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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 20:19

 

http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/01/06/comment-m-melenchon-nie-le-peuple-de-syrie-et-ses-droits

 

Comment Jean Luc Mélenchon nie le peuple de Syrie et ses droits

 

Le refus de Jean Luc Mélenchon de distinguer entre les bombardements russes contre Alep et ceux de la coalition occidentale contre l'Etat Islamique ne peut que nourrir les pires amalgames.

 

Par Jean Pierre Filiu

 

Vendredi 6 Janvier 2017

 

Jean-Luc Mélenchon, dans un tout récent entretien au Monde, développe une analyse de la Syrie qu’il pose au cœur de sa vision des relations internationales. Mais il n’atténue rien de sa sympathie pour les thèses de Vladimir Poutine, tout en nourrissant désormais les pires amalgames.

Le chef des insoumis n’a pas l’autosatisfaction discrète. Je rappelais dans mon blog comment, au mois de mars 2016, il avait salué la libération de Palmyre par le régime de Bachar al Assad, puissamment aidé par ses alliés russes et iraniens, « que ce jour est suave de ce point de vue. Oui, comment laisser passer cette douce revanche sur les détracteurs permanents de mes positions sur la Syrie, la Russie et ainsi de suite ». Il n’a pas eu pourtant un mot sur la reprise de Palmyre par l'Etat Islamique au mois de décembre 2016.

Cette fois on appréciera la modestie « des faits qui m’ont donné raison à cent pour cent ». Jean Luc Mélenchon nie en effet toute aspiration du peuple syrien à un changement démocratique et il évacue la longue phase du soulèvement pacifique de 2011 pour réduire la crise syrienne, non pas seulement à une guerre civile, mais à une guerre de puissance. Les différents groupes syriens ne seraient que des pions dans une guerre par procuration entre différents intervenants étrangers.

L’argument massue de Jean Luc Mélenchon à l’appui de cette thèse est le cessez-le-feu conclu entre la Russie, la Turquie et l’Iran. Que ce cessez-le-feu soit pour le moins vacillant ne trouble pas le caractère catégorique de telles affirmations. Jean Luc Mélenchon oublie d’ailleurs significativement l’Iran dans sa mention des parrains du cessez-le-feu, car cela compliquerait un peu sa perception binaire du monde.

« Mon point de vue est strictement français »

Contrairement à cette profession de foi, les thèses de Jean Luc Mélenchon sur la Syrie demeurent en phase avec la propagande martelée par le Kremlin, lui-même en écho de la dictature de Bachar al Assad. D’abord, nous l'avons vu, la négation de la dimension initialement pacifique du soulèvement populaire pour le réduire à une guerre civile désormais instrumentalisée depuis l’étranger. Ensuite, la qualification de bandes armées pour désigner l’ensemble de l’opposition militaire à Bachar al Assad, en assimilant les djihadistes aux non djihadistes pour mieux discréditer ces derniers.

C’est Bachar al Assad lui-même qui banalise l’expression de « bandes armées » dès 2011. Jean-Marie Le Pen la reprend très tôt en France, avec qu’elle ne fasse florès sur les sites du Front National ou du réseau Voltaire, entre autres. Ces « bandes armées » doivent être neutralisées avant que le peuple syrien ne puisse voter librement sur son avenir. Jean Luc Mélenchon reprend cette affirmation abracadabrantesque, oubliant sans doute que les dernières élections libres en Syrie remontent à 1961. Le parti Baas, au pouvoir depuis 1963, a proscrit tout scrutin digne de ce nom sous le règne d'Hafez al-Assad, de 1970 à 2000, puis de son fils, Bachar al Assad.

Egalement en phase avec la propagande du Kremlin est la conviction exprimée par Jean Luc Mélenchon que « les Etats-Unis sont fous de rage sur la façon dont a tourné l’affaire de Syrie ». Nous conviendrons que cette rage est pour le moins contenue, l’administration de Barack Obama ayant systématiquement reculé face à la Russie, depuis le refus de sanctionner l’usage d’armes chimiques à Damas, au mois d'août 2013, jusqu’à la chute d’Alep, au mois de décembre 2016.

Vladimir Poutine mène bel et bien une « guerre froide à sens unique » dont Jean-Luc Mélenchon entretient l’illusion.

« Pourquoi choisir entre les bombardements »

Jean Luc Mélenchon continue d’esquiver toute position claire sur les bombardements russes à Alep. Il les met sur le même plan que les bombardements « turcs, nord-américains et français ». Nous rappellerons que les pilonnages russes ont visé dans leur écrasante majorité l’opposition non djihadiste à Bachar al Assad et se sont concentrés à la fin de l'année 2016 contre Alep, une ville dont l'Etat Islamique avait été expulsé au mois de janvier 2014. En revanche, les bombardements de la coalition occidentale contre l'Etat Islamique visent par définition l’organisation d’Abou Bakr al-Baghdadi, dont la planification terroriste a lancé une sanglante « campagne d’Europe », notamment contre la France.

Cette différence d’objectifs aurait pu interpeller un présidentiable fier de son « point de vue strictement français ». Admettons qu’il n’en soit rien. Mais nul ne peut nier le fait que les frappes russes ont systématiquement visé des cibles civiles, hôpitaux, écoles et boulangeries, et qu’elles ont été menées sur la seule base d’un accord avec la dictature de Bachar al Assad. Les opérations contre l'Etat Islamique peuvent, en revanche, se prévaloir de textes de l’Organisation des Nations Unies (ONU), dont la résolution du conseil de sécurité adoptée à l’unanimité au mois de novembre 2015.

« Pourquoi choisir » n’est au fond pour Jean-Luc Mélenchon qu’une interrogation rhétorique. Il a bel et bien choisi. Mais qu’il n’avance pas masqué.

 

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