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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 19:15

 

https://blogs.mediapart.fr/nestor-romero/blog/261216/podemos-le-dechirement

 

Podemos, le déchirement ?

 

Par Nestor Romero

 

Lundi 26 Décembre 2016

 

Au mois de février 2017 se tiendra à Madrid l'assemblée refondatrice de Podemos. Une crise sans précédent oppose au sein du mouvement deux stratégies politiques, mais surtout les deux principales personnalités du parti, Pablo Iglesias et Inigo Errejon.

Quatre vingt dix neuf mille cent soixante deux personnes viennent de voter pour définir les règles selon lesquelles se déroulera la prochaine assemblée de refondation de Podemos, dite deuxième assemblée de Vistalegre, deux ans après la première assemblée fondatrice de Vistalegre. Il s’agissait de trancher entre les deux principales propositions, celle de Pablo Iglesias et celle d'Inigo Errejón. Le premier proposait que les motions présentées à l'assemblée et la désignation de leurs auteurs à la direction, le conseil citoyen, ne soient l’objet que d’un seul scrutin. Inigo Errejón quant à lui proposait deux scrutins séparés, le premier concernant les documents et le deuxième concernant les personnes aspirant à la direction.

Quant aux Anticapitalistas animés par le député européen Miguel Urbán, la députée au parlement d’Andalousie Teresa Rodriguez et le maire de Cadix José María Gonzalez, après avoir tenté une conciliation, ils ont semble-t-il gardé profil bas en attendant l'assemblée où ils proposent, comme ils l’avaient fait lors de la première assemblée de Vistalegre, un document politique horizontaliste en opposition avec le verticalisme des deux autres.

Deux stratégies politiques

Mais évidemment ces subtilités procédurales ne trompent personne, car ce dont il s’agissait véritablement était de trancher entre deux stratégies politiques et, pour les deux leaders, d’évaluer la puissance de leurs troupes. Les résultats sont les suivants, quarante deux pour cent pour Pablo Iglesias, trente huit pour cent pour Inigo Errejón et dix pour cent pour Anticapitalistas. Pablo Iglesias ne l’a donc emporté que de deux mille quatre cent voix sur pratiquement cent mille votants. Il convient également de noter que le score des Anticapitalistes met en évidence que leur influence est loin d’être négligeable.

Voyons donc maintenant ce qui du point de vue politique et stratégique différencie et peut-être oppose ces trois courants. Pablo Iglesias professe un certain radicalisme qui consiste, pour l’instant, à dire les choses sans ménagement et sans craindre d’effaroucher qui que ce soit dans le cadre d'Unidos Podemos avec ce qu’il reste du Parti Communiste Espagnol (PCE) et en participant, dans la rue, aux mouvements sociaux.

Inigo Errejón reproche à cette stratégie de laisser de côté toutes celles et ceux qui, souffrant de la situation catastrophique du pays, sont effrayés par des propos inconsidérés, celles et ceux aussi qui se sont réfugiés dans l’abstention, les déçus du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) enfin et même, pourquoi pas, certains déçus de la droite au pouvoir, victimes eux aussi de la politique d’austérité menée d’une main de fer par le Parti Populaire. Il prône ce qu’il appelle la transversalité dans le cadre d’un populisme de gauche inspiré par Chantal Mouffe et Ernesto Laclau. Il convient ainsi de s’adresser à tous sans se préoccuper d’où ils viennent ni où ils sont. Car, rappelle Inigo Errejón, l’objectif initial de Podemos affirmé voici deux ans lors de l'assemblée fondatrice de Vistalegre n’est pas de résister mais de parvenir au pouvoir, raison pour laquelle il faut s’adresser à tous et pas seulement au peuple de gauche.

L’éternelle dichotomie

Comment, ceci dit, ne pas voir que Podemos est sans doute en train de sacrifier à cette antique et peut-être éternelle dichotomie entre révolutionnaires et réformistes, comme l’on disait encore il n’y a pas si longtemps et comme l’on dit encore sans doute dans certaines chapelles. Dichotomie qui, d’une manière ou d’une autre et quels que soient les termes par lesquels elle s’exprime, n’aura épargné aucune génération de militants politiques.

Dans cette situation le courant des Anticapitalistas me semble préconiser depuis la fondation de Podemos une issue et une sortie par le bas en proposant un Podemos démocratique où le pouvoir émane de la base et non des secrétaires généraux, un Podemos dans lequel les mandats sont limités, position reprise par Pablo Iglesias, et un parti mouvement féministe et territorialisé, c’est-à-dire décentralisé selon, me semble-t-il, la tradition du fédéralisme libertaire si présente dans la péninsule ibérique. Nous verrons à Vistalegre le sort que les militants réserveront aux différentes motions.

Cependant, il n’est pas possible d’en rester là et de ne pas s’interroger sur l’aspect humain de l’opposition entre Pablo Iglesias et Inigo Errejón.

Comme le raconte Pablo Iglesias, ils se connaissent depuis longtemps, ils ont travaillé et milité longtemps ensemble, ils ont parcouru l’Amérique Latine et ils ont été sans doute plus ou moins imprégnés par les discours s’élevant dans ces contrées. Ils disposent tous les deux d’une vaste culture universitaire et ils font preuve, tous les deux, d’un talent oratoire qui galvanise les foules et d’une agilité dialectique qui laisse souvent pantois quelque contradicteur que ce soit.

Pris par le pouvoir

Alors, que s’est-il passé entre eux ? Comment ne sont-ils pas parvenus à élaborer une attitude commune ? La première réponse qui vient à l’esprit est celle-ci, ils ont cru prendre le pouvoir et c’est le pouvoir qui les a pris, je pique cette idée et sa formulation à Tomás Ibáñez.

Ils ont tous deux goûté à l’ivresse des acclamations d’une foule subjuguée par leur verbe, aux délices des félicitations incessantes, à la satisfaction des approbations urbi et orbi et à celle d’être obéis, je ne crois pas que le mot soit trop fort. Ils ont goûté tous les deux à ces facilités de la vie propre aux hommes et aux femmes de pouvoir dont une forme de ce pouvoir se concrétise dans le privilège de n’avoir pas à se soucier de ce qu’Edgard Morin nomme les choses prosaïques, de ces tâches domestiques auxquelles d’autres, peut-être même des camarades, pourvoiront.

Ils ont été pris tous les deux dans les rets inextricables de cette « sphère de la parole et de la politique », l’autre ne va pas sans l’une, celle de l’homme libre, par opposition à la sphère économico-sociale qui est celle de la servitude et de la soumission à la nécessité, selon Hannah Arendt.

Ne peut-on pas craindre que, soumis à leur propre pouvoir et à sa fascination narcissique, ils ne soient plus capables de s’en libérer. Il serait alors temps pour les gens et pour les citoyens d’en bas comme on dit en Espagne, les militants de base comme on dit ici, de mettre en application le principe de révocabilité inscrit dans les statuts du mouvement. Mais je me trompe sans doute.

 

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Published by FISCHER
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merejkowsky pierre 28/12/2016 10:34

mais justement la prise de pouvoir de lénine n'est pas le fruit d'une décision, mais d'un concours de circonstances qu'il n'a en aucun cas ni prévu, ni facilité, sa clique était pour la poursuite de la guerre contre les allemands, lénine a eu "la chance" que l'armée tsariste s'effondre (pas encore le fruit d'une décision, mais bien de hasards, d'incuries multiples liées aux circonstances), ensuite Lénine a eu "la chance" que les "alliés" ne prennent pas st petersburg,(encore une fois une non décision liée à la bureaucratie militaire), et enfin le programme de lénine ainsi qu'il l'a reconnu était largement pompé sur les "utopistes" (qui eux aussi ne sont eux aussi que réceptacles";IL N Y A PAS DE SAUVEUR SUPREME IL N AURA JAMAIS DE SAUVEUR SUPREME, c'est par les intersections dans les quels nous évoluons que le capitalisme disparaitra comme l'URSS.

FISCHER 28/12/2016 17:49

Il n’y a pas de sauveur suprême, je suis d’accord.

Bernard Fischer

merejkowsky pierre 27/12/2016 21:52

Je ne sais pas quel est le crétin qui a lancé à podemos l'idée de prendre le pouvoir...le pouvoir n'est que le pouvoir, c'est à dire un lieu administratif dans le meilleur des cas, et un lieu de névroses destructives dans le pire des cas. c'est la pensée, la pensée informelle non organisée, non dogmatisée, qui se faufile dans les interstices et qui finit par l'emporter...aucune structure de pouvoir officiel n'a demandé la liberté de l'avortement, aucune structure de pouvoir ne s'est penché sur la remise en cause du travail productif de biens matériels, aucune structure de pouvoir ne s'est penché sur les luttes sporadiques qui éclatent se déplacent , se renouvellent sans cesse (même en Pologne!!)
ARRETEZ DE VOULOIR PRENDRE LE POUVOIR . LE POUVOIR N EXISTE PAS

FISCHER 27/12/2016 21:59

Dans très exactement cinq jours, ce sera l’année du centième anniversaire de la révolution russe d’octobre 1917.

Lénine, réveille-toi, ils sont fous.

Bernard Fischer

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