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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 21:01

 

http://www.kedistan.net/2016/12/07/arrestation-februniye-akyol-maire-syriaque-dbp

 

Arrestation de Februniye Akyol, seule maire syriaque du parti de la paix et de la démocratie (DBP)

Mercredi 7 Décembre 2016

Le 17 novembre 2016, la co-maire de Mardin, Februniye Akyol a été destituée par le pouvoir central d’Ankara dans le cadre de la répression qui suit la tentative de coup d’état du Vendredi 15 Juillet 2016. Son collègue Ahmet Türk a été arrêté le 21 novembre 2016 pour des charges relevant du terrorisme sous le prétexte habituel d’avoir des relations avec le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Il est actuellement incarcéré.

La région de Mardin, dans les années 1980, a été la zone de combats sanglants opposant les combattants de la branche armée du PKK à l’armée turque.

Du haut de ses mille deux cent mètres d’altitude, Mardin est une des portes et des carrefours stratégiques donnant vers les plaines de l’ancienne Mésopotamie. Elle est située sur la route de la soie. Elle abrite de nombreuses églises et un monastère. Historiquement, il s’agit d’une ville très commerçante, mais aussi d’un point de rencontre entre plusieurs civilisations. Le caractère cosmopolite de Mardin laisse la place à un vivre-ensemble durable et ancré dans le temps, malgré les répressions, les massacres ou le génocide arménien.

La ville est multiconfessionnelle. Elle abrite une importante communauté syriaque dans un pays où elle est estimée à près de douze mille personnes. Cette minorité reste méconnue, mais appartient à la catégorie des chrétiens d’Orient dont les nationalistes ici utilisent l’appellation pour soutenir les bombardements des villes syriennes, sous le focus d’un soutien total et aveugle à Bachar al Assad. Pourtant, Mardin n’est pas située en Syrie, mais bien en Turquie, à une quinzaine de kilomètres de la frontière. Elle est considérée historiquement comme l’une des villes jumelles d’Alep. En effet, elle a été une des plaques tournantes commerciales dans l'histoire.

À la tête de la municipalité, Februniye Akyol, ou de son nom originel Fabronia Benno, partageait le poste de co-maire avec Ahmet Turk. Elle avait été élue au mois de mars 2014 sous l’étiquette du BDP. Inscrit dans le cadre du processus de paix, le BDP avait gagné quatre vingt dix huit mairies, avec un peu plus de quatre pour cent de la totalité des voix exprimées.

À la tête de Mardin, plus aucune personne n’exerce de mandat. Un représentant désigné par l'état turc a repris les fonctions des deux co-maires. La ville est limitrophe de la zone autonome du Rojava. Il s’agit également d’un message fort adressé aux habitants du nord de la Syrie.

La jeune maire âgée de vingt six ans porte les trois caractéristiques, être une femme, être chrétienne et appartenant au BDP, devenu le parti démocratique des régions (DBP). Si Februniye Akyol n’a pas encore été incarcérée pour un motif sorti tout droit de l’imagination du pouvoir, cela ne saurait tarder. En effet, le pouvoir met régulièrement en avant les liens entre le PKK, le HDP et le DBP pour mettre en avant des charges concernant le terrorisme, quand bien même les dossiers seraient vides.

Dans ce contexte, sa destitution ne pouvait être qu’une question de temps, mais cela montre toujours un peu plus le vrai visage du régime de la Turquie. La répression contre toutes les minorités bat son plein contradictoirement au nom de la sauvegarde de la démocratie. En effet, le nombre d’attaques contre le DBP a augmenté du fait qu’il est affilié au HDP. Rappelons inlassablement que Selahattin Demirtaş et d’autres responsables et élus du HDP et du DBP sont toujours retenus en otage dans les prisons de Recep Tayyip Erdogan.

Dans cette perspective, le terminus de la Compagnie du Tramway de Recep Tayyip Erdoğan se rapproche avec, pour finalité, la démocrature et le parti unique qui s’installe, comme garant des intérêts des turcs, mais aussi pour imposer encore davantage un modèle arbitraire dont la garantie des droits des minorités religieuses, politiques et sexuelles, n’est plus assurée par le régime. Si le terminus tant vanté par le sultan reste une métaphore, l’accélération du tramway risque de causer des dégâts irrémédiables d’une ampleur supérieure à celle que nous connaissons aujourd’hui. En effet, il est impossible de stopper un tramway ou un train arrivant à toute allure dans un terminus. À la fin, il ne peut que dérailler entraînant avec lui, l’ensemble des passagers, c’est-à-dire le parti de la justice et du développement (AKP), dans une confrontation terrible avec la butée en béton, pour finalement sortir de ses rails.

Nous ne pouvons pas appeler cela un accident, mais simplement le crash prévisible à moyen-terme d’un mégalomane qui voulait épurer la Turquie pour la rendre à son image.

Personne ne peut s’offrir le luxe d’attendre le crash, au risque d’une guerre civile et d’une sortie dont les éléments politiques régionaux pourraient faire qu’elle soit pire encore que la situation actuelle au Moyen-Orient.

 

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