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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 17:07

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/18/des-villes-americaines-se-font-sanctuaires-pour-les-sans-papiers_5033486_829254.html

 

Des villes américaines se font sanctuaires pour les sans-papiers

 

Un mouvement sans précédent se met en place depuis l'élection de Donald Trump

 

Par Corine Lesnes, correspondante du Monde à San Francisco

 

Même dans les universités d’élite de la Silicon Valley, en Californie, les enfants d’immigrants sont inquiets. « J’ai peur », confie Marlene Cerritos-Rivas, vingt et un ans. « Je me sens visée, beaucoup plus qu’avant ».

L’étudiante est en troisième année à l’université jésuite de Santa Clara, au sud de San Francisco. Elle est arrivée, enfant, du Salvador et elle n’a jamais eu de documents en règle. « Qu’est-ce qui va nous arriver maintenant », s’alarme-t-elle. « Donald Trump n’a jamais caché qu’il veut nous déporter ».

Les étudiants de Santa Clara ont manifesté Jeudi 17 Novembre 2016 sur leur campus en signe de solidarité avec leurs camarades sans documents d’identité. Des enseignants ont participé au rassemblement, qui avait le soutien des responsables de l’établissement. Deux jours plus tôt, Mardi 15 Novembre 2016, c’est à Stanford que près de sept cent étudiants manifestaient pour demander à la direction de faire de leur campus un « sanctuaire » contre les expulsions d’immigrés annoncées pendant sa campagne par Donald Trump.

La même mobilisation a été enregistrée dans les universités de la côte est à Harvard, à Yale, à l’université Columbia et à la New York University, en tout, dans une centaine de campus américains. Avec la même revendication, faire des universités des refuges pour les sans-papiers, à l’image des « villes sanctuaires », les quelque trois cent localités américaines qui refusent de coopérer avec la police fédérale chargée des expulsions.

Recours aux polices locales

Depuis l’élection de Donald Trump, c’est un mouvement sans précédent qui s’est propagé dans les villes démocrates et les milieux universitaires, un élan de solidarité avec tous ceux dont le sentiment de sécurité s’est évanoui le Mardi 8 Novembre 2016. Dans sa première interview de président élu, le Dimanche 13 Novembre 2016, le magnat de l’hôtellerie de luxe a indiqué qu’il ne s’en prendrait pas immédiatement aux quelque onze millions de sans-papiers qui vivent dans le pays, mais viserait d’abord les repris de justice, membres de gangs ou revendeurs de drogue. Il a estimé leur nombre à deux ou trois millions de personnes.

Selon les experts, le plan de Donald Trump, même réduit par rapport aux promesses de campagne électorale, sera lourd et difficile à mettre en place, sauf à requérir l’assistance des polices locales. Or, celles-ci ne sont pas censées se préoccuper d’immigration, un domaine qui est du ressort du gouvernement fédéral. Aux Etats-Unis, la police de la route contrôle le permis de conduire d’un contrevenant mais n’est pas censée l’interroger sur sa nationalité ou son permis de séjour.

La tentation de recourir aux polices locales pour faciliter le contrôle de l’immigration n’est pas l’apanage du républicain. Elle avait été identique dans les premières années de l’administration de Barack Obama. Le président démocrate, qui avait essayé de donner des gages de bonne volonté aux républicains dans l’espoir de parvenir à un compromis sur son projet de réforme de l’immigration, avait ordonné une intensification des expulsions. Il y en a eu deux millions cinq cent mille entre 2009 et 2015. Une série de municipalités s’étaient alors déclarées « villes sanctuaires », les maires avaient ordonné à leur police de ne pas servir d’auxiliaires aux forces de l’ordre en charge de l’immigration, sauf dans le cas d’affaires criminelles.

Depuis le Mardi 8 Novembre 2016, les maires de ces villes ont réaffirmé leur refus de prendre part aux « déportations » d’immigrants en situation irrégulière prévues par Donald Trump, laissant présager un affrontement frontal avec la nouvelle administration. « A tous ceux qui sont remplis d’anxiété, je veux dire que vous êtes en sécurité ici », a assuré le maire de Chicago, Rahm Emanuel. « La ville restera une ville sanctuaire ».

Les maires de San Francisco, Seattle, Boston, Santa Fe, Denver, Washington et d’une dizaine d’autres villes ont exprimé la même position. « La dernière chose que nous voulons, c’est nous tourner contre nos voisins », a déclaré le maire de Seattle, Ed Murray.

Le chef de la police de Los Angeles, Charlie Beck, a réaffirmé que ses agents n’entendaient pas participer à des raids qui leur aliéneraient la communauté hispanique et les priveraient des renseignements obtenus dans les quartiers. « J’ai besoin qu’ils travaillent avec leur commissariat de quartier et qu’ils témoignent en cas de crimes violents. Jouer le rôle de police de l’immigration déchire ce tissu social ».

Le maire de New York, Bill de Blasio, a même assuré qu’il détruirait la banque de données où sont portés les noms des sans-papiers bénéficiant de cartes d’identité de la ville et qui leur permettent d’ouvrir des comptes bancaires si l’administration de Donald Trump cherchait à s’en emparer. « Nous n’allons pas sacrifier cinq cent mille personnes qui vivent parmi nous », a-t-il dit. « Nous ferons tout ce que nous pouvons pour résister ».

Menace sérieuse

Pour les républicains, les villes sanctuaires sont un symbole du laxisme démocrate, rien n’oblige la police locale à notifier les agents fédéraux quand ils remettent en liberté un détenu en situation illégale, même s’il s’agit d’un délinquant. Pendant un meeting de campagne, à Phoenix, Donald Trump a menacé les rebelles de leur couper les vivres. « Plus de financements », a-t-il lancé. « Les villes qui refusent de coopérer avec les autorités fédérales ne recevront plus de subventions du contribuable ».

La menace est sérieuse. Si elle était mise à exécution, San Francisco, qui abrite quelque quarante quatre mille sans-papiers, pourrait perdre un milliard de dollars, neuf cent millions d’euros, sur un budget de neuf milliards six cent millions de dollars. Le métro, l’aide aux sans abris et l’assurance-santé des plus pauvres pourraient être affectés. A New York, où le nombre de sans-papiers est estimé à cinq cent soixante quatorze mille personnes, l’aide fédérale s’élève à six milliards de dollars, soit neuf pour cent du budget.

En 2015, le congrès avait déjà essayé de faire adopter une loi coupant les ressources des villes sanctuaires. Les démocrates avaient pu s’y opposer au sénat. L’administration de Donald Trump sera, à partir du mois de janvier 2017, dans une conjoncture législative plus favorable.

Et le candidat a inscrit le dossier, hautement symbolique pour la droite, dans son programme des cent premiers jours.

 

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