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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 18:37

 

LETTRE DE JULIEN SALINGUE A JEAN LUC MELENCHON

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’une longue lettre de Julien Salingue à Jean Luc Mélenchon relative à la révolution syrienne.

 

La lettre est disponible en totalité si vous consultez le site www.resisteralairdutemps.blogspot.fr à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/2016/12/massacres-alep-lettre-un-camarade-qui.html

 

Lettre à un camarade qui s’obstine à justifier l’injustifiable

 

Par Julien Salingue

 

Jeudi 15 Décembre 2016

 

Cela fait plusieurs semaines que je me dis que je vais t’écrire et ce sont les événements tragiques d’Alep et ta réaction à ces événements, ou parfois ta non-réaction, qui ont fini par me persuader que l’heure était venue de m'adresser à toi. Pas nécessairement dans le but de te convaincre, car je crois que malheureusement il est déjà trop tard. Mais au moins, comme cela, les choses seront dites et tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas.

La ville d’Alep est victime d’un massacre et d’une véritable boucherie qui fait immanquablement penser à d’autres villes martyrs comme Srebrenica, Grozny et Fallouja, mais aussi Varsovie et Guernica, ou encore aux camps palestiniens de Sabra et Chatila. Les témoignages directs qui affluent de la ville, venus de syriens ordinaires, et non des seuls membres d’un quelconque groupe armé, sont éloquents, a fortiori lorsqu’ils sont accompagnés de photos ou de vidéos. Des mots et des images qui disent la détresse, l’impuissance et l’horreur.

Mais toi, camarade, tu t’es évertué ces derniers jours, si l'on peut considérer que cet exercice peut avoir de près ou de loin un quelconque rapport avec une vertu, à expliquer qu’il ne fallait pas s’engager aux côtés des habitants d’Alep et qu’il ne fallait pas dénoncer les bombardements dont ils étaient victimes, pas plus qu’il ne fallait dénoncer les exactions commises par les troupes au sol lors de la « libération » de la ville. En d’autres termes, tu es venu nous expliquer qu’il ne fallait pas prendre de position claire et déterminée contre un massacre planifié et perpétré par le régime dictatorial de Bachar al-Assad et par ses alliés, au premier rang desquels la Russie et l’Iran.

Si je m’adresse à toi, camarade, c’est parce que nous avons par le passé partagé nombre de combats, notamment, mais pas seulement, le combat pour les droits du peuple palestinien. Parce que je pensais que, malgré nos divergences, nous avions des principes communs. Je n’ai en effet rien à dire à la droite et à l’extrême-droite qui défendent Vladimir Poutine et Bachar al Assad, qui assument clairement leur soutien à des régimes autoritaires au nom de valeurs communes et qui n’ont jamais fait semblant de vouloir construire une réelle solidarité avec les peuples opprimés.

Mais toi, camarade, tu te pares de vertus progressistes et anti-impérialistes, voire socialistes, communistes ou même révolutionnaires. Et c’est au nom de ces vertus que tu tentes de nous convaincre aujourd’hui qu’il ne faut pas se tenir résolument aux côtés de la population d’Alep assiégée et massacrée et qu’il ne faudra pas se tenir demain aux côtés des populations des autres villes syriennes déjà assiégées et bientôt massacrées.

Ce qui n’est pas, tu l’avoueras, le moindre des paradoxes.

J’avais en effet cru comprendre que ce qui constituait le patrimoine génétique commun de la gauche anti-impérialiste, c’était d’être aux côtés des peuples écrasés par les états impérialistes et leurs alliés. J’avais cru comprendre que dans ce patrimoine génétique que nous semblions partager, on ne transigeait pas avec la solidarité internationale. Et j’avais espéré que malgré tes positions parfois plus qu’ambigües quant à la tragédie syrienne, le martyr d’Alep te ramènerait à la raison et à la maison.

Mais non, tu t’obstines à tenter d’expliquer que nous ne pouvons pas prendre partie pour la population massacrée à Alep. Tu t’obstines à tenter d’expliquer que « les choses ne sont pas si simples ». Tu t’obstines à tenter d’expliquer que dans cette guerre, il n’y a pas « des gentils d’un côté et des méchants de l’autre » et qu’il faut ainsi savoir raison garder et ne pas céder à la facilité.

Car toi, bien évidemment, camarade, tu ne cèdes pas à la facilité. Tu nous proposes d’ailleurs ton analyse complexe, pleine de hauteur et de nuance, qui ressemble à peu près à ceci, « Bachar al Assad n’est pas un démocrate et les pays qui le soutiennent ne sont pas franchement des modèles non plus. Mais la soi-disant rébellion syrienne est en réalité majoritairement composée de forces issues de l’islam intégriste, voire jihadiste, téléguidées et armées par des régimes réactionnaires comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, voire par les parrains occidentaux de ces derniers, notamment les États-Unis et la France ».

Conclusion, « les plus méchants ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit ».

Le premier problème avec ton analyse, camarade, est qu’elle oublie un acteur essentiel, la population syrienne. Tu sembles en effet oublier que le point de départ des événements en Syrie n’est pas une intervention saoudienne, américaine, qatarie ou turque, n même russe. Le point de départ de tout cela, c’est que, au mois de mars 2011, des centaines de milliers de syriens se sont soulevés contre un régime dictatorial et prédateur, comme en Tunisie, en Égypte et en Libye. Et que si Bachar al Assad et ses sbires n’avaient pas fait le choix de réprimer ce soulèvement dans le sang, avec plus de cinq mille morts et des dizaines de milliers d’arrestations durant l’année 2011, ils seraient eux aussi tombés sous la pression populaire.

Et je parle bien de l’année 2011, cette année où, souviens-toi, camarade, tu t’enthousiasmais pour les autres soulèvements dans la région. « Le peuple veut la chute du régime », tu te rappelles ? Tu l’as peut-être même chanté dans les rues d’une ville française, toi qui es si épris de liberté, de justice sociale et de démocratie. En Syrie aussi, on le chantait, avec les mêmes revendications économiques, sociales et politiques que dans les autres pays de la région touchés par le soulèvement et Ryad, Doha, Paris ou Washington n’avaient rien à voir avec cela. Si tu t’intéresses de si près à la chose syrienne, tu dois d’ailleurs savoir qu’à chaque fois qu’il y a eu une trêve au cours des dernières années, les manifestations ont recommencé. Que sans l’intervention de l’Iran, puis de la Russie, le régime serait tombé, sous la pression des syriens, pas de quelques milliers de combattants étrangers qui sont arrivés, soit dit en passant, bien après que le régime eut tué des milliers de syriens désarmés et fait sortir de prison des dizaines, voire des centaines, de djihadistes, t'es-tu déja demandé pourquoi ? Et que oui, les racines de la crise syrienne sont bel et bien la contestation populaire d’un clan et la réponse de ce dernier, tout détruire plutôt que de perdre son pouvoir et ses prébendes.

À moins que tu ne veuilles signifier que depuis le début les syriens sont manipulés par les pays occidentaux, que tout cela n’est, au fond, qu’une histoire d’hydrocarbures et que le soulèvement syrien était téléguidé depuis l’extérieur par des puissances qui n’ont qu’à appuyer sur un bouton pour que des populations se soulèvent. Mais je n’ose même pas le penser, tu n’es pas de ceux qui estiment que les arabes sont tellement bêtes qu’ils ne sont pas capables de penser par eux-mêmes et que quand ils se mettent à se mobiliser et à revendiquer pour la justice sociale, quitte à risquer de perdre leur vie, c’est forcément parce qu’ils sont manipulés par des occidentaux pour le pétrole.

Le deuxième problème avec ton analyse, camarade, est que tu mets sur le même plan, d’une part, le soutien apporté par la Russie et l’Iran à Bachar al Assad et, d’autre part, le soutien apporté par les États-Unis, la France, la Turquie et les monarchies du golfe aux forces d’opposition syriennes. Tu essaies de faire croire qu’il n’y aurait pas une supériorité militaire écrasante du régime de Bachar al Assad et de ses alliés et que, après tout, pour reprendre, en la modifiant à peine, une formule en vogue dans un pays frontalier de la Syrie, « Bachar al Assad a le droit de se défendre ».

Mais oses-tu réellement comparer, d’une part, les milliers de conseillers militaires et l'armement iranien, les milliers de combattants du Hezbollah et, surtout, l’aviation russe, ainsi que les véhicules et l’armement lourd fournis par la Russie, deuxième puissance militaire mondiale, qui viennent en appui à un état et une armée régulière et, d’autre part, les armes légères, les lances roquettes et lances missiles vétustes fournis ou financés par les monarchies du golfe ou la Turquie et les armes légères, les lances roquettes, les quelques armes contre les chars et les systèmes de communication et dispositifs de vision nocturne fournis, au compte-goutte, par les États-Unis et la France ?

Sais-tu que ce que demandent les forces d’opposition syriennes depuis le début ce sont des missiles anti-aériens, pour pouvoir se défendre contre les avions de la mort de Vladimir Poutine et de Bachar al Assad, et que ce sont les États-Unis qui ont systématiquement mis leur veto à la livraison de telles armes ? Sais-tu que, au début de l’année 2014, après l’échec de la deuxième conférence de Genève, les saoudiens ont pour la première fois suggéré de livrer des lances missiles aux forces d’opposition syriennes, que les États-Unis s’y sont opposés et qu'ils n'ont pas changé de position depuis ? Les États-Unis qui ne voulaient pas, qui ne veulent pas, que ces armes tombent « entre de mauvaises mains » et qui ne veulent surtout pas que l'appareil d’état syrien soit détruit car ils ont tiré, contrairement à d'autres, les bilans de leur brillante intervention en Iraq.

 

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