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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 20:13

 

Manuel Valls l'ambitieux à la conquête de l'Elysée (Reuters)

 

Libéré par le renoncement de François Hollande, Manuel Valls s'est lancé dans la course à la présidence de la république, le rêve de cet ambitieux naturalisé français à vingt ans qui tentera d'unir un Parti Socialiste à la dérive autour de sa candidature.

« Je me prépare », avait déclaré à la fin du mois de novembre 2016 le locataire de Matignon depuis deux ans et demi, provoquant l'ire du camp hollandais qui y voyait une pression sur le chef de l’état, trois jours avant la décision du président.

Il a franchi le pas Lundi 5 Décembre 2016, dans son fief d'Evry, dans le département de l’Essonne.

« J'ai cette force en moi et cette volonté de servir mon pays, c'est au-delà des mots et c'est une conviction totale, je veux tout donner pour la France qui m'a tant donné », a-t-il dit.

S'il n'a jamais caché son ambition d'accéder un jour aux plus hautes fonctions, initialement programmée pour 2022, Manuel Valls, cinquante quatre ans, aura fort à faire pour rassembler une gauche en partie rétive à son égard.

L'aile gauche du Parti Socialiste ne pardonne pas à l'ancien ministre de l’intérieur d'avoir soutenu le projet de déchéance de nationalité pour les personnes coupables de terrorisme, qualifié d’erreur par François Hollande lui-même.

Les frondeurs socialistes se souviennent aussi de son passage en force, via le quarante-neuvième article de la constitution permettant d'adopter des textes sans vote, sur deux projets relatifs à la relance de l'économie et au code du travail.

Les positions du premier ministre sur la république et le rôle de l'islam en France, qui ont notamment alimenté le débat de l'été dernier sur le port du burkini, maillot de bain porté par des femmes musulmanes, sont aussi clivantes.

S'il ne fait pas l'unanimité, « l'homme aux cinq pour cent » des voix recueillies à l’élection primaire du Parti Socialiste en 2011 peut compter sur des sondages de popularité encourageants.

Près de la moitié des sympathisants de gauche, quarante cinq pour cent, interrogés après le renoncement de François Hollande disent souhaiter qu'il soit le candidat du Parti Socialiste au premier tour des élections présidentielles de 2017, selon un sondage de l’Institut Français d’Opinion Publique (IFOP) pour le Journal Du Dimanche (JDD).

Ils n'étaient que trente huit pour cent à le désigner parmi une liste de candidats avant l'annonce du président de la république, Jeudi Premier Décembre 2016.

La progression du premier ministre se retrouve de la même manière chez les sympathisants du Parti Socialiste, qui disent à soixante et un pour cent souhaiter qu'il soit le candidat désigné du Parti Socialiste après l'annonce du président, contre cinquante quatre pour cent auparavant.

C'est à Evry, ville populaire de la région parisienne, que Manuel Valls a entamé son ascension politique bâtie sur une réputation d'homme à poigne du Parti Socialiste, ébauchée à la fin des années 1990, peaufinée au ministère de l’intérieur, entre 2012 et 2014, puis à Matignon, où il entre au mois d’avril 2014.

Classé à l'aile droite du Parti Socialiste, cet ambitieux à la gestuelle énergique qui pratique la boxe, a été longtemps le ministre le plus populaire du gouvernement en s'affichant sans complexe comme le « premier flic de France ».

Avant d'accéder au ministère de l’intérieur, ce catalan au verbe tranchant tenait l'essentiel de son expérience de ses quatre ans au cabinet de Lionel Jospin en tant que conseiller pour la communication et de ses mandats de maire d'Evry depuis 2001 et de député de l'Essonne depuis 2002.

Né en 1962 à Barcelone d'un père espagnol et d'une mère à la double nationalité espagnole et suisse, ce diplômé d'histoire, grand admirateur de Georges Clémenceau, est l'un des rares hommes politiques français à avoir acquis la nationalité par naturalisation, à l'âge de vingt ans.

« J'ai passé un entretien au commissariat du quatrième arrondissement de Paris et j’ai dû répondre à des questions sur mes parents et sur ma vie personnelle », raconte-t-il au mois de mars 2015 au Parisien Magazine.

« C'est à ce moment-là, sans doute, que la question de la nationalité française s'est imposée à moi ».

Entré à dix sept ans au Parti Socialiste, Manuel Valls rallie d'abord Michel Rocard et sa deuxième gauche, avant de devenir jospiniste puis, sur le tard, défenseur de François Hollande qu'il rallie dès le soir du premier tour de l’élection primaire de 2011.

Son discours décomplexé et ses positions dérangeantes au yeux du Parti Socialiste lui ont valu des inimitiés tenaces, de la maire de Lille Martine Aubry à celle de Paris Anne Hidalgo en passant par l’ancienne ministre de la justice, Christiane Taubira.

Son arrivée au gouvernement provoque le départ des ministres écologistes, dont Cécile Duflot, en désaccord avec ses positions sur le nucléaire ou l'immigration.

L'été suivant, au mois d’août 2014, le ministre de l’économie Arnaud Montebourg, le ministre de l’éducation nationale Benoît Hamon et la ministre de la culture Aurélie Filippetti, quittent son gouvernement après avoir trop ouvertement critiqué sa politique économique.

Considéré avec méfiance par les hollandais qui n'ont pas toujours cru à sa loyauté affichée envers le président, Manuel Valls peut compter sur l'appui d'amis de longue date comme le sénateur Luc Carvounas, le député Carlos da Silva, les ministres Jean-Marie le Guen et Jean-Jacques Urvoas ou encore Harold Hauzy et Christian Gravel, qui ont travaillé à ses côtés à Matignon.

Père de quatre enfants, Manuel Valls s'est remarié en 2010 avec la violoniste Anne Gravoin.

 

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