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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 18:05

 

http://www.lemonde.fr/syrie/article/2016/12/03/dans-l-est-d-alep-on-ne-demande-rien-d-impossible-seulement-d-arreter-le-massacre_5042905_1618247.html

 

A Alep Est, « nous ne demandons rien d’impossible, seulement d’arrêter le massacre »

 

Brita Hagi Hassan, président du conseil local d'Alep Est, appelle à la mise en place de couloirs humanitaires sécurisés pour permettre à la population de fuir et éviter un génocide.

 

Interview de Brita Hagi Hassan par Hélène Sallon

 

L’étau se resserre sur Alep Est. Dans la deuxième ville syrienne, deux cent cinquante mille habitants sont pris au piège de l’offensive lancée par le régime du président, Bachar al Assad, avec le soutien de la Russie et des milices chiites armées par l’Iran, pour reconquérir ces zones tenues par la rebellion depuis 2012.

 

De passage en France, Brita Hagi Hassan, élu au mois de novembre 2015 président du conseil local d'Alep Est, une structure civile qui gère la fourniture des services publics dans les zones tenues par la rébellion, alerte sur la « catastrophe humanitaire » en cours et appelle à la mise en place de couloirs humanitaires sécurisés pour permettre à la population de fuir un « massacre orchestré et éviter un génocide ».

 

Hélène Sallon. Quelle est la situation à Alep-Est ?

 

Brita Hagi Hassan. La situation à Alep est catastrophique, plus que cela même. C’est le cent unième jour de siège pour deux cent cinquante mille personnes, victimes d’un massacre orchestré avec tous les moyens imaginables. Au mois de novembre 2016, il y a eu mille cinq cent cinquante bombardements, sept cent cinquante barils explosifs tirés par des hélicoptères, plusieurs milliers d’obus et le gaz chlore a été utilisé à cinq reprises. Aujourd’hui, les blessés ne peuvent plus être soignés car les hôpitaux ont été détruits. Les équipements publics ne fonctionnent plus car il n’y a plus d’électricité. Même les denrées de première nécessité ne seront bientôt plus fournies. Les déplacements sont devenus impossibles. Chacun attend la mort.

Le régime syrien mène une politique de la terre brûlée pour obliger Alep Est à se rendre. Nous avons alerté à plusieurs reprises sur la catastrophe humanitaire. Tout le monde regarde, personne ne bouge. Le terrorisme de ce régime dépasse l’entendement. Ils disent combattre le terrorisme à Alep-Est mais ils ne bombardent que des civils. La seule partie qui combat l'Etat Islamique est l’Armée Syrienne Libre (ASL). Le régime a commis deux massacres au cours des derniers jours qui ont fait quarante cinq morts et vingt cinq morts parmi les civils. Au mois de novembre 2016, sept cent quatre vingt dix personnes sont mortes, dont cent dix huit enfants et soixante et onze femmes.

Cette politique de la terre brûlée à permis au régime de reprendre un certain nombre de quartiers où il restait peu d’habitants. Parmi ceux qui sont restés, les hommes entre dix huit et quarante ans ont été arrêtés et certains ont été enrôlés par l’armée. S’il y a le moindre soupçon que la personne a fait de la protection civile, elle est arrêtée ou son compte est réglé. Des camps ont été créés pour y mettre les femmes et les enfants.

 

Hélène Sallon. Le sort d’Alep Est est-il désormais scellé ?

 

Brita Hagi Hassan. Nous pouvons dire que c’est fini. Le cas d’Alep se résume aujourd’hui à secourir une ville qui a été presque entièrement détruite, je ne sais pas s’il existe une ville qui a été autant détruite dans l’histoire, et à sauver deux cent cinquante mille habitants qui sont menacés de génocide. Mais, le régime peut occuper Alep, la révolution continue. La révolution est une idée qui ne mourra pas. Quelle que soit la répression qu’opposera le régime, le peuple finira par vaincre. Quelle que soit l’injustice, la révolution triomphera.

L’expérience des conseils locaux continue dans toute la Syrie. Ils ont permis à la population de résister en lui donnant les ressources et les infrastructures pour le faire. C’est pour cela que le régime et la Russie bombardent les infrastructures de la société civile. Ces conseils locaux sont la plus grande menace pour le régime. Ils ont la légitimité de l’élection qu’il n’a pas.

 

Hélène Sallon. La Russie a à nouveau mis Mercredi 30 Novembre 2016 son veto à une résolution du conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies (ONU) demandant l’arrêt des bombardements à Alep Est, pour permettre l’acheminement d’aide humanitaire et l’instauration de « couloirs » pour l’évacuation des deux cent cinquante mille civils assiégés dans cette zone. Face à cette impasse au conseil de sécurité de l'ONU, avez-vous encore l’espoir qu’une solution diplomatique soit trouvée pour secourir la population d’Alep ?

 

Brita Hagi Hassan. La communauté internationale continue de regarder sans rien faire. Où sont les droits de l’homme ? Qu’est-ce que ce droit international qui s’est transformé en droit de tuer et de massacrer ? Qu’est-ce que ce conseil de sécurité de l'ONU constamment paralysé par le veto russe ? La communauté internationale a même échoué à apporter un minimum d’aide et de secours à la population d'Alep Est. Même en ce qui concerne notre appel à l’ouverture d’un couloir humanitaire pour permettre aux habitants de fuir et faire entrer de l’aide humanitaire.

Aujourd’hui, notre dernier espoir est dans une solution hors du conseil de sécurité de l'ONU. L’Union Européenne peut et doit jouer un rôle. Elle reste trop en retrait derrière les Etats-Unis et la Russie. C’est une puissance économique qui doit prendre tout son rôle. Elle a, par le passé, pris des mesures qui ont eu des effets, comme les sanctions contre la Russie. Elle peut aussi prendre l’initiative d’envoyer de l’aide par les airs. Si la volonté existe, c’est possible. L’Union Européenne a intérêt à le faire car elle est directement touchée par l’arrivée des migrants syriens.

Nous ne voulons pas que les peuples et les états interviennent militairement ou même arment les rebelles. Nous demandons seulement qu’une réponse humanitaire soit apportée. Les massacres perpétrés par le régime syrien contre la population civile ne font qu’amplifier le terrorisme. Nous avons déjà eu cinq cent mille morts en Syrie. Qui veut prendre la responsabilité d’un nouveau génocide de deux cent cinquante mille personnes ? Nous ne demandons rien d’impossible, seulement d’arrêter le massacre.

 

Hélène Sallon. La Russie a proposé Jeudi Premier Décembre 2016 l’ouverture de quatre couloirs sécurisés pour l’évacuation des civils. Que pensez-vous de cette proposition ?

 

Brita Hagi Hassan. Les quatre couloirs humanitaires proposés par la Russie visent essentiellement à diriger la population vers les zones contrôlées par le régime. Les habitants ne veulent pas y aller, car ils n’ont aucune confiance et craignent d’être arrêtés ou liquidés. Comment voulez-vous que celui qui tire et assiège la population inspire confiance ? Ce régime criminel a perdu toute sa légitimité. La Russie ne fait que louvoyer et continue à soutenir le régime. Les russes eux-mêmes prétendent que ceux qui fuient font partie de l’ASL ou d’autres groupes armés. C’est de la propagande.

C’est pour cela que nous insistons sur des couloirs humanitaires placés sous l’égide de l'ONU ou d’un organisme indépendant, qui offrent la liberté aux civils d’aller où ils le désirent. Ceux qui veulent aller vers les zones tenues par le régime seront libres de le faire. Nous demandons également que de l’aide entre, ce que le régime refuse toujours.

 

Hélène Sallon. Certains groupes rebelles ont été accusés d’empêcher des civils de fuir Alep. L’émissaire spécial de l'ONU, Staffan de Mistura, a fait mention de quelques cas. Qu’en est-il ?

 

Brita Hagi Hassan. Aucun groupe rebelle n’a empêché des civils de sortir. Cinquante mille habitants ont même pu aller de l’autre côté, dans les zones tenues par le régime.

 

Hélène Sallon. Le régime syrien et la Russie justifient leur offensive par la lutte contre le terrorisme, arguant notamment de la présence des combattants djihadistes du Front Fatah al Cham, ancien Front al Nosra, lié à al Qaida, parmi la rébellion à Alep-Est…

 

Brita Hagi Hassan. Cette présence est très minime et n’a aucun impact. Ils ne sont pas plus de deux cent à trois cent personnes, le plus gros des combattants appartient à l’ASL. Staffan de Mistura a avancé le chiffre de neuf cent combattants de Fatah al Cham. Quand bien même ils seraient neuf cent, cela justifie-t-il de liquider deux cent cinquante mille personnes pour neuf cent combattants ?

 

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