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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 20:45

 

CONTRIBUTION DE ROBERT DUGUET

 

Il y a une différence très importante entre la candidature de Jean Luc Mélenchon de 2012 et celle de 2017. En 2012, Jean Luc Mélenchon était le candidat du Front De Gauche (FDG), c’est-à-dire d’un accord électoral entre un courant scissionniste du Parti Socialiste, le réseau Pour la République Sociale (PRS), et le Parti Communiste Français (PCF). A cet attelage se sont joint des forces politiques plus modestes, mais néanmoins significatives quant à leurs références idéologiques au socialisme, trois courants venant du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), au moment où le canal historique fondateur du NPA, l'ancienne Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), montrait son incapacité à ouvrir son champ à la construction d’un parti de masse.

Malgré le caractère modeste du programme du FDG, la candidature de Jean Luc Mélenchon a traduit un mouvement profond dans la société de recherche d’une alternative. Dans les semaines qui ont suivi les élections présidentielles de 2012, Jean Luc Mélenchon a fait la preuve qu’il ne voulait pas d’un parti et il a passé à la trappe tous ceux et celles qui étaient venus là pour construire un parti et pour exiger le respect de la démocratie. La candidature de Jean Luc Mélenchon de 2017 est une candidature de rupture avec la démarche qui était celle du FDG, comme orientation réformiste ou néo-réformiste issue de la crise du Parti Socialiste. Avec le FDG, nous restions, certes sur des positions réformistes, mais sur le terrain du mouvement ouvrier. A partir du moment où il n’y a plus cette volonté de construire une alternative, le PCF renouait avec le Parti Socialiste pour sauver ses élus, et Christian Picquet de la Gauche Unitaire cherchait un siège au conseil municipal de Paris, en liquidant au passage son organisation dans le FDG.

Aujourd’hui la forme que prend la campagne de Jean Luc Mélenchon est purement médiatique et cela ne suffira pas. Pour mener une telle démarche à son terme, il faut un parti, ou un ensemble de partis rassemblés sur un pacte électoral. Jean Luc Mélenchon a coupé les branches sur lesquelles il était assis. Le point de vue que vient de donner André Chassaigne du PCF est clair. Il explique qu’il n’approuve pas le choix de Jean Luc Mélenchon, mais qu’il ne s’opposera pas à la position majoritaire de son parti, et il ajoute que « je n’irai ni tenir le micro, ni coller les affiches ». Et si je discute autour de moi avec les camarades qui se sont dépensés sans compter pour faire la campagne de 2012, je rencontre le même point de vue. Ils iront peut être voter mais ils ne feront pas la campagne, ou ils s’abstiendront.

C’est un point de vue qui sera courant dans l’espace militant disponible de l'ancien FDG. Cela, c’est la tambouille électorale, mais allons au fond. J’ai écrit un article caractérisant sa candidature dans la pure tradition de la cinquième république, comme une candidature bonapartiste. Son dernier livre explique bien sa position. Il y a le peuple et l’oligarchie. Les élections présidentielles, c’est la rencontre d’un homme avec le peuple, par-dessus la tête de la « classe politique ». Charles de Gaulle n’aurait certes pas renié ce point de vue, lorsqu’il dénonçait le « régime des partis ». De plus ses positions sur les questions internationales sont de plus en plus réactionnaires, voir la question de la Syrie et les quelques positions que je relève sur les questions d’éducation et de laïcité ne sont pas pour me motiver. Jean Luc Mélenchon, c’est la continuité du mitterrandisme, avec un zeste de lambertisme pour couvrir à gauche.

Sur l’Union Européenne, je ne vois toujours pas comment on peut avoir une position de rupture, pour une Europe des nations souveraines et être député européen. Cela indique que Jean Luc Mélenchon est un homme qui s’est coulé dans le système et qu’il est devenu un homme du système. Il ne fera plus un pas en dehors du cadre légal. C’est même Marine le Pen, qui a de très bons conseillers politiques, qui lui dame le pion. Dernièrement elle a expliqué que s’il fallait faire une réforme de l'état, il faudrait faire disparaitre les coûteuses régions et redonner au peuple français sa souveraineté à travers les communes et les pouvoirs du parlement. La république, c’est d’abord la commune et un parlement qui traduise tous les courants de la vie politique nationale. Les régions compétitives entre elles, qui organisent le dépeçage de la nation, c’est le cœur de l'Union Européenne. Ce n'est pas Jean Luc Mélenchon qui dit cela aujourd’hui. C'est hélas Marine Le Pen.

Un dernier point sur Grenoble, ce fut la première grande ville, lors des récentes élections municipales, à être gagnée par une coalition d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) et du Parti de Gauche, plus quelques associations très implantées dans cette ville. La campagne qui a été faite fut très militante et le groupe du Parti de Gauche, issu du trotskysme, y a joué un rôle déterminant. La majorité municipale applique aujourd’hui un plan de destruction des services publics et de suppression de postes, du fait de la baisse de dotation de l'état aux collectivités territoriales. Il y a un conflit entre les citoyens et la mairie, des manifestations, les conseils municipaux sont pris d’assaut si bien que le maire appelle les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) à la rescousse. Le 19 décembre 2016, les manifestants ont été reçus à coup de grenades lacrymogènes. Le Parti de Gauche de Grenoble avait été en 2011 et 2012 l’organisateur des estivales du FDG, au cours desquelles près de trois mille militants ont participé.

C’est dire que le Parti de Gauche de l’Isère a été un élément important du dispositif de Jean Luc Mélenchon. Elisa Martin, membre de la direction nationale du Parti de Gauche et son groupe soutiennent le maire Eric Piolle. Aujourd’hui ce sont deux élus qui sont exclus de la majorité pour s’être abstenus sur le budget. C’est dire que la campagne de Jean Luc Mélenchon dans l’Isère se présente très mal.

J’avais écrit un article dans mon blog « Grenoble c’est la France ». A quoi cela peut-il servir de soutenir un candidat ou des candidats qui, demain au pouvoir, appliqueront ou appliquent le contraire de ce qu’ils ont dit dans les médias ou dans leurs meetings ?

Dans les conditions actuelles je ne voterai pas pour Jean Luc Mélenchon. Est-ce dramatique de ne pas participer à une élection présidentielle ? Que fera le peuple français ? Il est vraisemblable que l’abstention sera massive et que le Front National sera sans doute au second tour. L’état de la représentation politique aujourd’hui fait qu’on ne peut pas s’appuyer sur des forces locales pour présenter des candidats dans les élections législatives, par exemple faire campagne sur un programme de défense de la classe ouvrière et ouvrir le débat pour une assemblée constituante. Aujourd’hui c’est le fond du fond de la décomposition.

 

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