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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 20:17

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/291216/avant-son-congres-podemos-etale-ses-desaccords

 

http://tendanceclaire.org/breve.php?id=21991

 

Avant son congrès, Podemos étale ses désaccords

 

Par Ludovic Lamant, envoyé spécial de Mediapart à Madrid

 

Jeudi 29 Décembre 2016

 

Un violent combat de chefs entre Pablo Iglesias et son numéro deux, Íñigo Errejón, bouscule le mouvement anti-austérité Podemos. Au-delà de la bataille d’égos, c’est un débat de fond qui traverse le parti sur les manières d’élargir son électorat dans les années à venir.

Le nom de code du prochain congrès circule depuis l’automne, ce sera le deuxième congrès de Vistalegre. Mais il n'est pas encore certain qu'il se déroulera dans cette salle omnisport de la banlieue de Madrid, qui avait accueilli, au mois d'octobre 2014, le premier congrès fondateur de Podemos. À l’approche de cette assemblée citoyenne, du 10 février au 12 février 2017, les principaux responsables du mouvement anti-austérité jouent à se faire peur. Sur les réseaux sociaux, à la télévision et dans la presse, Podemos étale ses divisions et expose ses doutes sur la stratégie à suivre.

« Il est fondamental que Podemos ne se convertisse pas en une coalition de courants, en un parti de barons, en un parti divisé pour toujours et en un parti qui ressemble à un gâteau dans lequel chaque dirigeant dirait que cela, c’est ma part, et donc je veux autant d’argent et de postes. Si nous nous y prenons comme cela, nous allons devenir le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et nous serons morts », a mis en garde Pablo Iglesias, dans un entretien à la fin du mois de fin décembre 2016 à www.infolibre.es, site partenaire de Mediapart en Espagne. « Il se passe des choses qui mettent en danger la continuité du projet », a lâché, de son côté, Pablo Echenique, secrétaire à l’organisation du parti, et proche de Pablo Iglesias.

La mise en garde du professeur de sciences politiques de trente huit ans vise juste. Mais Pablo Iglesias n’est sans doute pas pour rien dans l’extrême morcellement du parti, qui sort exténué d’un marathon électoral inédit depuis le retour de la démocratie en Espagne, pas moins de sept élections locales, nationales ou européennes, en deux ans. À l’issue des élections législatives du mois de juin 2016, la coalition Unidos Podemos est arrivée en troisième position, avec vingt et un pour cent des voix et soixante neuf députés sur un total de trois cent cinquante élus.

Mais la formation qui voulait « prendre le ciel d’assaut » n’a pas su s’entendre avec le PSOE pour former un gouvernement des gauches, sur le modèle de l’exécutif aujourd’hui en place au Portugal. Pire encore, la coalition constituée de Podemos et des communistes d’Izquierda Unida a perdu plus d’un million de voix entre les élections législatives du mois de décembre 2015 et celles du mois de juin 2016. Cette claque a plongé ce parti d’universitaires dans d’intenses débats sur les manières de rebondir et d’aller séduire « los que faltan », « ceux qui manquent » pour gagner.

« Je vois deux phases dans l’hypothèse Podemos », résume Jorge Moruno, le responsable du discours, un jeune trentenaire, sociologue de formation, qui nous reçoit dans les bureaux madrilènes du parti à deux pas de la place d’Espagne. « Le premier moment correspond à la trajectoire du prince de Machiavel. Il se lance à l’aventure et il conquiert de nouveaux territoires. C’est le Podemos machine de guerre électorale, adepte de la blitzkrieg, qui se construit à un rythme effréné. Paradoxalement, les temps électoraux sont des temps très peu démocratiques, parce que le temps manque pour approfondir les débats en interne. Notre adversaire l’a compris et il a choisi de multiplier les batailles électorales. Jusqu’à la répétition des élections législatives au mois de juin 2016. Cette guerre éclair a duré plus longtemps que ce que nous aurions souhaité. Ce moment est terminé. À présent, le prince doit s’enraciner ». Ce serait l’objectif du congrès à venir, faire passer Podemos d’une logique de guerre éclair à celle d’un enracinement plus profond dans la société espagnole.

Les divisions du parti ne vont pas aider. Manifestes depuis le mois de janvier 2016, elles n’ont fait que s’intensifier au fil des mois. Elles sont devenues très visibles sur les réseaux sociaux, à l’image de la dernière dispute en date, une campagne relayée ces derniers jours par des proches de Pablo Iglesias sur Twitter, avec le mot-clé « pas comme cela, Íñigo ». Ils reprochent au numéro deux du parti, Íñigo Errejón, ses critiques publiques à l’encontre des « décisions démocratiques » de la direction. Ce dernier avait regretté sur Twitter la suspension de l’un de ses soutiens, José Manuel López, du porte-parolat de Podemos pour la communauté de Madrid, remplacé par une figure d’un secteur concurrent, « ce n’est pas le bon chemin », avait-il commenté.

Trois ans après sa naissance, Podemos est-il déjà menacé par le syndrome de la vieille politique ? À gros traits, nous pouvons identifier trois secteurs au sein du parti. L’issue du congrès du mois de février 2017 dépendra des accords que les uns et les autres parviendront à conclure d’ici là. À la différence des courants du Parti Socialiste français par exemple, les divergences ici ne portent pas tant sur le fond des politiques que sur les stratégies électorales à mettre en place pour construire une majorité sociale dans les urnes.

Les anticapitalistes forment sans doute le groupe le plus compact. Ils sont les héritiers d’Izquierda Anticapitalista, un équivalent lointain du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) très actif dans les cercles de Podemos des débuts, en 2014. Après la reconduction de Mariano Rajoy au pouvoir, ils plaident pour rapprocher Podemos des mouvements sociaux. « L’institutionnalisation est le grand risque qui pèse sur Podemos. Les institutions t’éloignent des gens. Elles te séquestrent », assure à Mediapart le député européen Miguel Urban, l’un des chefs de file des anticapitalistes. À ses yeux, Podemos devrait s’investir davantage dans les conflits à l’échelle des usines et des entreprises, en réponse à la « radicalisation de l’extrême-centre en Europe ». Il compte à ses côtés des figures comme l’andalouse Teresa Rodriguez ou le maire indigné de Cadix, en Andalousie aussi. Minoritaires, ils pourraient jouer le rôle de faiseurs de roi lors du prochain congrès.

Autre secteur, plus intéressé par le jeu institutionnel classique, les « errejonistas », partisans du secrétaire politique et numéro deux de Podemos, Iñigo Errejón. À trente trois ans, ce politologue, il a écrit sa thèse sur le MAS, le parti d’Evo Morales en Bolivie, est considéré comme le plus intelligent de la bande mais aussi, pour ses détracteurs en interne, le plus social-démocrate. Pour faire court, ce défenseur acharné de la transversalité, ni droite, ni gauche, est convaincu que Podemos doit aller chercher de nouveaux électeurs, bien au-delà du cercle des seuls déçus du PSOE. Pour y parvenir, il ne faut surtout pas tomber dans les vieux travers de la gauche radicale, ce qui risquerait, à ses yeux, de marginaliser le parti en l’adossant uniquement aux luttes sociales et en suscitant l'inquiétude d'un électorat plus rural ou âgé.

« Ce n’est pas une question idéologique. Ce n’est pas que, du jour au lendemain, je suis devenu un parlementaire bourgeois, qui voit dans le débat parlementaire une fin en soi du travail politique. Non, mais un travail parlementaire peut nous permettre de rouvrir la fenêtre d’opportunité pour gagner », explique Jorge Lago, l’un des très proches d’Inigo Errejón. « En mettant sur la table le débat sur le salaire minimum, sur le revenu universel ou sur la réorganisation institutionnelle de l’Espagne. Pour forcer les autres à se positionner et diviser les socialistes sur la Catalogne. Tu peux jouer avec les contradictions de l’autre pour empêcher la stabilité du système. À l’inverse, si tu te mets justement là où le pouvoir veut que tu te mettes, dans les manifestations, tu légitimes la fermeture du système ».

« Si nous voulons gagner, il ne faut pas seulement travailler avec des gens déjà convaincus. Nous devons mettre au jour un imaginaire suffisamment ample pour incorporer aussi les gens qui ne se mobilisent pas et qui ne vont pas aux manifestations », renchérit Jorge Moruno, qui défend lui aussi l’approche d’Inigo Errejón avant le congrès. « Il faut sortir du faux débat entre la rue et les institutions », insiste-t-il, avant de plaider pour « la construction d’un réseau de coopératives, de lieux hors de l’économie de marché et d’espaces de loisirs, où l’on retisse le terreau social que les politiques néo libérales ont défait et où l’on touche des gens qui ne sont pas habituer à descendre dans la rue ».

Dans cette géographie mouvante de Podemos, il reste à évoquer, bien sûr, les « pablistes ». Les partisans de Pablo Iglesias se situent, pour le dire vite, à mi-chemin entre les deux autres tendances. Pablo Iglesias continue de revendiquer la transversalité chère à Inigo Errejón, mais il doute de la possibilité de remporter de vraies victoires au congrès des députés, depuis l’opposition. Sur le fond des choix politiques, il est sans doute plus proche, aujourd’hui, des anticapitalistes. Les négociations avec le PSOE pour former un gouvernement au début de l’année 2016 ont d’ailleurs laissé des traces. Du côté d’Inigo Errejón, certains plaidaient, sans le dire à haute voix, pour une abstention face à un éventuel gouvernement entre le PSOE et Ciudadanos, le nouveau parti de centre droit, pour empêcher le retour de Mariano Rajoy. Ce que Pablo Iglesias et ses proches n’ont jamais voulu entendre.

Depuis 2014, Pablo Iglesias a toujours dépassé les contradictions des différents secteurs, grâce à un leadership très puissant semblable, en cela, à certains chefs d’état latino-américains. Mais la technique s’est essoufflée, depuis l’entrée de Podemos au congrès des députés. « La télévision a été un élément fondamental, qui nous a permis de toucher beaucoup de gens, mais le poste de télévision est un dispositif limité, parce qu’il arrive d’en haut. Nous devons construire de nouvelles institutions par en bas », insiste Jorge Moruno.

De nombreux soutiens historiques de Pablo Iglesias ont par ailleurs rejoint le camp d’Inigo Errejón, agacés par le fonctionnement de plus en plus autoritaire en interne, selon eux, du leader. En réaction, le madrilène, qui s’est formé au sein des jeunesses communistes, s’est en partie replié sur un noyau dur très marqué Izquierda Unida, aux côtés de Juan Carlos Monedero, son maître à penser, ancien conseiller d’un dirigeant d’Izquierda Unida, ou Alberto Garzón, le jeune et charismatique leader d’Izquierda Unida. Les « errejonistas » avaient déjà eu du mal à avaler la candidature aux élections législatives, imposée par Pablo Iglesias, de Julio Anguita, ancien secrétaire général du Parti Communiste Espagnol (PCE), figure de l’eurocommunisme.

Ce sera l’un des enjeux du congrès du mois de février 2017, démocratiser le mouvement et revenir sur certaines mesures prises par le congrès fondateur qui avait verticalisé et banalisé le parti. À l’époque, la direction, Pablo Iglesias comme Inigo Errejón, justifiait ce passage en force au nom de l’efficacité électorale. Cette fois, Inigo Errejón monte au créneau pour réclamer un parti plus transparent et décentralisé à l’échelle des régions, des villes et des cercles du parti.

Ironie de la situation, celui qui était, au mois d’octobre 2014, le principal dissident et réclamait davantage de pouvoir aux cercles et de décentralisation, contre la direction à Madrid, n’était autre que Pablo Echenique, aujourd’hui secrétaire à l’organisation du parti et partisan de la ligne de Pablo Iglesias.

« Il faudra sortir du congrès avec une organisation plus démocratique de Podemos qui serve de prologue à l’Espagne que nous voulons. D’un point de vue territorial, avec un parti plus décentralisé, mais pas seulement, avec une direction du parti féminisée, en prenant des mesures de discrimination positive si cela est nécessaire et avec une répartition plus juste de la richesse à l’intérieur de Podemos, avec davantage de moyens pour les cercles et les bases », imagine Jorge Lago qui critique, en creux, l’état de Podemos aujourd’hui.

« L’Espagne n’a pas besoin d’un énième mélodrame, mais de débats politiques », tranche, de son côté, Jorge Moruno, en référence à l’affrontement très médiatisé entre les deux anciens meilleurs amis, Pablo Iglesias et Inigo Errejon, qui, parfois, s'écrivent même des lettres sur les sites d'information et les réseaux sociaux. « Nous avons construit une machine politique très ancrée sur le charisme politique. Mais il faut que nous soyons capables de dépasser aujourd’hui cette approche binaire et psychologisante, entre Pablo Iglesias et Inigo Errejon », avance, de son côté, Pablo Bustinduy, le responsable de l’international au sein de Podemos. Le 28 décembre 2016, Pablo Iglesias a été jusqu'à publier une vidéo sur son compte Twitter, dans laquelle il demande pardon aux militants de Podemos pour le spectacle occasionné.

À quelques semaines du congrès, quels sont les rapports de force entre les trois secteurs ? Un vote censé fixer les règles de vote du prochain congrès, qui s’est déroulé au mois de décembre 2016, est riche d’enseignements. Sur les quelque cent mille personnes qui ont participé, un peu plus d’un tiers de la base, quarante et un pour cent ont suivi la formule proposée par Pablo Iglesias et trente neuf pour cent ont suivi la formule proposée par Inigo Errejón. À peine deux mille quatre cent voix les séparent. Le numéro deux avait même obtenu l'appui de plus de trois cent cadres du parti sur son manifeste durant la campagne. Quant aux anticapitalistes, ils ont obtenu un peu plus de dix pour cent des suffrages. C’est une déconvenue pour Pablo Iglesias, qui pensait l’emporter plus nettement. « La preuve est établie, pour la première fois au niveau national, que les militants de Podemos ne sont pas tous pablistes », commente un journaliste du País, qui y voit « la fin de l’hyper-leadership de Pablo Iglesias ». Mais Pablo Iglesias a sans doute obtenu l’essentiel, le congrès se déroulera selon ses règles du jeu. À savoir que les militants voteront le contenu programmatique et l’identité du secrétaire général en même temps.

À ce stade, Inigo Errejón le répète sur tous les tons. Il n’a pas l’intention de se présenter contre Pablo Iglesias. Tout au plus veut-il que son projet politique soit entendu. Faute de réconciliation entre Pablo Iglesias et Inigo Errejón avant le mois de février 2017, Miguel Urbán, chef de file des anticapitalistes, se trouvera en position de force. Son projet d’organisation du parti, qui veut donner plus de pouvoir aux cercles, recoupe en partie celui d’Inigo Errejón, tandis qu’il incarne une aile mouvementiste de Podemos compatible avec Pablo Iglesias. Il pourrait être le faiseur de roi et sauver la face de l’actuel secrétaire général. D’après www.infolibre.es, des discussions commençaient ces jours-ci à reprendre, sur l’application cryptée Telegram, entre les trois secteurs.

Dans l’attente d’un règlement de la crise à Podemos, la droite de Mariano Rajoy est, une fois de plus, la grande gagnante. Le conservateur galicien a été investi au mois d’octobre 2016 à la tête d’un gouvernement minoritaire, grâce à l’abstention d’une majorité des députés du PSOE. Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un mandat très court. Mais le Parti Populaire a d’ores et déjà transformé Ciudadanos, la nouvelle formation de droite qui lui avait pris beaucoup d’électeurs, en un docile allié au pouvoir. Quant au PSOE, il se prépare à un congrès, sans doute à l’été 2017, pour élire leur nouveau secrétaire général après la démission de Pedro Sánchez. D’ici là, les socialistes ne devraient pas aller au bras de fer avec Mariano Rajoy.

L’horizon semble assez dégagé pour le chef du gouvernement, en tout cas au premier semestre 2017. Le congrès du Parti Populaire, prévu pour le mois de février 2017, aux mêmes dates que celui de Podemos, devrait le confirmer.

 

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