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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 19:03

 

Michel Aoun élu à la présidence du Liban (Reuters)

 

Michel Aoun a été élu Lundi 31 Octobre 2016 à la présidence de la république du Liban par les députés et a prêté serment dans la foulée, après vingt neuf mois de vacance à la tête du pays.

Proche allié du Hezbollah chiite depuis dix ans, l'ancien général chrétien, âgé dequatre vingt un ans, a été élu en application d'un accord conclu avec son ancien adversaire, le sunnite Saad Hariri, à qui devrait revenir le poste de premier ministre.

Au premier tour de scrutin, il lui avait manqué deux voix pour réunir la majorité qualifiée des deux tiers, soit quatre vingt six voix, sur cent vingt huit sièges. N'était plus requise à partir du second tour qu'une majorité simple de soixante cinq voix et Michel Aoun a recueilli quatre vingt trois voix. Il était opposé formellement à Sleiman Frangié, mais ce dernier avait appelé ses soutiens à voter blanc.

Des feux d'artifice ont été tirés dans le ciel de Beyrouth à l'annonce de son élection, retransmise en direct à la télévision.

Dans son discours d'investiture, Michel Aoun s'est engagé à lutter « préventivement » contre le terrorisme et à empêcher que les « incendies » régionaux se propagent au Liban.

Il a ajouté que tout règlement de la crise syrienne devait assurer le retour en Syrie des réfugiés présents au Liban, qui sont au nombre d’un million cinq cent mille.

Michel Aoun n'a en revanche pas mentionné certaines des questions les plus épineuses de la vie politique libanaise, l'arsenal du Hezbollah et la position de Beyrouth vis-à-vis de la guerre en Syrie, officiellement, le gouvernement parle de « dissociation ».

L'Iran a salué son élection, Lundi 31 Octobre 2016, y voyant une victoire pour le Hezbollah.

Le département d’état américain a invité dans un communiqué les parties libanaises à respecter leurs obligations internationales, y compris les résolutions du conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies (ONU) stipulant qu'il ne peut y avoir d'autre autorité au Liban que celle du gouvernement, une allusion au Hezbollah.

Le « pacte national », accord non-écrit conclu en 1943, réserve la présidence du Liban à un chrétien maronite, le poste de chef du gouvernement à un sunnite et la présidence de la chambre des députés à un chiite.

En décidant de soutenir Michel Aoun, Saad Hariri a fait une concession politique majeure qui reflète le recul de l'influence de l'Arabie Saoudite au Liban et le rôle toujours décisif joué par le Hezbollah, appuyé par l'Iran. Ryad a soutenu Saad Hariri pendant les années de lutte politique qui ont opposé le camp sunnite au Hezbollah et ses alliés.

Les déboires financiers de Saad Hariri, dont l'entreprise de construction basée en Arabie saoudite, Saudi Oger, est confrontée à des difficultés, ont également joué leur part dans ce déblocage de la crise.

Les observateurs notent cependant que son accession au fauteuil de premier ministre, fonction qu'il a déjà exercée entre 2009 et 2011, devrait l'aider à rassembler des soutiens en vue des élections législatives qui doivent se tenir en 2017.

Michel Aoun rencontrera dans le courant de la semaine les députés avant de désigner un premier ministre. Il doit nommer le candidat réunissant le plus grand soutien à la chambre des députés, qui devrait être Saad Hariri.

L’élection de Michel Aoun marque le spectaculaire retour en grâce de l’ancien commandant en chef de l'armée libanaise, qui avait dû se réfugier à l'ambassade de France en octobre 1990 avant d'être exfiltré vers la France.

Michel Aoun suscite à la fois admiration et hostilité au Liban, où il s'est fait connaître pendant la guerre civile, entre 1975 et 1990, comme nombre de responsables politiques du pays.

Parmi les soutiens à sa candidature figuraient d'anciens ennemis comme le chrétien Samir Geagea ou le druze Walid Joumblatt, qui a estimé que le Liban avait ainsi fait preuve « de vitalité, de diversité et de démocratie dans ce monde arabe en ruines ».

Mais d'autres, comme l'influent président de la chambre des députés, le chiite Nabih Berri, restaient opposés à son élection.

Durant son exil en France, Michel Aoun a continué à militer contre la Syrie et n'a regagné son pays qu'en 2005, après le retrait des forces syriennes consécutif aux manifestations ayant suivi l'assassinat de Rafik Hariri, le père de Saad Hariri. Il avait alors reçu un accueil triomphal sur la place des Martyrs à Beyrouth.

Moins d'un an plus tard cependant, Michel Aoun a conclu une alliance avec le Hezbollah, se rangeant dans le camp favorable à Damas et provoquant la colère de Washington. Dans un câble de 2006, l'ambassadeur américain Jeffrey Feltman a estimé que les ambitions présidentielles de Michel Aoun « l'emportaient sur toute autre préoccupation ».

Michel Aoun s'est rendu en Syrie en 2009, où il a rencontré le président Bachar al Assad. En 2014, dans une interview, ce dernier a déclaré qu'il se féliciterait de l'accession de Michel Aoun à la présidence libanaise, voyant en lui un partisan de la « résistance », allusion au Hezbollah.

L’ancien général a justifié le rôle de la milice chiite aux côtés des forces gouvernementales en Syrie, estimant qu'elle défendait le Liban et les chrétiens libanais contre la menace djihadiste.

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