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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 20:41

 

http://www.lexpress.fr/region/rhone-alpes/a-grenoble-eric-piolle-dans-la-tourmente_1842740.html

 

À Grenoble, Eric Piolle dans la tourmente

 

Par Amandine Hirou

 

Vendredi 21 Octobre 2016

 

Trou d'air pour l'équipe municipale d'Eric Piolle, deux ans et demi après son arrivée à l'hôtel de ville, la majorité grenobloise se retrouve confrontée à une vague de critiques sans précédent.

La cité iséroise, sujette aux fortes variations de température, a connu un été très chaud, aussi bien sur le plan climatique que politique. Le 11 juillet 2016, deux cent manifestants, intersyndicale des agents territoriaux, comités d'usagers, unions de quartiers et Nuit Debout, pancartes et porte-voix en bandoulière, investissent les marches de l'hôtel de ville où doit se tenir le conseil municipal.

Le ton monte encore d'un cran lorsque les protestataires envahissent la salle du conseil municipal. La séance est annulée. Elle se tiendra la semaine suivante sous haute surveillance policière. « Jamais, à Grenoble, nous n'avons connu un tel climat de mécontentement et de grogne », s'exclame Marie-José Salat, militante du Parti Socialiste, conseillère municipale d'opposition.

Si le thermomètre a baissé depuis, les esprits restent échauffés. Economie, immobilier, urbanisme, transports et culture, nombreux sont les sujets de discorde. Le maire, Eric Piolle, avait pourtant suscité de grands espoirs lors de sa victoire aux dernières municipales. Au mois de mars 2014, son équipe, une alliance inédite regroupant Europe Ecologie-Les Verts (EELV), le Parti de Gauche et des mouvements citoyens, crée la surprise en l'emportant face aux socialistes avec quarante pour cent des voix.

Grenoble, première ville de plus de cent cinquante mille habitants dirigée par un écologiste, est perçue comme un laboratoire. L'enjeu est de proposer une nouvelle voie à gauche. Deux ans et demi plus tard, ces élus qui rêvaient d'une troisième révolution urbaine se retrouvent brutalement confrontés à l'épreuve du pouvoir.

Ce qui a définitivement mis le feu aux poudres dans la capitale alpine est l’annonce, au printemps 2016, d'un plan de sauvegarde des services publics locaux. « Un plan de destruction, plutôt », ironise Matthieu Chamussy, militant des Républicains, conseiller municipal d'opposition.

« De la part de ceux qui se targuent de défendre l'équité sociale, certains choix sont plus qu'étonnants », poursuit-il.

Parmi les sujets qui fâchent, la fin de la gestion municipale de deux centres sociaux, une baisse des moyens alloués au service de santé scolaire, le non-remplacement d'une centaine de d'agents municipaux après des départs en retraite ou encore la fermeture de trois bibliothèques, dont deux situées dans des quartiers populaires. « Une décision brutale et incompréhensible de la part de ceux qui s'étaient engagés, sur le papier, à maintenir la totalité du réseau », soupire Cécile Cenatiempo, présidente de l'union de quartier du village olympique Vigny Musset, qui se bat contre la disparition de la bibliothèque Prémol.

Pour le maire à vélo, il n’est pas question de rétro pédaler. « Aujourd'hui, si nous voulons éviter une mise sous tutelle préfectorale, nous n'avons plus le choix », explique Eric Piolle, évoquant la baisse des dotations de l’état, qui représenterait un manque à gagner de dix sept millions d'euros pour la ville entre 2013 et 2017. Un coup d'autant plus dur que Grenoble se hisse dans le top cinq des villes les plus endettées de France, malgré une fiscalité locale élevée.

Dès son arrivée, l'équipe pastèque, verte et rouge, avait communiqué sur ses propres efforts, baisse des indemnités des élus de vingt cinq pour cent, diminution drastique du parc automobile de la ville et budget de la communication divisé par deux, des mesures symboliques, aujourd'hui insuffisantes. Pour Raymond Avrillier, figure historique de l'écologie grenobloise et parrain attentif de la majorité, celle-ci aurait trop tardé à réagir. « Peu habitués à piloter ce lourd paquebot que représente la municipalité, les élus ont sous-estimé l'iceberg budgétaire auquel ils se heurtent », reconnaît-il.

Les voilà donc sommés de prendre des décisions en urgence, quitte à se voir reprocher un manque criant de concertation, un comble pour ces grands défenseurs de la démocratie participative. « Donner le pouvoir d'agir à chaque habitant », tel est leur leitmotiv depuis leur arrivée. « Il ne faut pas s'étonner que les grenoblois le prennent au pied de la lettre. L'espoir qu'ils ont suscité se retourne désormais contre eux », tacle encore Matthieu Chamussy, oubliant un peu vite la mise en place et l'application des fameux outils collaboratifs promis durant la campagne.

« Outre ces mesures d'austérité qui frappent les esprits, la nouvelle équipe suit la ligne qu'elle s'était fixée », souligne Jean Vaylet, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Grenoble, rappelant les inquiétudes initiales du monde économique face au plan de circulation et de déplacement annoncé. « Nos craintes se sont, hélas, déclarées fondées », soupire-t-il.

Doublement du parc Métro Vélo, augmentation de la capacité des parkings-relais, développement des voies piétonnes et cyclistes et baisse des tarifs jeunes dans les transports en commun, nous avançons, martèle Yann Mongaburu, vice-président de la métropole délégué aux déplacements, sur son compte Twitter.

« Oui, mais à marche forcée, certaines décisions sont beaucoup trop radicales », s'insurge Christian Hoffmann, président de la fédération des unions commerciales de Grenoble, qui constate une baisse de fréquentation du centre-ville. Il y a un an, son collectif lançait une vaste campagne d'affichage pour dénoncer la saleté des rues et les problèmes d'insécurité mais aussi, et surtout, la hausse des tarifs de stationnement et l'installation d'une autoroute à vélos sur un grand boulevard traversant.

Pour Eric Piolle, toutes les périodes de transition sont forcément houleuses. « Par le passé, les premières mesures de piétonisation ou l'arrivée du tramway avaient aussi suscité des levées de boucliers. Aujourd'hui, tout le monde s'est habitué », explique le premier magistrat sans se départir de son flegme.

Cet hiver encore, l'ancien cadre de Hewlett Packard était la cible des chefs d'entreprises iséroises. A travers un manifeste, cinquante d'entre eux insistaient sur l'urgence de « redonner une dynamique au territoire », en cause, notamment, la question de l'engorgement routier autour de Grenoble. Eric Piolle, qui n'a jamais caché son opposition à l'élargissement de l’autoroute urbaine de Grenoble, campait sur ses positions.

« A cause de nos problèmes d'embouteillages, véritable serpent de mer isérois, notre territoire perd cruellement de son attractivité », s'inquiétait Pierre Streiff, président du mouvement des entreprises de France (MEDEF) du département de l’Isère. Depuis, un arrangement semble enfin avoir été trouvé entre les différents acteurs du dossier. Mais le combat aura été rude. Si le dialogue entre la ville et la métropole, dirigée par le socialiste écolo-compatible Christophe Ferrari, paraît fluide, il n'en est pas de même avec la région et le département, ancrés à droite.

Pour Jean-Pierre Barbier, militant des Républicains, président du conseil départemental de l'Isère, Eric Piolle est en train de transformer Grenoble en une ville peau de chagrin. « Sa politique est fondée sur la décroissance. Or notre responsabilité d'élus n'est pas seulement de dépenser moins, mais de nous battre pour aller chercher des recettes et relancer l'économie », attaque-t-il en prenant pour exemple la suppression des trois cent vingt six panneaux de Jean Claude Decaux et le manque à gagner financier, six cent mille euros de recettes annuelles, pour la ville.

« Quelle est la ligne directrice et quelles sont les ambitions de cette mandature », interroge pour sa part l'ancien maire Michel Destot, militant du Parti Socialiste, connu, et controversé aussi en son temps, pour ses grands projets, rocades, Esplanade, stade des Alpes et candidature aux Jeux Olympiques de 2018.

« Stop au tout béton », répond la nouvelle équipe. Depuis deux ans, le ballet des grues et des pelleteuses a ralenti le rythme. Certains chantiers, comme celui de la Zone d’Aménagement Concertée (ZAC) de l'Esplanade, ont été gelés et totalement remis à plat. « L'urbanisme de tours est devenu totalement anachronique. Aujourd'hui, nous privilégions la qualité des espaces publics et du paysage urbain, tout en rééquilibrant la place réservée aux piétons par rapport à celle vouée au stationnement », justifie Vincent Fristot, maire adjoint à l'urbanisme.

Des chantiers d'un nouveau genre, basés sur la co-construction avec les habitants, ont vu le jour. « Résultat, nous avons perdu deux ans et demi », tonne Olivier Gallais, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) des Alpes. La part belle faite aux logements sociaux, les contraintes liées aux nouvelles règles de qualité et de performance énergétique ou encore la politique d'encadrement des loyers défendue par Eric Piolle inquiètent les professionnels du secteur. « Certains gros acteurs, comme Icade ou Kaufman and Broad, ont préféré délocaliser leur agence », alerte Olivier Gallais.

A Grenoble, l'action coup de poing visant à manifester son mécontentement est un sport local qui perdure. Lors du conseil municipal du 26 septembre 2016, une fois de plus encadré par les forces de l'ordre, les opposants à la fermeture des bibliothèques ont érigé un mur symbolique de livres devant les vitres de l'hôtel de ville.

Certains en ont profité pour mettre en cause, à nouveau, la politique culturelle dans son ensemble. Là encore, Eric Piolle se retranche derrière les contraintes budgétaires et la redéfinition des priorités.

La municipalité ne manque pas une occasion de vanter la mise en place de son vaste plan pour les écoles, une promesse de campagne cette fois revue à la hausse. « Lorsque nous sommes arrivés, nous nous sommes rendu compte que le manque criant de places était bien plus grave que prévu », explique Fabien Malbet, maire adjoint à l'éducation, qui promet l'ouverture de cinquante à soixante classes d'ici à 2020.

Un investissement total de soixante six millions d'euros, soit un tiers du budget global de la ville, c’est un virage à cent quatre vingt degrés et ce sont des choix tranchés dont l'équipe d’Eric Piolle, qui arrivera à la moitié de son mandat au mois de mars 2017, devra répondre. A elle de prouver que, à Grenoble, l'herbe peut être plus verte qu'ailleurs.

 

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