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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 20:20

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/11/02/une-manifestation-de-migrants-dans-le-nord-de-paris_5024402_3224.html

 

Les migrants et leurs soutiens défilent à Paris face à la menace d’une évacuation de leur camp

Depuis quelques jours, environ deux mille personnes se sont réinstallées dans le quartier populaire de Stalingrad, où une opération policière a été lancée Lundi 31 Octobre 2016.

Par Marion Degeorges

Au bout de l’avenue de Flandre, Mercredi 2 Novembre 2016 à 18 heures, les gendarmes mobiles, les migrants et leurs soutiens s’observent. Debout devant leurs tentes, beaucoup d'africains s’interrogent. « Que se passe-t-il », demande Faisal, un soudanais de vingt ans, à un retraité à côté de lui. Tous deux regardent la vingtaine de militaires qui, eux, observent le terre-plein où doit se tenir la manifestation.

Bientôt, une centaine de personnes occupe le terre-plein de l’avenue de Flandre. Le rassemblement est statique, presque silencieux. Puis soudain, un groupe d'afghans arrive en brandissant des feuilles et en scandant « no police », ou « we want a home ». Ils rejoignent le terre-plein et la manifestation est lancée.

Après l’opération de police du Lundi 31 Octobre 2016 qui a conduit à la destruction d’une partie du campement des afghans, quai de Jemmapes, ces derniers ont décidé de protester. « J’ai entendu dire que la police allait revenir. C’est pour cela que nous avons marché jusqu’ici ce soir et que nous faisons une manifestation pacifique. Ce que nous voulons, ce sont des droits, en tant qu’humains », explique Shahid, un jeune afghan de vingt trois ans qui porte une pancarte « human not beast ».

Trop rares informations

Le démantèlement du campement de Stalingrad, Shahid en a entendu parler.

« On nous a dit que, dans quelques jours ou la semaine prochaine, ils vont venir et casser toutes les tentes, puis ils vont tout fermer et plus personne ne pourra revenir. Les gens sont venus nous dire d’être prudents. Mais nous ne pouvons rien y faire si la police détruit tout », déplore-t-il.

Ce dont aucun migrant ne semble être au courant, en revanche, c’est l’ouverture « dans la foulée », du centre de la Chapelle voulu par la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Lors d’une précédente opération de contrôle sur le campement, Amer, un soudanais de vingt quatre ans a été arrêté. Il est sorti du commissariat avec une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) entre les mains.

« Est-ce qu’ils veulent vraiment que je parte quand ils me donnent cela », demande-t-il sincèrement. Ce qui frappe sur le campement, au-delà du manque de structures, c’est l’absence d’informations.

Il y a une chose que les migrants savent, c’est que la police leur rend visite deux fois par semaine pour des opérations de contrôle. Elle est « de plus en plus violente, nous l'avons constaté », affirme Amer, « cela crée un grand sentiment de peur chez nous. A 5 heures, tous les matins, nous ne dormons pas. Nous écoutons ».

Organisation précaire

Depuis le mois de mai 2015 à Stalingrad, Loïc Horellou, un riverain, voit des campements se faire et se défaire, « au début je n’y prêtais pas attention. Je me disais qu'il y a des choses, il y a des structures et il y a l'état ». Mais en fait il n’y a rien, nous nous en sommes vite rendu compte avec plusieurs voisins ».

Donc depuis plus d’un an, ces particuliers interviennent. « Nous sommes passé par un apprentissage de la situation des migrants », explique ce graphiste qui connaît par cœur tout l’historique des évacuations du quartier.

De la simple visite, à la distribution de repas, en passant par l’accompagnement médical et juridique, les voisins se sont transformés en experts de terrain. A tel point que les autorités s’appuient parfois sur leurs connaissances et que les Organisations Non Gouvernementales (ONG) leur adressent directement des personnes à héberger.

Certains sont organisés en collectif ou en association. Il y a par exemple le Bureau d’Aide aux migrants (BAM), le Collectif Parisien de Soutien aux Exilés (CPSE), La Chapelle Debout, Quartier Solidaire ou encore plus de cent trente voisins qui s’organisent chaque matin pour distribuer un petit-déjeuner. Tous essaient de s’accorder, mais « nous constatons actuellement un cruel manque de coordination entre les institutions, les associations et les riverains », déplore Loïc qui, passant le long des tentes, salue les migrants et les bénévoles qui le reconnaissent.

Sans un soutien franc et assumé de la mairie de Paris, ni une action unique coordonnée par les pouvoirs publics, l’image du campement en pâtit et des tensions émergent.

« Quand quelqu’un arrive sur un campement de six cent personnes avec vingt sandwichs », raconte Loïc, « cela crée une mini-émeute. Les riverains qui voient cette scène depuis leurs fenêtres, ils pensent que c’est un camp de zombies. Or, si nous organisions un minimum la distribution alimentaire, cela ferait baisser le niveau de tension ».

Plus de deux mille migrants

« Quand les policiers sont arrivés Lundi 31 Octobre 2016, j’ai jeté ma tente en bas du quai de Jemappes. Quand ils seront partis, je reviendrai la planter au même endroit », expliquait Yassin, un afghan de dix huit ans, lors de l’opération de contrôle du Lundi 31 Octobre 2016.

Depuis cet été, le jeu du chat et de la souris s’intensifie entre la préfecture de police et les migrants. Une conséquence, sans doute, du fait que le gouvernement ne veut plus de campements visibles dans la capitale. « Au mois d’août 2016, un commissaire nous a clairement dit, pendant une tentative d’évacuation, qu’il fallait que les migrants se dispersent et qu’ils restent par groupe de quatre ou cinq pour éviter d’être embêtés. Sauf qu’en petit groupe, ils n’auront pas le droit à l’évacuation. Cela fait d’eux des Sans Domicile Fixe (SDF) », analyse Loïc.

Par ailleurs, depuis la dernière évacuation, le 16 septembre 2016, il n’y en a pas eu d’autre. Boulevard de la Villette, avenue de Flandre et quai de Jemappes, les tentes débordent bientôt sur la route. A l’intérieur, par deux ou trois, dorment des afghans, des somaliens, des éthiopiens, des soudanais ou des érythréens. Parmi eux, des mineurs isolés, des femmes et des enfants. Ils sont emmenés au commissariat ou éparpillés par la police, mais pas « mis à l’abri ».

Or, on estime qu’il y a entre cinquante et soixante dix arrivées chaque jour dans la capitale. Cela représente donc entre deux mille trois cent cinquante et trois mille deux cent quatre vingt dix arrivées depuis le mois de septembre 2016. « Nous en arrivons à plus de deux mille parce que c’est le flux habituel », résume Loïc. Du côté des migrants comme des bénévoles, personne ne constate un afflux massif en provenance directe de Calais.

A la veille de l’évacuation de ce campement oublié des institutions, ils étaient plusieurs centaines, Mercredi 2 Novembre 2016, migrants et citoyens, à manifester pacifiquement leur ras-le-bol, ras-le-bol des conditions insalubres, du manque de suivi et d’organisation des autorités, de la violence des forces de l’ordre ou des délais non-respectés dans le traitement des demandes d’asile. Calais fermé, Stalingrad s’annonce déjà comme le prochain défi, mais le retard dans la prise en charge est conséquent.

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