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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 17:30

 

 

DE BABEUF A BLANQUI

 

Des militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) publiaient récemment une nouvelle édition d’une brochure de 1997 relative à l’histoire de la lutte des classes en France depuis la révolution française de 1789.

Il y a bien évidemment dans cette brochure de nombreuses considérations relatives à la période contemporaine mais il y a aussi une présentation synthétique de l’histoire de la lutte des classes en France au dix neuvième siècle.

Vous trouverez ci-dessous les paragraphes relatifs à une période de quarante ans entre 1789 et 1830.

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.npa-dr.org à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.npa-dr.org/index.php/9-article-lettre/51-la-question-du-parti

 

DE BABEUF A BLANQUI

 

Le besoin de s'organiser et de se constituer en parti est apparu dès que la classe ouvrière, ou une fraction d'entre elle, a été entraînée dans les luttes politiques et sociales et dès qu'elle s'est éveillée, à travers ces luttes, à la conscience de ses propres besoins et de ses propres intérêts face aux autres classes sociales.

C'est dans le cours même de la révolution bourgeoise de 1789 que cette nécessité d'une organisation politique a commencé à être formulée par les hommes qui voulaient agir contre les classes privilégiées au nom des classes opprimées. Pour eux, cette organisation ne pouvait être que révolutionnaire.

Par la suite, tout au long de l'histoire du mouvement ouvrier, en même temps que se développaient la classe ouvrière et ses luttes, les militants se sont dévoués à l'organisation de leur classe, donnant à cette idée de parti un contenu plus riche et plus large à travers leurs différentes tentatives, leurs erreurs comme leurs succès.

Les efforts de ces hommes, leurs idées, leurs conceptions et leurs évolutions, tout comme les résultats concrets de leur action, représentent pour nous une expérience et un capital indispensable dont la connaissance est nécessaire à tout travailleur soucieux de l'émancipation de sa classe.

La révolution de 1789 fut l'œuvre des masses de paysans pauvres et du petit peuple des villes, les sans-culottes, les prolétaires de l'époque, qui eurent l'audace et l'initiative qui manquaient tant à la bourgeoisie, toujours prête à composer avec l'ancien régime.

Principal acteur de la révolution, les masses ou une fraction d'entre elles y apprirent à s'organiser, à intervenir pour exercer leur pression politique, à discuter et, ce faisant, à prendre conscience qu'entre leurs intérêts et ceux de la bourgeoisie, s'il y avait certes, une communauté contre la vieille aristocratie, il y avait un antagonisme bien plus profond, l'antagonisme entre les riches et les pauvres.

La bourgeoisie avait une conscience aiguë de cet antagonisme. Dès 1791, elle institua la loi d’Isaac Le Chapelier qui déclarait illégale toute association ouvrière et, lorsqu'en 1794 éclatèrent dans les manufactures d'armement des grèves pour les salaires, la bourgeoisie empêcha tous les rassemblements ouvriers.

La révolution n'était pas achevée que, prise de peur, la bourgeoisie se retournait contre le peuple qui l'avait portée au pouvoir.

En intervenant dans la vie politique, les masses populaires avaient révélé l'antagonisme qu'il y avait entre elles et la bourgeoisie, elles en avaient pris confusément conscience. Il y eut au cours de la révolution des hommes pour l'exprimer, les Enragés puis les Egaux, autour de Gracchus Babeuf.

Gracchus Babeuf était avant la révolution une sorte de percepteur d'impôts en Picardie. Chargé de percevoir les taxes féodales sur les paysans, il avait ainsi découvert tous les mécanismes de la propriété et s'était convaincu que la propriété elle-même était la racine de tous les maux.

Quand la révolution éclata, il prit sans hésiter fait et cause pour elle, soutint les Jacobins et se reconnut dans l'intransigeance révolutionnaire de Maximilien Robespierre.

Lorsqu'en 1794, pendant Thermidor, Maximilien Robespierre et les Jacobins furent éliminés et que la révolution commença à refluer, Gracchus Babeuf fut mis en prison par les bourgeois thermidoriens. C'est là que, avec d'autres révolutionnaires, il formula le projet d'une organisation représentant réellement les opprimés. Ils s'appelèrent les Egaux, convaincus de la nécessité d'une nouvelle révolution. « La révolution n'est pas finie », disaient-ils, « parce que les riches absorbent tous les biens et commandent exclusivement tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien dans l’état ».

Le manifeste du nouveau mouvement, le Manifeste des Egaux, affirmait que « la révolution française n'est que l'avant-courrière d'une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la dernière ».

Les amis de Gracchus Babeuf menèrent une propagande active parmi les ouvriers et les soldats au travers de brochures expliquant que seule la « communauté des biens et des travaux peut garantir l’égalité de fait ».

C’est aussi à travers les prisons qu’ils recrutèrent leurs partisans. Les prisons de Paris étaient des foyers de fermentation d'idées et le transfert de prisonniers d'une prison à une autre permettait aux idées de circuler et aux militants de mieux se connaître. La fermeté des convictions de Gracchus Babeuf, son audace intellectuelle comme son attention aux autres, son souci de partager comme son sens de la solidarité, surent forcer bien des réticences et lui attirer des sympathies, au point que, en pleine période de répression et de recul de la révolution, Gracchus Babeuf et ses camarades eurent l'audace d'organiser une tentative de nouvelle révolution, la Conjuration des Egaux, qui devait établir « l'égalité sans tache et sans réserve ».

Trahie, l'organisation fut démantelée. Gracchus Babeuf et nombre de ses camarades furent guillotinés en 1797. Mais l'un de ses amis, Philippe Buonarotti, auquel il avait su transmettre ses convictions, échappa à la répression et put transmettre les idées dont il était devenu l'héritier.

Ses idées contenaient en germe toutes les notions qui deviendront plus tard les idées du mouvement communiste.

C'est de cet exemple et de ces idées que se nourriront vingt ans plus tard les militants qui participèrent au réveil du mouvement révolutionnaire et aux premières luttes de la classe ouvrière qui s'était développée avec la révolution industrielle du premier tiers du dix neuvième siècle.

Un prolétariat industriel était né dans les industries textiles. De grosses agglomérations et de grosses cités ouvrières étaient apparues, comme Lyon. Les dures conditions des usines ou du logement dépouillaient le plus souvent les travailleurs de leur dignité, usés par quinze heures et demi de travail par jour, et les poussaient vers l'alcoolisme, parfois la prostitution ou la criminalité, et elles privaient leur existence de toute certitude quant à la possibilité d'avoir du travail, de se loger et de manger le lendemain. Sous l'effet du besoin impétueux de la bourgeoisie de développer la production, naissait une classe jeune, dressée à la vie et au travail collectif, que toutes les conditions qui lui étaient faites poussaient à la révolte, à l'action collective et à l'organisation.

C'est du besoin de solidarité que naquirent les premières organisations, caisses communes d'entraide ou mutuelles, organisations secrètes du fait de l'interdiction des associations ouvrières. Très vite, les travailleurs qui s'y regroupaient furent amenés à se poser la question des salaires et à prendre l'initiative d'organiser des grèves pour exiger leur dû, comme celle qui éclata dans l'industrie textile à Paris en 1829.

Ces premières tentatives d'organisation visaient à s'opposer à la concurrence entre travailleurs. Elles restaient dans le cadre de leurs intérêts économiques.

Sur le plan politique, la classe ouvrière, le petit peuple et ceux qui les représentaient, restaient dans le cadre des revendications et des luttes de la bourgeoisie industrielle. Cette bourgeoisie industrielle n'avait pas accès directement au pouvoir politique et elle ne disposait même pas d'un parlement dans lequel elle aurait pu discuter de ses véritables intérêts.

Elle aspirait à exercer pleinement ses pouvoirs politiques, ce qui supposait de liquider tous les éléments des vieilles classes de l'ancien régime qui s'étaient emparés de l'appareil d’état après la chute de Napoléon.

Ce fut le sens de la révolution de juillet 1830, ces trois journées de barricades et d'insurrection, les Trois Glorieuses, qui renversèrent Charles X.

Les Trois Glorieuses furent l'œuvre du prolétariat. C'est lui qui se battit sur les barricades, mais il ne se battit pas pour lui-même. Il le fit pour le compte de la bourgeoisie. Celle-ci, prise de panique devant ses propres succès, refusa un pouvoir qu'elle aurait dû au peuple et elle se jeta dans les bras de Louis-Philippe, le roi bourgeois qui se proclamait « père et protecteur du peuple », représentant les intérêts des banquiers et de la bourgeoisie d'affaire.

La réponse des travailleurs ne se fit pas attendre. En 1831 éclatait à Lyon la révolte des canuts.

Installés à Lyon et dans ses faubourgs, les travailleurs de la soie, les canuts, faisaient vivre la moitié de la seconde ville du pays, avec leurs trente mille métiers à tisser. Ils ne formaient pas une classe ouvrière homogène, huit mille d'entre les canuts étaient des maîtres ouvriers ou chefs d'atelier, propriétaires en moyenne de deux à six métiers à tisser, installés à leur domicile, et faisant travailler, outre leurs femmes et leurs enfants, trente mille compagnons et apprentis. Toute cette industrie était dominée par les fabricants qui, au demeurant, ne fabriquaient rien, mais se contentaient de vendre ce que les canuts produisaient, après qu'ils leur aient fourni la matière première.

C'est le refus des fabricants d'augmenter les tarifs auxquels ils achetaient la soie des canuts, qui provoqua la grève. Elle se transforma en manifestation armée puis en insurrection. Les barricades se dressèrent, surmontées de drapeaux noirs, signe de deuil, portant la devise des insurgés, « vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

En trois jours, ils se rendirent maîtres de la ville et ils mirent en place un gouvernement municipal, qui fut un véritable gouvernement ouvrier, administra Lyon, organisa les secours pour les familles des tisseurs et assura l'ordre dans la ville.

L’état ne pouvait tolérer cette révolte, l'armée occupa Lyon et réprima l'insurrection.

Deux ans plus tard, au début de l’année 1834, une nouvelle révolte éclata, réprimée elle aussi dans le sang.

Au même moment, à Paris, dans la nuit du 13 au 14 avril 1834, éclataient des manifestations républicaines. Les troupes du général Thomas Robert Bugeaud, sous les ordres d’Adolphe Thiers, ministre de l'intérieur de Louis-Philippe, se livrèrent à un véritable massacre, le massacre de la rue Transnonain.

Le régime de Louis-Philippe, né de l'insurrection de 1830, en réprimant dans le sang le mouvement ouvrier et le mouvement républicain, assurait son autorité mais poussait les éléments les plus conscients de ces deux mouvements à unir leur action.

Au début des années 1930, une véritable agitation avait gagné de larges fractions de la classe ouvrière. Des centaines de militants ouvriers, des cordonniers, des tailleurs et des horlogers, rédigeaient des brochures, des articles, des lettres, des poèmes ou des affiches pour exprimer les aspirations et les protestations de leur classe.

Ainsi l'ouvrier cordonnier Zael Efrahem rédigea en 1833 une brochure appelant les ouvriers de tous les corps d’état à s'unir dans une seule et même association, « si nous restons isolés et éparpillés, nous sommes faibles. Il faut donc un lien qui nous unisse et une intelligence qui nous gouverne, il faut une association. Les droits et les intérêts des ouvriers, à quelque corps d'Etat qu'ils appartiennent, sont toujours les mêmes ».

Dans les grandes villes du pays, se formèrent des sociétés secrètes, se revendiquant de la tradition communiste de Gracchus Babeuf ou des précurseurs des idées du communisme qu'étaient au début du siècle Etienne Cabet, Charles Fourier et Saint-Simon. Ces sociétés secrètes s'opposaient à tout l'ordre social et se proposaient d'éduquer les travailleurs autour de l'idée de la nécessité de le renverser et de le remplacer par un ordre nouveau où la richesse appartiendrait à la collectivité. Les représentants les plus connus de ces idées étaient Louis Blanc et Armand Barbès, qui restaient partisans de simples réformes, et surtout Auguste Blanqui, partisan de la lutte politique révolutionnaire pour le renversement de l'ordre bourgeois.

Auguste Blanqui fit ses premières armes politiques dans une société secrète républicaine radicale, la charbonnerie française.

Il participa le fusil à la main à l'insurrection de 1830 et sut tirer les leçons de l'attitude des républicains qui s'étaient jetés dans les bras de Louis-Philippe par peur de la classe ouvrière.

Fervent lecteur de Charles Fourier et de Saint-Simon, il devint communiste. En 1832, à vingt sept ans, il fit la connaissance de Philippe Buonarotti, le vieux compagnon de Gracchus Babeuf, auprès duquel il trouva la tradition des Egaux et l'expérience de l'époque révolutionnaire.

A partir de cette date, toute son énergie et toute son intelligence furent consacrées, avec un dévouement sans faille, à pénétrer l'esprit des ouvriers et des républicains les plus avancés, des idées de Gracchus Babeuf et de Philippe Buonarotti. En retour, la bourgeoisie lui voua une haine sans limite qui lui valut de passer trente sept ans de sa vie en prison. Mais rien n'arrêtait ce petit homme tenace, qui mettait chaque période de liberté à profit pour diffuser ses idées et organiser de nouveaux complots.

Quand de retour en prison, on lui demandait sa nationalité, toujours il répondait fièrement « prolétaire ».

Par la parole et par la plume, en prison, dans les clubs et les sociétés secrètes, par la presse, Auguste Blanqui expliquait inlassablement l'opposition de classe irréductible qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat et dénonçait tous les marchands d'illusions qui obscurcissent la conscience de classe des prolétaires par « des phrases de tribun ou des pilules soporifiques ». Toute sa pensée et toute son activité visaient à éveiller la conscience des travailleurs sur leur propre condition pour les aider à prendre par eux-mêmes conscience de la nécessité de la lutte politique, pour la conquête du pouvoir.

Encore dominé par les idées de Gracchus Babeuf et sans que le développement du mouvement ouvrier ait pu lui offrir une autre perspective, Auguste Blanqui croyait dans l'action d'une minorité consciente, éclairée et organisée clandestinement et qui, ayant conquis le pouvoir par la voie de l'insurrection, saurait prendre toutes les mesures pour permettre aux masses de participer pleinement à la transformation de leurs propres conditions d'existence.

Militant profondément engagé dans le combat de son époque, Auguste Blanqui restait prisonnier d'une vision exclusivement politique du combat sans percevoir les armes spécifiques et originales du prolétariat, liées à sa place dans l'économie et à son rôle dans la production.

 

 

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