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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 19:55

 

http://www.alencontre.org/laune/etats-unis-standing-rock-une-bataille-gagnee-mais-la-guerre-continue.html

 

Standing Rock, une bataille gagnée, mais la guerre continue

 

Par Barry Sheppard

 

Samedi 10 Décembre 2016

 

Les sioux de la réserve indienne de Standing Rock, située dans les états du Dakota du Nord et du Dakota du Sud, et leurs alliés, ont gagné une importante bataille dans leur combat pour empêcher que le pipeline dit Dakota Access Pipe Line (DAPL) traverse leurs terres tribales historiques et passe sous le fleuve Missouri dont la réserve tire son eau potable.

L'Army Corps of Engineers (ACE) était entré dans la bataille en publiant un ultimatum, si les protestations à l’endroit où le pipeline doit passer sous le fleuve n’étaient pas dissoutes Dimanche 4 Décembre 2016, les participants seraient arrêtés et poursuivis en justice.

C’est-à-dire que l’ACE allait ordonner aux unités de police municipales et de l'état du Dakota du Nord d’attaquer les manifestants qui entendaient protéger l’eau dès le Lundi 5 Décembre 2016 s’ils n’avaient pas quitté le site. Cela annonçait une brutale répétition des charges policières contre les manifestations non-violentes qui avaient déjà eu lieu, au moyen de matraques, de chiens d’attaque, de gaz lacrymogènes, de balles en caoutchouc et de puissants jets d’eaux alors que la température ambiante descendait à moins douze degrés centigrades, de grenades paralysantes et d’arrestations massives.

Une de ces grenades avait déchiqueté la chair du bras d’une jeune femme. C’était horrible à voir. Elle subit, actuellement, de multiples opérations chirurgicales.

L’ACE prétend avoir le droit de faire cela parce qu’il gère cette terre fédérale située légèrement en dehors de la réserve indienne. Mais les sioux, eux, rappellent que cette terre leur avait été cédée par les Etats-Unis par un traité signé en 1851 et que l’ACE tient cette terre illégalement parce que les Etats-Unis ont rompu arbitrairement ce traité, comme des centaines d’autres traités identiques, dans sa guerre génocidaire prolongée contre les premiers habitants de l’Amérique du Nord. Cette terre contient également des sépultures sacrées des sioux, dont certaines ont déjà été dévastées à la pelle mécanique, une insulte raciste et une profanation pour les natifs américains.

L’arrivée des « anciens combattants »

La lutte de Standing Rock avait déjà gagné un large soutien, mais cet ultimatum de l’ACE a aiguillonné un surcroît qualitativement nouveau de solidarité qui a vu de nombreux nouveaux manifestants affluer au Dakota du Nord pour apporter leur soutien en prenant leur place dans la ligne de défense. Le Samedi 3 Décembre 2016, il y avait dix mille manifestants qui rejoignaient la lutte de Standing Rock, alors qu’ils risquaient d’être blessés et arrêtés.

En outre, dans de nombreuses villes à travers tout le pays, il y a eu des manifestations contre les grandes banques multinationales qui financent le pipeline.

Un aspect clé de cette nouvelle vague de soutien fut l’arrivée de vétérans des forces armées, beaucoup d'amérindiens parmi eux, mais d’autres aussi. Ils étaient prêts à former une ligne de défense entre les flics et le camp organisé par les manifestants. Les policiers auraient eu d'abord à passer sur eux. Le Samedi 3 Décembre 2016, il y avait deux mille vétérans prêts à la bataille.

Lundi 5 Décembre 2016, un article paraissait dans le New York Times racontant « qu'un cri fut entendu une nuit durant cette fin de semaine. Des centaines d’hommes veulent que les femmes rassemblées dans la maison reçoivent leurs ordres de Brenda Taureau Blanc et Loreal Echarpe Noire, qui commandent les groupes de vétérans dans les camps de la mobilisation ».

L’article décrivait quelques-uns de ces vétérans. Certains sont des anciens, vétérans de la guerre de Corée et de l’Europe d’après guerre, qui racontent qu’ils ont grandi dans des internats où ils étaient battus s’ils parlaient leur langue. Certains ont roulé à travers les plaines depuis leurs réserves pour venir.

Certains des militants qui sont venus ont passé des années dans le mouvement anti-guerre après être rentrés du Vietnam ou d’Irak. Ils nous ont dit que pour eux les protestations contre le pipeline étaient un nouveau chapitre de leur militantisme.

« Beaucoup d’entre nous sont prêts à sacrifier leur corps et à donner leur vie », nous a dit Vincent Emanuele, trente deux ans, un ancien marine qui a servi en Irak et qui a beaucoup pris la parole contre ce qu’il a appelé une guerre futile. « Mieux vaut mourir pour quelque chose qui signifie quelque chose ».

D’autres nous ont dit qu’ils ne s’intéressaient pas beaucoup à la politique et qu'ils n’avaient jamais participé à une manifestation. Mais ils nous ont dit que la lutte de la tribu les avait touchés. Ou ils nous ont dit que cela les mettait en colère de voir des images d’affrontements violents entre les forces de l’ordre et les amérindiens.

« Je n’arrivais pas à croire ce qui se passait aux Etats-Unis », nous a dit un vétéran. « Même en Irak, il y avait des règles d’engagement. Si ces gars n’ont pas d’armes, je ne peux pas comprendre que cela devienne un champ de tir ».

Demain, faire face à Donald Trump et aux oligarques du pétrole

La menace du spectacle de la police militarisée chargeant des vétérans désarmés semble avoir donné quelques soucis aux pouvoirs établis et on a assisté à une série de reculades dont celle de l’ACE qui a retiré sa menace d’user de la force.

Le Dimanche 4 Décembre 2016, l’ACE, manifestement par ordre de la Maison Blanche, a retiré à Energy Transfer Partners (ETP), l’entreprise chargée de la construction, le permis de commencer le percement du pipeline sous le fleuve, ce qui a officiellement arrêté le chantier.

A cette nouvelle, le camp des manifestants a retenti d’applaudissements et de célébrations, relayées en écho par les sympathisants à travers tout le pays.

Mais Lundi 5 Décembre 2016, l’humeur était plus sobre. ETP a réagi à la décision de l’ACE en déclarant qu’elle ne voulait rien dire. La compagnie a laissé entendre qu’elle pourrait aller de l’avant dans le chantier sous le fleuve de toute façon, mais cela est incertain car cela conduirait l’entreprise à un clash avec le gouvernement fédéral.

Ce qui est plus sérieux, c’est la prétention d’ETP de jouir du plein appui de Donald Trump qui a proclamé bruyamment, c’est sa façon normale de parler, qu’il approuvera le DAPL, qu’il reviendra sur la décision de l’administration de Barack Obama de bloquer le pipeline et qu’il annulera toutes les limitations réglementaires qui freinent l’industrie pétrolière, celle du charbon et tout le reste de l’industrie de l’énergie.

Donald Trump président, en tant que commandant en chef des forces armées, pourrait ordonner à l’ACE, qui est une partie de l’armée, de faire de même.

Par conséquent, les protecteurs de l’eau savent qu’ils doivent remobiliser. C’est la force de la mobilisation de masse qui a permis de gagner cette bataille. Durant ces derniers mois de lutte, la solidarité a été construite. Pour commencer, ce sont les sioux de Standing Rock qui se sont unis pour réagir. Puis d’autres tribus se sont jointes à eux, y compris venant du Canada. Finalement, ce sont plus de deux cent tribus qui ont soutenu la lutte de Standing Rock, surmontant leurs différences dans une démonstration de solidarité. C’est le plus grand rassemblement d’amérindiens en lutte depuis l’American Indian Movement (AIM) de la dernière radicalisation aux Etats-Unis dans les années 1960 et 1970.

Le fait qu’ils se soient levés pour contre-attaquer a encouragé d’autres à venir à leur rescousse. Les groupes de défense de l’environnement ont reconnu que la lutte contre Big Oil était aussi leur lutte. Black Lives Matter les a vus comme une lutte sœur, comme les voient beaucoup d’autres groupes et beaucoup de personnes à travers le pays.

Rien n’inspire plus tous les opprimés et les exploités que de voir une bataille de masse être engagée contre la classe dominante. Que celle-ci soit couronnée de succès, même si ce succès est conditionnel et que la guerre n’est pas finie, renforce le sentiment que l’action de masse est efficace. Dans le camp des manifestants s’est exprimé un sentiment renouvelé de leur force. S’il y a besoin de mobilisation supplémentaire, cette confiance en eux leur donnera de l’énergie. Cet esprit peut déborder aussi sur d’autres luttes.

 

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