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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 19:47

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/12/17/a-bayonne-4-000-personnes-protestent-contre-les-arrestations_5050735_3224.html

 

A Bayonne, quatre mille personnes protestent contre les arrestations de Louhossoa

 

Cinq interpellations ont eu lieu dans la nuit du Vendredi 16 Décembre au Samedi 17 Décembre 2016 dans le cadre d’une opération contre Euskadi Ta Askatasuna (ETA). A Bayonne, des manifestants se sont rassemblés, Samedi 17 Décembre 2016, pour réclamer « la liberté pour les artisans de la paix ».

 

Par Michel Garicoïx, correspondant du Monde à Bayonne

 

Rarement la place des Basques au centre-ville de Bayonne n’aura autant mérité son nom, Samedi 17 Décembre 2016. C’est là que se sont retrouvés ceux qui voulaient s’élever contre les arrestations à Louhossoa, la police a interpellé dans ce bourg du pays basque intérieur « cinq personnes en relation avec l’organisation terroriste ETA », selon les termes du ministre de l'intérieur, Bruno Le Roux. Un arsenal important a été retrouvé dans la maison.

Selon des sources du Monde, les cinq personnes interpellées sont les suivantes. Jean-Noël Etcheverry est militant écologiste alternatif et animateur de Bizi à Bayonne et du réseau Alternatiba. Michel Berhocoirigoin est actuellement président de la chambre d’agriculture alternative du pays basque (EHLG), syndicaliste agricole, ancien président du syndicat agricole basque ELB, localement majoritaire, et ancien secrétaire général national de la confédération paysanne. Michel Bergouignan est viticulteur dans l’appellation Irouléguy et ancien président de la coopérative des vins d’Irouléguy. Béatrice Molle-Haran est journaliste professionnelle et éditorialiste de l’hebdomadaire Médiabask. Stéphane Etchegaray est journaliste audiovisuel. Il « était là pour filmer la destruction des armes ». Ces cinq personnes étaient toujours en garde à vue, Samedi 17 Décembre 2016. Une enquête préliminaire pour association de malfaiteurs terroriste a été ouverte par le parquet de Paris.

Michel Tubiana, le président d’honneur de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) a déclaré que « si les autorités étaient informées, elles ne pouvaient ignorer que la démarche était celle d’une neutralisation des armes ». Dans l’après-midi du Samedi 17 Décembre 2016, le ministre de l’intérieur a cependant insisté sur le fait que « personne n’a le droit de se proclamer destructeur d’armes et éventuellement de preuves. En matière de terrorisme, toutes les preuves doivent pouvoir concourir à la justice », a-t-il insisté.

Quelque quatre mille personnes, alertées à la hâte depuis le matin, se sont donc rassemblées à Bayonne pour demander la libération des gardés à vue.

Mais plus que le nombre, c’est la diversité qui frappe, avec des personnes venues de divers horizons, des élus comme des personnalités culturelles, des retraités aussi bien que des étudiants.

« C’est mon mécontentement que je veux exprimer ici », raconte Joana, vingt deux ans, en master à l’université de Pau. « Leur lutte armée a cessé, mais les autorités ne bougent pas. Tout le pays basque en a assez, c’est l’histoire de notre pays qui se joue ».

Dans les rues adjacentes, l’heure est au Noël et aux guirlandes. Olentzero, le père Noël basque, est attendu par les enfants. Le défilé s’ébranle derrière une banderole réclamant « la liberté pour les artisans de la paix ».

Au premier rang, le maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray, de l'Union des Démocrates et des Indépendants (UDI), ne mâche pas ses mots, « depuis cinq ans, les états refusent tout processus de paix. Les faiseurs de paix qui ont été arrêtés sont traités comme des criminels alors qu’ils essaient de tendre des ponts. Il n’y a plus d’attentats, mais pour que l’arsenal soit démantelé, il faut que les états acceptent d’ouvrir des portes. Cette opération, c’est du cynisme. A l’évidence, il y a une méconnaissance totale de ce qui se passe ici », conclut celui qui est également président du conseil des élus du pays basque.

A ses côtés, les parlementaires sont là, Sylviane Alaux et Colette Capdevielle, députées du Parti Socialiste des Pyrénées-Atlantique ainsi que la sénatrice du Parti Socialiste Frédérique Espagnac. Mais aussi nombre de maires ou de conseillers municipaux, des responsables de la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), des élus de la Confédération Générale du Travail (CGT) et des syndicalistes de l'ELA venus de Bilbao.

« Aux états, je veux dire que cela suffit », s’exclame Sauveur Bacho, maire du village d’Arberats. « Assez d’arrestations et de prisonniers, place à la paix ».

Militants centristes, de droite, nationalistes ou du Parti Socialiste sont sur le même registre.

« Moi, je dis ma solidarité avec les artisans de la paix qui ont été interpellés », ajoute Max Brisson, premier vice-président des Républicains du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques. « Ce sont des personnalités de la société civile bien connues, non violentes et militantes de la paix. Face à des états défaillants, la société civile s’y substitue, elle prend le relais ».

Un sentiment d’écœurement flotte également. « Nous sommes là pour les soutenir », assure Peio Uhalde, dirigeant de l’entreprise de meubles Alki, « eux qui essaient de faire avancer ce territoire et qui veulent faire bouger les choses. Et au pays basque, nous savons faire de belles choses », conclut-il en se référant au vignoble d’Irouléguy, et à Michel Bergouignan, l’un de ses promoteurs.

« C’est vraiment moche que les personnes qui prennent des initiatives et qui se mouillent soient ainsi traitées. C’est humiliant pour nous tous », proteste Xalbat Berterretche, enseignant à l’Institut Universitaire Technologique (IUT) de Bayonne. « Je n’ai jamais été pour la lutte armée et cette attitude des pouvoirs publics montre leur mépris de ce qui se fait ici ».

Et tandis que la manifestation prend de l’ampleur avant une prise de parole finale, un autre chef d’entreprise confie son exaspération, « je suis choqué de ces arrestations, c’est le processus de paix que l’on détruit. C’est scandaleux », s’insurge Peio Etchelecou, président du groupe agroalimentaire Agour. « Hier c’était eux, mais demain cela pourrait être nous ».

Enfin, perchée sur une estrade de fortune, Anaïs Funosa s’époumone, « merci à tous, merci à la société civile et aux journalistes ». Des personnes qui veulent, aux yeux de la militante de Bake Bidea, « poursuivre le chemin ».

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