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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 18:45

 

A propos de la Syrie, d'Ensemble et de Jean-Luc Mélenchon

 

Par Roland Mérieux et Francis Sitel

 

Dimanche 15 Janvier 2017

 

Quitte à énerver certains camarades pour lesquels toutes les critiques à l'égard du candidat qu'Ensemble a décidé de soutenir relèvent d'arrières pensées dont il faudrait se débarrasser, il nous paraît de notre responsabilité d'alerter le mouvement du problème croissant que posent les positions de Jean Luc Mélenchon à propos de la Syrie. En fait, le discours de Jean Luc Mélenchon centré en cette rentrée sur « les enjeux géostratégiques et la question de la paix », par exemple dans ses vœux et son intervention à France Inter, fait apparaître que son positionnement sur la Syrie s'inscrit dans une cohérence globale que structure la thèse selon laquelle l'ennemi principal, sinon unique, à l'échelle mondiale est représenté par les États-Unis, face auxquels la Russie, donc le régime de Vladimir Poutine, constitue un allié qui doit être reconnu comme tel, dans une logique de défense des intérêts et de l’indépendantisme français.

Le désaccord à propos de la Syrie est enregistré de longue date, jugé important par quasiment tout le monde. Mais il est apparu borné, en fonction de l'idée que les questions internationales ne sont pas déterminantes lors d'une campagne pour des élections présidentielles. Et comme il fut dit, à l'égard de la Syrie, une grande indifférence règne. C'était hélas vrai. La question est de savoir si cela va le rester. La chute d'Alep a provoqué un choc.

Pour la première fois, à Paris, le 14 décembre 2016, des milliers de manifestants se sont rassemblés en solidarité avec Alep. Même l'Organisation des Nations Unies (ONU) apparaît perturbée.

Nous ne savons pas précisément ce que sera la puissance de ce choc sur les consciences avec ses conséquences géopolitiques, ni s'il sera durable.

Mais Alep pourrait fonctionner comme un révélateur quant à la nature du conflit. La dévastation de la ville et l'épuration de sa population peuvent-elles être expliquées comme résultant d'un affrontement entre le régime et des forces djihadistes, « entre deux armées » comme l'explique Jean Luc Mélenchon ? N'est-ce pas plutôt la terrible illustration que c'est un peuple qui est massacré et condamné à l'exil au moyen d'une guerre menée contre lui par une dictature féroce, soutenue politiquement et militairement par les régimes russes et iraniens, une guerre rendue possible par la passivité des gouvernements occidentaux et des puissances régionales impliquées.

Peut-on faire dire autre chose aux ruines d'Alep ?

Du coup, une donnée, jusque là connue mais relativisée, monte en puissance dans le débat politique français pour les élections présidentielles. Le constat que trois candidats apparaissent être sur la même longueur d'onde concernant la Syrie et en accord avec la politique mise en œuvre par Vladimir Poutine, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Avec une question très embarrassante, pourquoi sur ce sujet cette convergence entre des responsables aux positions politiques par ailleurs si opposées ?

Cette question est comme une mèche allumée. Il vaut la peine de rappeler que, dans le passé, lors d'une élection européenne, nous avons connu l'exemple de la liste Bouge l'Europe qui, contre toute attente, fut percutée de manière destructrice par le siège de Sarajevo.

Le caractère exagérément péremptoire des réactions de Jean Luc Mélenchon confronté à cette interrogation ne saurait neutraliser une évidente contradiction entre, d'un côté, une virulente dénonciation de toutes les attaques et critiques de la part de la presse, d'adversaires ou de partenaires politiques, comme autant d'accusations fausses et malveillantes, et, de l'autre côté, des argumentations plus ou moins sophistiquées qui valident les critiques qui lui sont faites. En effet elles présentent à propos de la Syrie une vision cohérente, une guerre entre deux forces, le régime et des forces djihadistes, donc la confrontation entre des armées avec des méfaits partagés et des bombardements multiples, à Alep certes, mais aussi à Mossoul et au Yémen, qui inévitablement font des victimes civiles, car « il n'y a pas de guerre propre », donc pas d'autre rôle accordé au peuple syrien que celui de victime et pas de responsabilité particulière dans cette guerre de Bachar al Assad, ni de ses alliés russes et iraniens. Les ingérences étrangères sont d'abord celles des États-Unis, de leurs alliés occidentaux et des régimes islamistes de la région, puisqu'il s'agit « d'une guerre de gazoducs et de pipelines ». Quant à celle de la Russie, on salue son « efficacité ».

Le problème ici, abstraction faite du jugement que nous pouvons porter sur une telle approche, est de cerner précisément ce qu'elle est, à partir de ce qu'écrit et dit Jean Luc Mélenchon, et de la vision du monde qui en résulte.

Il y aurait un ennemi principal, sinon unique, les États-Unis, puissance agressive et impériale.

Il y aurait une Russie qui, face à lui, devrait être considérée comme une puissance d'équilibre, avec laquelle il faudrait rechercher une alliance en vue de défendre la paix.

En Syrie se déroulerait une guerre d'intérêts entre puissances, au regard de laquelle le peuple syrien ne serait en rien un acteur.

Au final, il y aurait un double objectif stratégique, d'une part, arrêter cette guerre, sans préciser ni les responsabilités dans celle-ci ni les moyens d'y mettre un terme, et organiser des élections libres, et, d'autre part, le renforcement de la nécessaire alliance entre toutes les forces qui combattent l'Etat Islamique et les djihadistes.

C'est un argumentaire pour le moins problématique, qui escamote deux réalités décisives au regard d'une approche principielle, d'une part, le peuple syrien, comme acteur premier du processus engagé à partir de 2010 et principale victime de la politique du régime et de ses alliés, et, d'autre part, un processus qui est celui des révolutions qui secouent le monde arabe, lesquelles se confrontent à des contre-révolutions. Celle que connaît la Syrie est d'une violence inouïe et ne saurait être réduite à un affrontement binaire entre le régime et des terroristes djihadistes.

Toutes choses qui doivent nous inviter à être attentifs aux possibles évolutions de la situation internationale, elles sont susceptibles à tout moment de porter au cœur du débat politique français ces questions.

Ce qui conduirait à ce qu'Ensemble se trouve fortement interpellé à propos de son soutien à Jean Luc Mélenchon, ainsi que sur les conséquences de celui-ci quant à ses propres positions sur des sujets alors confirmés comme ultra sensibles.

 

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