Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 20:19

 

http://www.pcfob.centerblog.net/2434-le-pouvoir-turc-renforce-son-black-out

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/211216/turquie-le-pouvoir-renforce-son-black-out-sur-les-medias-kurdes

 

Le pouvoir turc renforce son black-out contre les médias kurdes

 

Par Nicolas Cheviron, envoyé spécial de Mediapart à Diyarbakir

 

Mercredi 21 Décembre 2016

 

En fermant une quarantaine de médias kurdes, Ankara a instauré un sévère blocus sur l’information en provenance du Kurdistan turc où la guerre a repris depuis plus d'un an. Pour les journalistes encore en activité dans la région, couvrir un événement est devenu un parcours du combattant. À Diyarbakir, trois d’entre eux relatent leur quotidien.

Alors que l’est et le sud-est de la Turquie sont le théâtre, depuis le mois de juillet 2015, d’un violent conflit opposant les rebelles kurdes du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) aux forces de sécurité, le pouvoir turc a instauré un blocus de l’information sur ces régions kurdes. Au cours des derniers mois, il a ordonné la fermeture de la plupart des médias proposant une couverture spécifique de l’actualité kurde.

À la faveur du coup d'état manqué du Vendredi 15 Juillet 2016 et des pouvoirs exceptionnels qui lui ont été conférés par le vote de l’état d’urgence, cinq jours plus tard, le gouvernement a signé, par décrets successifs, la mort d’une quarantaine de médias rapportant l’actualité du Kurdistan turc. Si le gros des effectifs est composé de chaînes de télévision, de radios et de journaux locaux, certaines des institutions mises au ban, comme le quotidien Özgür Gündem, l’agence de presse Dicle ou la chaîne IMC Télévision, jouaient un rôle essentiel dans la transmission de l’information vers les populations non kurdes de l’ouest du pays.

À Diyarbakir, la principale ville kurde de Turquie et le siège de la majorité de ces médias, ces fermetures ont laissé un grand vide. « Avant, quand il y avait une conférence de presse importante, il n'y avait pas assez de place pour tout le monde, il fallait venir en avance. Désormais, il ne reste presque personne, juste quelques médias kurdes irakiens », constate Mahmut Bozarslan, un vétéran du journalisme dans le sud-est, travaillant en indépendant pour plusieurs médias internationaux, qui assume par ailleurs la fonction de secrétaire général de l’association des journalistes du sud-est. Il estime à plus de quatre cent le nombre de ses confrères restés sur le carreau dans l’ensemble de la région. « Nous en sommes arrivé au point où des gens comme moi, qui travaillent en free-lance, ont honte d’avoir encore un emploi », affirme-t-il.

Le sort des journalistes encore sur le terrain n’est pourtant pas des plus enviables. Au mois de juin 2016, Mahmut Bozarslan et Hatice Kamer, de la British Broadcasting Corporation (BBC) et de Voice of America, et Sertaç Kayar, journaliste free-lance, couvraient un attentat contre un commissariat à Midyat, dans le département de Mardin. Ils ont été agressés par un groupe d’habitants en colère, qui leur ont jeté des pierres, blessant Hatice Kamer à la tête. « Nous avons échappé de peu à la mort. Il s’agissait d’un groupe d’individus proches du parti de la justice et du développement (AKP), la formation islamo-conservatrice du président Recep Tayyip Erdogan. La police, au lieu de les calmer, les a encouragés à nous attaquer », accuse Mahmut Bozarslan, signalant qu’aucun des agresseurs n’avait pas été identifié par la police alors que la scène s’est déroulée devant des caméras de sécurité.

Le trio a par la suite fait l’objet de menaces. « L’organisation État Islamique a posté des photographies de nous sur sa page internet en turc avec un article nous désignant comme des cibles, expliquant que l’agression que nous avions subie était totalement légitime », indique Hatice Kamer.

Depuis la fin des affrontements en zone urbaine, qui ont ensanglanté les villes du Kurdistan turc entre le mois deseptembre 2015 et le mois de juin 2016, les risques d’agression physique ont un peu diminué, admettent Mahmut Bozarslan et Hatice Kamer. Mais les pressions n’ont pas diminué. Elles prennent désormais la forme d’un harcèlement incessant par les autorités. « Je passe mon temps à essayer de convaincre les policiers que ma carte de presse n’est pas une contrefaçon. Je dois leur présenter ma carte d’identité, mon livret de famille, ma carte de membre de l’association des journalistes, la carte du média qui m’emploie et cela ne suffit pas, le gars en face de moi continue de rétorquer que cela peut être un faux », relate Mahmut Bozarslan, qui avoue travailler désormais « dans l’angoisse ».

Ce petit jeu peut aller jusqu’à l’arrestation arbitraire du journaliste avec le risque, en période d’état d’urgence, de passertrente jours au commissariat, dont les cinq premiers sans pouvoir contacter un avocat.

Arrêtée à la fin du mois de novembre 2016 à Silvan, dans le département de Diyarbakir, alors qu’elle couvrait un accident minier dans lequel ont péri une quinzaine de travailleurs, Hatice Kamer n’a passé que vingt huit heures en garde à vue, officiellement en raison d’une obscure accusation d’insulte à l'encontre la république turque sur les médias sociaux. Elle a été relâchée sous la pression de l’opinion publique. « C’est dur de trouver la motivation pour continuer », confie la jeune femme. « Il faut désormais penser d’abord à sa propre sécurité et à ne pas se faire arrêter avant de se concentrer sur l’événement que nous devons couvrir ».

La situation est particulièrement difficile pour les journalistes qui, malgré la fermeture de leur média, luttent pour la survie dans la région d’une presse indépendante du pouvoir. Plusieurs initiatives ont en effet vu le jour, avec des moyens limités, création du journal Özgürlükcü Demokrasi, sur les cendres d’Özgür Gündem, ouverture du site internet Haber Var, fondé par d’anciens salariés de quatre chaînes de télévision et sept radios proscrites.

Employé de l’agence Dicle pendant quatorze ans, Sedat Yilmaz a commencé à écrire pour un de ces nouveaux médias, dans une tentative de résistance qu’il décrit comme un ultime « jeu du chat et de la souris » entre la presse indépendante et l’état. « Je ne peux plus marcher dans les rues avec un appareil photographique, une caméra ou du matériel de prise de son. Je ne peux plus engager de discussion avec des groupes dans la rue, faute de quoi je risque l’arrestation et l’emprisonnement », résume-t-il. « De toute façon, les gens ont peur de parler. Toutes nos sources d’information sont taries ».

Travailler pour un média étranger ou pouvoir exhiber un passeport européen sous le nez des policiers ne constitue pas plus une protection.

Le journaliste français Olivier Bertrand, du site internet des Jours, a ainsi été arrêté au mois de novembre 2016 à Gaziantep, expulsé et interdit de territoire turc. Deux journalistes suédois basés à Istanbul ont pour leur part été reconduits le même mois vers la métropole turque après avoir été arrêtés pendant un tournage à Diyarbakir. « Autant que possible, j’essaie de ne pas mentionner mes employeurs quand je travaille pour des médias étrangers. Sinon, c’est automatique, cela se passe mal », explique Mahmut Bozarslan. « Le réflexe du policier est de dire que je suis un agent ».

Interrogés sur l’avenir de la région et des médias kurdes en Turquie, les trois confrères ne cachent pas leur désarroi. Sedat Yilmaz se tourne vers le passé pour rappeler que le premier journal publié dans sa langue a été fondé en exil, au Caire, en 1898, que l’histoire des médias kurdes est une succession de violences qui ont coûté la vie à près de quatre vingt de ses confrères et jeté en prison ou contraint à la fuite des centaines d’autres journalistes.

« En fait, il n’y a jamais eu de liberté de la presse en Turquie », conclut-il, amer. Si Mahmut Bozarslan se déclare franchement « pessimiste pour l’avenir », Hatice Kamer ne veut pas employer ce terme, « je vois plutôt notre situation comme celle d’une personne qui entre dans une pièce obscure et ne sait pas ce qu’elle va rencontrer sur son chemin. Nous sommes vraiment entrés dans les ténèbres ».

 

Partager cet article

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens