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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 20:08

 

https://www.letemps.ch/monde/2017/01/15/raslebol-basque-contre-leloignement-prisonniers-leta

 

Le ras-le-bol basque contre l’éloignement des prisonniers d'Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

 

Près de quatre vingt mille personnes ont bravé Samedi 14 Janvier 2017 la pluie et le froid pour demander la fin de la politique de dispersion des trois cent cinquante prisonniers basques répartis entre la France et l’Espagne et la libération des détenus malades

 

Dans la Kalea Somera, une rue de la vieille ville de Bilbao, les préparatifs battent leur plein. Samedi 14 Janvier 2017, quatre heures avant le début de la manifestation pour une amnistie des prisonniers d'ETA, l’organisation armée séparatiste basque, les cafés sont remplis. Aux murs, les noms des associations de défense de prisonniers ont été fraîchement tagués.

 

Urtzi Errazkin, porte-parole de l’association Etxerat, qui comprend les membres des familles de prisonniers, enchaîne les interviews. « Nous allons marcher aujourd’hui pour demander des conditions plus justes pour nos prisonniers et une paix véritable. Mon frère est en prison à Fresnes à Paris, c’est très compliqué et coûteux d’aller le voir ».

 

Solidaires, les familles et les amis des prisonniers ont pour règle de visiter leur proche une fois par semaine. Des volontaires conduisent des camionnettes achetées avec l’argent récolté par des loteries ou des événements organisés dans les différents villages basques. Pourtant, ce week-end du Samedi 14 Janvier 2017, personne n’ira en visite en prison. Ils seront tous à la manifestation.

 

Quelques heures plus tard, les membres des familles de prisonniers sont en tête de file. Munie de mains en plastique noir et blanc avec un doigt levé, la foule se met en branle au son de « prisonniers basques à la maison ». Pepi Gorostiaga raconte son histoire à qui veut bien l’entendre, « ma fille et son copain de l’époque ont été arrêtés en 1988. Ils ont fait six ans de prison. Ils sont dehors depuis longtemps. Je pourrais rester chez moi mais quand on sait la douleur vécue, je me sens obligée de soutenir les autres ».

 

Originaire de Tolosa, à l’est de Bilbao, cette femme énergique aux cheveux courts est venue soutenir les familles de sa région. Avec elle, ils sont presque quatre vingt mille, selon les organisateurs de la manifestation, à avoir bravé le froid et la pluie mordante. Des bâtiments illuminés se dressent tout au long du parcours qui les amènera jusqu’à la mairie de Bilbao et la marche ressemble presque à une procession religieuse.

 

Un peu plus loin dans le cortège, se trouve Iratxe Urizar, avocate spécialisée dans les droits humains. « Ce que nous demandons avant tout, c’est d’arrêter l’isolement. Il n’y a quasiment aucun prisonnier politique dans les prisons du pays basque. Ils sont en moyenne à sept cent cinquante kilomètres de chez nous. Au final, c’est une punition pour les proches. Ils font des milliers de kilomètres pour une visite de quarante minutes derrière une vitre ».

 

Même si le nombre de prisonniers a fortement diminué depuis 2011, date du cessez-le-feu définitif adopté par ETA, sur les trois cent cinquante prisonniers restants, seuls deux se trouvent sur le territoire basque, soit le double de la Suisse avec le cas de Nekane Txapartegi. Ils sont soixante seize en France et deux cent soixante cinq en Espagne répartis sur tout le pays. Une dizaine d’entre eux se trouve, par exemple, à Algesiras, dans la baie de Gibraltar, à plus de mille kilomètres du Pays Basque.

 

Grande fille aux cheveux noirs, Iratxe Urizar s’exprime doucement mais avec conviction, « nous ne comprenons pas pourquoi le droit international ne s’applique pas en France ou en Espagne. Il y a dix prisonniers qui ont des maladies chroniques et des pathologies incurables. Ils devraient pouvoir rentrer chez eux, mais aucun prisonnier politique n’a jamais eu de remise de peine ».

 

Regroupés derrière une pancarte qui demande des conditions de détentions plus humaines et justes, les politiciens indépendantistes basques sont venus en nombre. Parmi eux, Arkaitz Rodriguez, porte-parole de Sortu, le parti indépendantiste de gauche. « Nous sommes ici pour protester contre une situation unique au monde. D’un côté, vous avez une organisation armée comme ETA qui a manifesté son désir de se désarmer un nombre incalculable de fois et, de l’autre côté, vous avez la France et l’Espagne qui ne l’aide pas du tout à le faire ».

 

Prenant l’exemple de la Colombie et de l’accord de paix avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), il s’étrangle, « la France et l’Espagne soutiennent le processus de justice transitionnelle colombien, qui sous-entend que des centaines de prisonniers seront libérés de prison, et ne veulent pas faire la même chose avec nous. Cela n'a aucun sens ».

 

Les manifestants arrivés devant la mairie, un discours se prépare. Bernadette et ses amies boivent un verre de vin rouge. Venues du pays basque français, plus exactement de Saint Jean Pied de Port, elles ont pris l’un des trois cent bus affrétés pour la manifestation. La soixantaine passée, Bernadette explique avec son un accent chantant, « nous venons chaque année. Mais j’espère vraiment que cette fois ce sera la dernière ».

 

 

 

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