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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 20:00

 

http://www.liberation.fr/france/2017/01/20/perquisition-musclee-chez-cedric-herrou-l-homme-qui-aide-les-migrants_1542821

 

Perquisition musclée chez Cédric Herrou, l'homme qui aide les migrants

 

Par Adèle Sifaut

 

Une vingtaine de gendarmes armés et casqués se sont rendus dans la ferme de cet agriculteur de la vallée de la Roya, qui apporte son aide aux migrants qui franchissent la frontière franco-italienne. La garde à vue de Cédric Herrou a été levée Vendredi 20 Janvier 2017.

Chez Cédric Herrou, on commence à avoir l’habitude des perquisitions. Alors, quand ce militant qui aide les migrants à entrer, circuler et séjourner en France, est interpellé pour la troisième fois, Mercredi 18 Janvier 2017, ses proches attendent patiemment les gendarmes dans sa maison. Jeudi 19 Janvier 2017, c’est depuis le jardin, autour d’un plat de pâtes et d’œufs durs, qu’ils ont vu déferler une vingtaine d’agents casqués, armés et les nerfs à vif. Des gendarmes venus perquisitionner l’habitation, le terrain et les véhicules de la figure emblématique de l’aide aux migrants de la vallée de la Roya, à une cinquantaine de kilomètres de Nice.

Jeudi 19 Janvier 2017 à 16 heures 30 dans cette maison de Breil sur Roya, dans le département des Alpes Maritimes, Marie s’est isolée avec Nasser derrière un rideau. Cette infirmière de Médecins Du Monde (MDM) soigne une plaie à la malléole et s’occupe du mal de gorge de ce jeune soudanais. Dehors, Morgan Herrou, le frère de Cédric Herrou, Lucile et Émile, deux militants, et deux mineurs étrangers patientent. Ils débarrassent la table.

Dans le même temps, en contrebas, deux fourgons et cinq voitures des forces de l’ordre se garent au pied de la propriété. Venus pour une perquisition, les gendarmes grimpent en colonne et en petite foulées sur le terrain de Cédric Herrou. Quinze d’entre eux sont casqués, visières baissées, gilets pare-balles et armes à portée de main. En quelques minutes, ils écartent le photographe de Libération à l’aide d’une clef de bras, puis le mettront à terre un quart d’heure plus tard, et passent entre le tracteur, les poules et les ruches. Ils se déploient rapidement sous les oliviers avant d’encercler la maison. «Tout à coup, plusieurs hommes sont entrés et se sont mis à hurler tellement fort que je ne comprenais pas ce qu’ils disaient », raconte l’infirmière. Elle tire le rideau. « Je me suis retrouvée en face de quatre gendarmes, je n’ai vu que l’arme qu’ils pointaient. Autant de monde dans une si petite pièce, c’était proche de l’absurde ». La bénévole de MDM tente de rassurer Nasser, le jeune soudanais s’étant mis à pleurer. « Ce qui m’a le plus traumatisée, c’est le sentiment éprouvé par ces enfants. Il y a là une maltraitance morale qui dépasse les limites. Nous étions tous saisis, choqués et sans parole ».

Morgan et Lucile sont menottés. Émile reste à l’extérieur. A la demande des gendarmes, il s’occupe du chien noir de Cédric Herrou. « C’était complètement démesuré. Ils ont déboulé en gueulant et en nous tutoyant », raconte-t-il. « J’ai rarement été témoin d’une telle violence. Elle n’était pas réellement physique mais elle était palpable dans l’atmosphère et dans le climat ambiant ». En moins de trente minutes, les gendarmes font le tour de la propriété. Lucile, Morgan et les trois mineurs embarquent dans les voitures des gendarmes. « Ces deux proches de Cédric Herrou ont été placées en garde à vue », confirme le procureur de la république de Nice. Quant aux moyens déployés, « c’est une affaire humainement hors norme », répond-il.

La garde à vue de Cédric Herrou est prolongée de vingt quatre heures. Non présent lors de la perquisition du domicile, son avocat Zia Oloumi juge ces mesures disproportionnées, « nous avons quasiment affaire à une brigade antiterroriste », dit-il. Cédric Herrou a été interpellé pour des faits qualifiés d’aide à l’entrée et au séjour.

Les autorités ne font pas retomber la pression sur la vallée de la Roya. Plus tard dans la soirée, à 3 heures du matin, une journaliste est arrêtée.

Lisa Giachino réalisait un reportage sur la solidarité et l’aide aux migrants pour son magazine, l’Age de Faire. « J’ai passé la nuit sous les tunnels et sur les ponts de la voie ferrée entre Saorge et Sospel », raconte-t-elle à Libération. J’étais avec six jeunes érythréens, entre quatorze et dix huit ans, qui tentaient de sortir de la vallée où ils étaient coincés ».

La petite troupe marche plusieurs heures dans l’espoir de monter dans un train à la prochaine gare. Lisa Giachino les suit, carnet de notes à la main. « Soudain, une bonne quinzaine de gendarmes est sortie du noir et nous est tombés dessus ». La journaliste est séparée des migrants.

La suite de l’interpellation se déroule calmement. « Elle n’était pas en possession d’une carte de presse », précise le procureur de la république de Nice Jean-Michel Prêtre. « Elle a été placée en garde à vue pour faire la démonstration qu’elle réalisait bien un reportage et non une aide aux migrants ». Aucune charge n’ayant été retenue contre elle, Lisa Giachino a été remise en liberté avec les consignes des policiers.

« Ils m’ont dit de faire attention s’ils me reprennent avec des migrants. Ce n’est pas normal de dire cela à un journaliste », estime-t-elle. Pour le prochain reportage, les agents de la Police Aux Frontières (PAF) de Menton lui ont recommandé de faire une demande d’autorisation à la préfecture.

La garde à vue de Cédric Herrou a été levée, Vendredi 20 Janvier 2017, de même que pour son frère Morgan Herrou et une jeune militante du Collectif Roya Citoyenne, a annoncé son avocat.

 

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