essor inédit à partir de mai 2011 et du mouvement d’occupation des places espagnoles, le mouvement du 15 mai 2011. Une réussite majeure de ce mouvement a été sa capacité à modifier profondément la perception de nombreux problèmes, le logement et d’autres, tels que la crise, le chômage ou la précarité au travail. Jusqu’alors ces problèmes étaient considérés comme individuels, le mouvement du 15 mai 2011 en fait des questions collectives et il les transforme en problèmes politiques, notamment celui des expulsions de logement, la loi hypothécaire très défavorable aux occupants des logements, la bulle immobilière et le chômage massif, auxquels il faut trouver des solutions politiques.

À partir du mouvement du 15 mai 2011, la PAH invente de nouvelles formes d’activisme et parvient à inscrire la question du logement dans l’agenda politique espagnol. Outre les actions ponctuelles comme l’occupation d’agences bancaires, en 2011, la PAH ouvre une campagne de blocage d’expulsions, qui trouve un écho médiatique extraordinaire, elle appelle à former une barrière humaine à chaque fois qu’une expulsion est annoncée. Les images de masses de citoyens bloquant l’accès de la police aux maisons dont les habitants sont menacés d’expulsion suscitent une vague de solidarité dans tout le pays. Depuis sa création, la PAH a réussi à empêcher plus de deux mille expulsions.

Parallèlement à l’action dans la rue, en 2013, la PAH présente un million cinq cent mille signatures à l’assemblée nationale pour ouvrir une initiative législative populaire, mécanisme qui, en Espagne, permet aux citoyens de faire une proposition de loi qui sera débattue au parlement.

L’initiative propose de modifier la loi hypothécaire d’alors et en particulier d’instaurer un moratoire sur les expulsions et la dation en paiement. Lors du débat relatif à cette proposition, Ada Colau est invitée à l’assemblée nationale et prend la parole juste après un représentant de l’association espagnole du secteur bancaire, « je ne lui ai pas jeté une chaussure à la figure parce que je pensais qu'il était important de rester ici pour dire ce que j'ai à dire. Cet homme est un criminel et vous devriez le traiter comme tel. Ce n'est pas un expert. Les représentants des institutions financières ont ruiné l'économie entière de ce pays et vous continuez à les qualifier d'experts ».

Pour appuyer l’initiative, la PAH lance une campagne d’escraches. Cette pratique de dénonciation pacifique, importée d’Argentine et d’Uruguay, consiste à se réunir autour du domicile des députés opposés à l’initiative pour dénoncer leur position et pour informer les voisins et les passants du contenu de l’initiative législative populaire.

Les escraches sont condamnées par les grands médias espagnols qui n’hésitent pas à les présenter comme des « actions violentes ». Les sondages montrent que cette forme d’action est néanmoins soutenue par quatre vingt à quatre vingt dix pour cent de la population. En dépit de l’appui de quatre vingt dix pour cent des citoyens à l’initiative législative, elle est finalement rejetée au mois d'avril 2013 par la majorité parlementaire du Parti Populaire.

Ce rejet conduit la PAH à initier de nouvelles formes d’action, notamment « l’œuvre sociale de la PAH », l’occupation d’immeubles vides pour loger des personnes expulsées, tout particulièrement des immeubles appartenant aux banques qui ont investi dans l’immobilier durant les années de la bulle et qui en 2012 ont dû être renflouées par l'état. L’occupation se fait avec l’accompagnement des activistes de la PAH qui a édité un protocole d’action très détaillé contenant la méthode à suivre, les législations à connaitre et un guide de négociation avec la banque propriétaire de l’immeuble occupé. Un élément important de ce type d’action est la diffusion d’une lettre qui explique aux voisins du quartier de l’immeuble occupé les raisons de l’occupation, fournissant des données sur le coût public du sauvetage des banques et les chiffres d’expulsions en Espagne. Un communiqué est systématiquement envoyé à la presse locale les minutes suivant l’occupation. Depuis le début de cette campagne, toujours active aujourd’hui, « l’œuvre sociale » a relogé plus de deux mille cinq cent personnes sur tout le territoire.

Sortir de l’impasse, Barcelona en Comú

Si les années 2012 et 2013 voient le plus grand nombre de manifestations de l’histoire récente de l’Espagne, à la fin de l'année 2013, les mouvements sociaux se trouvent dans une sorte d’impasse.

La lutte dans la rue n’a pas évité les coupes budgétaires ni fait disparaître les expulsions. Elle n’a pas empêché le gouvernement de réduire encore les droits des travailleurs, avec une réforme beaucoup plus agressive que le sera en France la loi travail. Même si la PAH est devenue un mouvement social incontournable, une référence très présente dans la société espagnole, cette impasse conduit Ada Colau et d’autres activistes, notamment des membres d’une plateforme anticapitaliste catalane pour la souveraineté populaire, Procés Constituent, à constituer une liste pour les élections municipales de 2015 à Barcelone, dans le but de transposer cette lutte sur le plan institutionnel. La personnalité ouverte et empathique d’Ada Colau, sa popularité, le respect et l’admiration qu’elle suscite au sein des collectifs sociaux de Barcelone, incitent Podemos et différents partis politiques de la gauche catalane à rejoindre cette candidature. Ainsi, Barcelona en Comú réunit les partis Izquierda Unida, en particulier ses antennes catalanes ICV, le parti contre lequel Ada Colau avait fait une action habillée en Supervivienda en 2007, et Esquerra Unida y Alternativa, le Partido X ainsi que Podemos. Les négociations aboutissent à la présentation d’une liste de quinze personnes menée par Ada Colau et formée à la fois de personnes directement associées au projet Barcelona en Comú et de membres des partis suscités. On y trouve des enseignants-chercheurs engagés au sein de Procés Consituent ou de l’Observatorio para el Hábitat Colectivo y Sostenible, ou encore des avocats, des journalistes et des habitants ayant une expérience des mouvements féministes, de défense du droit au logement ou de transports en commun respectueux de l’environnement. Les candidats s’engagent à suivre un code éthique qui établit une limite salariale de deux mille deux cent euros par mois, trois fois le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) en Espagne, un maximum de deux mandats et les oblige à rendre compte publiquement de leurs actions et de leur gestion.

En parallèle, l’élaboration du programme se fait à partir de propositions et d’axes prioritaires émis par des assemblées de quartier et des commissions de travail thématiques. Il en résulte un programme de quarante points sélectionnés par un vote ouvert à l’ensemble des habitants de Barcelone. Chacune de ces mesures est accompagnée des mécanismes nécessaires à son application et d’un protocole de vérification de sa mise en place et ses résultats. Parmi les principaux points du programme, on trouve, bien sûr, la fin des expulsions de logement ou la reprise par la mairie de certains services publics dont la gestion avait été privatisée par les gouvernements municipaux précédents.

Mais le programme va bien au delà d’un simple rétablissement des droits et des services balayés par les mesures d’austérité des gouvernements précédents. Barcelona en Comú propose une réforme structurelle et un nouveau modèle de ville qui va de la question économique au partage de l’espace public et à la participation citoyenne active. Le programme propose ainsi de repenser la dépendance de la ville de Barcelone à l’égard du tourisme, dont la massification et le manque de régulation commencent à engendrer des problèmes dans plusieurs quartiers de la ville. Le nombre de touristes annuel est passé d'un million huit cent mille en 1990 à plus de huit millions en 2013, entraînant une flambée des prix qui conduit de nombreux habitants à quitter le centre-ville et la disparition de la « vie de quartier ». Le programme de Barcelona en Comu propose la création d’un label éco-solidaire pour favoriser le modèle d’entreprises coopératives de circuit court. Il propose une monnaie locale qui servirait non seulement à payer les taxes municipales mais aussi à l’octroi de micro crédits municipaux, l’inclusion de clauses sociales dans tous les contrats publics entrepris par la mairie ou la piétonisation d’un grand nombre de rues.

La construction du programme joue un rôle très important pour générer un mouvement d’adhésion. Les citoyens participent à la rédaction des mesures qui affectent de manière directe et concrète leur vie quotidienne. La participation de milliers de citoyens de la ville à la discussion et à l’élaboration du programme profite du très fort activisme et de la « vie de quartier » préexistants dans cette ville.

Le 24 mai 2015, Barcelona en Comú remporte les élections municipales avec vingt cinq pour cent des voix, jusqu’à quarante pour cent des voix dans les quartiers populaires. Bien que ce pourcentage soit loin d’atteindre la majorité absolue, Ada Colau est investie maire de Barcelone avec l’appui d'Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), du Parti Socialiste Catalan et de la Candidature d'Unité Populaire (CUP), le parti de la gauche indépendantiste basée sur un modèle d’organisation en assemblées. À l’issue du vote d’investiture, Ada Colau remercie les citoyens « d’avoir rendu possible l’impossible ».

Quelques instants plus tard, elle sort par l’entrée principale de l’hôtel de ville où l’attendent des milliers de personnes pour la couvrir d’une pluie de confettis.

 

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