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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 19:46

 

http://www.liberation.fr/france/2016/12/15/condamnation-des-freres-traore-au-proces-c-est-une-piece-de-theatre-la_1535443

 

Condamnation des frères Traoré, au procès, « c’est une pièce de théâtre »

 

Par Ismaël Halissat

 

Jeudi 15 Décembre 2016

 

L'audience devant le tribunal correctionnel de Pontoise n'a pas permis d'établir ce qu'il s'est réellement passé lors d'échauffourées entre forces de l'ordre et manifestants devant la mairie de Beaumont-sur-Oise, en marge d'un conseil municipal le 17 novembre 2016.

Reconnus coupables, Bagui et Youssouf Traoré ont été condamnés à respectivement huit et trois mois de prison ferme.

Rien n’aura permis de saisir précisément ce qu’il s’est passé le soir du 17 novembre 2016, devant la mairie de Beaumont-sur-Oise. Au procès comme dans l’enquête, tout repose sur le récit, parfois contradictoire, des policiers municipaux et des gendarmes. D'une foule d’une cinquantaine de personnes, l’entremêlement de leurs versions ne fait ressortir que deux noms, Bagui et Youssouf Traoré. Deux frères d’Adama Traoré, le jeune homme mort cet été lors d’une interpellation par la gendarmerie. Après plus de dix heures d’audience devant le tribunal correctionnel de Pontoise, impossible de savoir où les deux prévenus se situaient précisément, ni à quelle heure les faits se sont produits.

Lors du conseil municipal prévu ce soir-là, la maire souhaitait soumettre au vote la prise en charge de ses frais de justice dans le cadre de la protection fonctionnelle. Nathalie Groux avait fait connaître ses intentions de porter plainte en diffamation contre Assa Traoré, sœur des deux prévenus. Des membres de la famille Traoré, des habitants de la ville et des soutiens souhaitent alors assister aux débats. Ils sont accueillis devant la mairie par une cinquantaine de policiers municipaux et de gendarmes. « Les forces de l’ordre avaient été avisées que les choses pourraient peut-être mal se passer », indique au procès la présidente, Dominique Andréassier. L’accès à la salle leur est refusé, par manque de place selon la mairie. Seules Assa Traoré et sa mère sont invitées à entrer. La tension monte, les insultes fusent et quelques instants plus tard la police fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule.

Youssouf Traoré, vingt deux ans, est poursuivi pour outrage et menaces à l’encontre de deux policiers municipaux. La présidente énumère les insultes. On reproche à Bagui Traoré, vingt quatre ans, des faits similaires d’outrages et de menaces à l’encontre de six agents et de violences sur une policière municipale. En l’espèce, un coup de poing au visage ayant entraîné une incapacité totale de travail d’un jour. Arrêtés quelques jours après les faits, ils ont été placés en détention provisoire depuis trois semaines après avoir refusé d’être jugés en comparution immédiate.

Les huit agents qui se sont constitués parties civiles sont présents à l’audience. Pour apporter une autre version, la défense fait citer une dizaine de témoins. Les récits s’enchaînent à la barre sans permettre d’apporter une version définitive aux faits poursuivis. Les débats vont notamment se concentrer sur la veste que portait Bagui Traoré, présentée dans l’enquête comme l’élément décisif pour l’identifier.

« Nous allons essayer de préciser la couleur de la veste de Bagui Traoré, parce qu’elle va du camel, en passant par le marron, le beige, jusqu’au noir », s’amuse Dominique Andréassier. La présidente l’appellera « monsieur Bagui » pendant pratiquement toute l’audience.

Pour Youssouf Traoré, le tribunal va s’attarder sur sa coupe de cheveux, jugée atypique par la présidente ou en « tire-bouchon » pour un des policiers municipaux. Là encore, cet élément est l’une des seules garanties qu’il n’y a pas eu d’erreur d’identification.

Note de l'administration sortie du chapeau

« Avec mes bagues à la main, si j’avais mis un coup à la policière municipale elle n’aurait plus de tête », tente d'argumenter Bagui Traoré.

Il est le plus sollicité pendant l’audience et a du mal à contenir sa rage, « c'est une pièce de théâtre pour moi ». Il évoque un « complot » contre lui et son frère. Les témoignages des agents se poursuivent.

Bagui Traoré interrompt le policier qui indique l’identifier formellement comme l’auteur du coup, « ils portent les couleurs de la France et ils viennent tous vous mentir à la barre ». Le parquet, visiblement excédé par l’attitude de Bagui Traoré, décide de tendre un piège. François Capin-Dulhoste, procureur adjoint de Pontoise, demande au prévenu s'il a arrêté de consommer du cannabis en prison.

Oui, lui répond Bagui Traoré. Et contre toutes les règles de procédure, François Capin-Dulhoste sort de son chapeau une note de l’administration pénitentiaire indiquant que cinq grammes de shit ont été trouvés dans sa cellule il y a deux jours. La salle proteste. Yassine Bouzrou, avocat de la défense, se lève et hurle contre le procureur, « vous ne respectez pas le principe du contradictoire, c’est la base », suspension de l’audience.

Caty Richard, avocate des agents, commence sa plaidoirie en réfutant l’idée que tout cela ne serait qu’un coup monté des gendarmes, « quand ils disent la même chose, on dit que c’est appris comme une poésie et quand ils ne disent pas la même chose, cela devient des contradictions ». Pour Caty Richard, les forces de l’ordre sont d’une « franchise totale ». Le procureur enchaîne sur le même registre, « en défense, on essaye de dévier l’objet de ce procès pour faire un show mais l’affaire est malheureusement simple et ordinaire ». François Capin-Dulhoste va jusqu’à évoquer des méthodes de défense dignes de l'agitation et de la propagande, en référence à l’organe de communication du parti communiste soviétique. Il dit que « la défense veut transformer les prévenus en victime et les victimes en auteurs ».

« C’est une enquête bidon, pourrie et minable », proteste Yassine Bouzrou, « les gendarmes auraient pu interroger d’autres témoins et faire une perquisition pour retrouver la veste de Bagui Traoré, mais ils n'ont rien fait de tout cela ». Puis sa consœur également avocate de la défense, Noémie Saidi-Cottier, s’attelle à relever les nombreuses failles juridiques du dossier.

Le tribunal choisit de s’en tenir à la version policière. Bagui et Youssouf Traoré sont reconnus coupables de toutes les infractions poursuivies.

Pour Youssouf Traoré, trois mois de prison ferme, aménageables, il est donc libéré à la suite de l’audience et va pouvoir retrouver sa famille. Pour Bagui Traoré, huit mois de prison ferme et deux ans d’interdiction de territoire à Beaumont-sur-Oise. Les dommages-intérêts s’élèvent à plus de sept mille euros. Lors du délibéré, un grand sourire de Bagui Traoré surprend, en décalage avec sa condamnation, « c'est bon, ce qui compte, c’est mon petit frère ».

 

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