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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 20:50

 

http://www.clubpolitiquebastille.org/spip.php?article178&var_hasard=543693821583f2ac2c2403

 

Guerre d’Espagne, la fin des mythes

 

Par François Pallares Aran

 

Je commencerais par une citation d'Albert Camus, « le 19 juillet 1936 sera aussi l’une des dates de la deuxième révolution du siècle, celle qui prend sa source dans la Commune de Paris et qui chemine toujours sous les apparences de la défaite, mais qui n’a pas encore fini de secouer le monde et qui pour finir portera l’homme plus loin que n’a pu le faire la révolution russe d’octobre 1917. Nourrie par l’Espagne et, en général, par le génie libertaire, elle nous rendra un jour une Espagne et une Europe et avec elles de nouvelles tâches et des combats enfin à ciel ouvert. Ceci du moins c’est notre espoir et nos raisons de lutter ».

Quatre-vingts ans après, l’écho de la révolution et de la guerre d’Espagne retentit encore. Il ne s’agit pas de refaire un énième récit de la guerre civile espagnole. Nous nous attacherons à deux aspects, qui nous semblent éclairer singulièrement les problématiques politiques actuelles.

Le premier aspect, c'est le 19 juillet 1936 et l’explosion révolutionnaire en Espagne. L’enjeu était très clair, en finir avec les oppresseurs et le système de la propriété privée et réaliser l’émancipation dans une société constituée de femmes et d’hommes libres.

La fin des légendes

Force est de constater que l’histoire, loin d’être objective, semble n’être bien souvent que la réécriture permanente d’un récit en fonction de la situation politique présente. L’histoire de la guerre d’Espagne en constitue un paradigme quasi absolu. En 1969, Noam Chomsky dénonçait déjà « l’asservissement contre révolutionnaire » des historiens officiels à l’idéologie dominante, dans « l’Amérique et ses nouveaux mandarins ». Il soulignait le peu d’intérêt de ces mêmes universitaires pour les collectivisations pendant la guerre civile espagnole.

En fait, ce bouleversement social semble avoir été complètement oublié.

Malgré l’indépendance affichée et la fin des légendes, lire par exemple le numéro 427 de la revue Histoire du mois de septembre 2016, force est de constater que cet aspect brille toujours par son absence.

Nous apprenons même que l’affaire Andrés Nin est « un crime stalinien ». Ipso-facto, on suggère d’en innocenter les militants du Parti Communiste d’Espagne (PCE). Inutile d’imaginer, d’ailleurs, qu’ils aient pu être des « marionettes de Moscou » d’après l’historien madrilène Fernando Hernández Sánchez, quitte à « oublier » les échanges de courriers serviles entre les correspondants du Komintern de Madrid et de Barcelone avec le centre.

Evidemment, il a coulé de l’eau sous les ponts, nul n’ose plus se revendiquer des crimes du petit père des peuples, ni croire encore à la pureté immaculée de la pasionaria. Mais sous la surface, plus ou moins consciemment, de manière plus ou moins subliminale, les légendes demeurent. C’est tout l’intérêt d’en débattre.

Le 19 juillet 1936, en réponse au pronunciamiento de l’armée soutenu par les financiers, les grands propriétaires terriens, les industriels, les groupes fascisants et l’église, les organisations ouvrières prennent les armes et elles mettent en échec le golpe dans les deux tiers de l’Espagne. Les factieux voulaient empêcher la révolution, ils la précipitent.

L’état républicain explose et spontanément, dans les villes et les campagnes, se constituent des comités-gouvernements qui assument toutes les nécessités et les fonctions d’une société civilisée, nourriture, logement, santé, culture, école, énergie, sécurité, justice, transports, échanges et argent. La suite des événements sera conditionnée, en grande partie, par la victoire ou l’échec des organisations ouvrières, le 19 juillet 1936.

La lecture de l’histoire a évolué. Après la Libération, pendant des décennies, la prégnance stalinienne a largement imposé à l’opinion, médias, université et intelligentzia, l’imposture d’un romantisme fallacieux et manichéen. Citons pêle-mêle, la non intervention, défendue par Léon Blum, mais aussi par Joseph Staline et Maurice Thorez, les brigades internationales, des militants sincères et idéalistes envoyés à l’abattoir, les combattants juifs, surtout polonais, chair à canon et otages de la politique du Komintern, l’escroquerie de l’aide désintéressée, six cent trente neuf tonnes d’or, et de la livraison d’armes, soixante dix pour cent de moins en valeur et cinquante pour cent de moins en tonnage à partir de 1938, surprofit de sept cent millions de dollars prélevés sur le dos de la république par le Kremlin, et les batailles de Teruel et de l’Ebre, préparant en réalité le pacte germano-soviétique. En gros c’est la vision de la guerre civile qu’ont imposée les partis communistes, particulièrement en France en Italie et en Espagne, mais qui a été aussi reprise ad nauseam par les médias de la bourgeoisie, propagande franquiste en Espagne ou le Figaro voire le Monde ou le Nouvel Observateur, en France.

N’oublions pas les pitreries d’André Malraux et d’Ernest Hemingway.

Pour synthétiser, comment est-on passé d’une révision, d’une lecture de l’histoire sous le prisme de l’Espoir ou de Mourir à Madrid jusqu’à la révélation pour beaucoup de Land and Freedom ? Comment se fait-il que la réalité des faits, qui avait pourtant été très vite dénoncée, et à de nombreuses reprises, dès les années 1940, 1950 et 1960, par John dos Passos, Andreu Nin, George Orwell, Julian Gorkín, Benjamin Péret, Victor Serge, Burnett Bolloten, José Peirats Valls, Walter Krivitsky, Albert Camus, Daniel Guérin, Pierre Broué, Wilebaldo Solano et Noam Chomsky, ait pu être à ce point étouffée, déformée, bâillonnée et occultée, au point de devenir invisible et de disparaître ?

 

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