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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 18:18

 

http://www.cadtm.org/Le-reveil-du-geant-americain

 

Les plus grandes manifestations de l’histoire marquent le début d’une nouvelle ère et le réveil du géant américain

 

par Yorgos Mitralias

 

Dimanche 29 Janvier 2017

 

Même si quelques-uns ne s’en sont pas aperçus, ou ont feint de ne pas s’en apercevoir, ce qui s’est passé le Samedi 21 Janvier 2017 aux États-Unis d’Amérique est proprement historique, les plus grandes manifestations de rue de l’histoire des États-Unis mais aussi du monde. Au moins quatre et peut-être plus de cinq millions de manifestants et de manifestantes, un événement qui entre sûrement dans l’histoire et inaugure une nouvelle ère de luttes de classe après une longue et déprimante période de reculs et de défaites.

La première conclusion est évidente. Le géant américain est en train de se réveiller et, en sortant de son interminable torpeur, met tout le monde sens dessus dessous. Car en plus de l’énorme quantité, il y a aussi la qualité de ces manifestations. Et tout d’abord, la présence cataclysmique des femmes qui, imperceptiblement, rappelle d’autres manifestations de femmes qui ont marqué l’histoire de l’humanité ces trois derniers siècles. Oui, la tentation est grande et on y succombe volontiers pour rappeler que c’est d’une manifestation des femmes qu’ont commencé tant la grande révolution française de 1789 que l’encore plus grande révolution russe il y a exactement un siècle.

Mais ce n’est pas tout, puisque cette prédominance féminine acquiert tout son potentiel explosif en étant complétée par l’énorme participation de la jeunesse qui domine le si prometteur mouvement de masse américain. Une jeunesse à la fois combative et sensible, solidaire donc unitaire et unie au-delà des différences raciales et ethniques exploitées par ceux qui divisent pour régner. Dans cette Europe qui a presque oublié le jeune visage des manifestations et des révoltes, le spectacle de millions de jeunes américains, remplissant les rues et se déclarant même socialistes, est un antidépresseur puissant et un baume pour l’âme, venu à point nommé.

Mais il y a plus. L’océan des pancartes improvisées, qui donnait le ton et qui rendait les manifestations si multicolores, témoignait aussi de l’esprit d’initiative des manifestantes et des manifestants. Presque chacun et chacune brandissait sa propre pancarte faite avec ses propres mains et nos banderoles « prêt à porter » européennes étaient tout simplement inexistantes. Preuve supplémentaire de la bien consciente ferveur des manifestantes et des manifestants qui faisait que la foule interminable vibre, gémisse et hurle comme un seul homme, exactement comme au lointain mois de mai 1968.

Et tout cela non seulement à Washington, Chicago, Los Angeles, Boston, Denver, New York et dans les autres mégapoles américaines, mais dans chaque petite ville et, peut-être, village du pays parce que la révolte est vraiment générale. Et quand nous lisons la liste des manifestations, il se peut que l’admiration pour les deux cent cinquante mille manifestants de Chicago, les cinq cent mille manifestants de Washington ou les sept cent cinquante mille manifestants de Los Angeles, recule devant l’émotion que provoque l’unique manifestant héroïque dans une douzaine de villages du pays.

Tout reste à faire

Évidemment tout reste à faire. Et aussi évidemment, personne n’est en mesure de garantir que les manifestations gigantesques du Samedi 21 Janvier 2017 vont obligatoirement accoucher du mouvement qui renversera Donald Trump et qui apportera des solutions aux problèmes de l’humanité. Cependant, il n’est pas tolérable d’invoquer ce « tout reste à faire » pour ne pas reconnaître l’importance historique de ces manifestations. Ou pire, d’anticiper que « tout cela » ne va conduire nulle part. Bien que ces errements ne surprennent plus puisqu’ils ne font que refléter l’état comateux de la gauche européenne, force est de les combattre puisqu’ils ne font que conforter le défaitisme et le fatalisme ambiant au moment même où l’extrême droite européenne se lance à l’assaut du pouvoir.

Pourtant, ce qui est bien pire, c’est que derrière cette indifférence pour l’évolution de la situation américaine, montrée par quelques gens de gauche européens, se cache l’illusion que Donald Trump n’est pas si mauvais car ils prennent au sérieux sa démagogie anti systémique qui, prétendument, foutrait en l’air le néolibéralisme et donc faciliterait l’action de la gauche.

Au-delà du fait que ce genre d’approches ont un passé chargé de graves bévues et ont contribué dans une large mesure à ce que le fascisme italien et le nazisme allemand arrivent au pouvoir pratiquement sans coup férir, leur problème est que même si elles étaient fondées elles n’auraient pas eu le temps de faire leur preuve parce qu’elles ne tiennent compte ni de l’imminence ni du contenu mortel de la menace représentée par la présidence de Donald Trump, qui procède déjà de façon fort éloquente. Il met à exécution l’une après l’autre ses cauchemardesques promesses électorales et accélère la réalisation de l’ensemble de son programme raciste, obscurantiste, misogyne, chauvin, anti-ouvrier et inhumain. Et force est de constater que tous ceux qui nourrissent des illusions sur la nature de la présidence de Donald Trump, ou qui espèrent qu’il va s’adoucir et qu'il deviendra plus présentable, vont avoir exactement le même sort que l’histoire a réservé aux directions sociales démocrates et communistes de la gauche de l’entre-deux-guerres. Quand ils comprendront combien immédiate et mortelle est la menace et quand ils vont se réveiller, il sera malheureusement trop tard.

Pourtant, ce n’est pas tout. Au moins d’une importance aussi vitale que l’attitude face à la présidence de Donald Trump, est l’attitude que la gauche européenne devra adopter face à l’énorme mouvement populaire qui balaie les Etats Unis. Et ceci parce que sa relation organique avec ce mouvement de masse américain peut réussir ce que cette gauche européenne n’arrive pas à faire avec ses propres et désormais si maigres forces, sortir du bourbier de la défaite dans lequel elle s’enfonce de plus en plus.

Planifier la contre-attaque de « ceux d’en bas » à l’échelle internationale et même planétaire

De ce point de vue, les manifestations européennes en solidarité avec les manifestations américaines du Samedi 21 Janvier 2017 sont riches en leçons très didactiques. Et tout d’abord, on pourrait se demander pourquoi il y a eu cent mille manifestants à Londres et seulement cinq mille manifestants à Paris, dont plusieurs citoyens américains ? La réponse est facile, parce que durant l’an passé, la gauche et l’extrême gauche britannique ont réussi à jeter des ponts et à créer des liens avec la gauche américaine et plus particulièrement avec le grand mouvement de soutien à Bernie Sanders. Par contre la gauche française, mais aussi celle d’Espagne, n’a pas daigné s’intéresser à ce qui se passait dans la société américaine et a refusé obstinément d’exprimer le moindre soutien au combat du mouvement américain. Le résultat de ces deux attitudes diamétralement opposées crève les yeux. Si les cent mille manifestants de Londres représentent un soutien et une aide de premier ordre au mouvement américain, ils représentent une aide et un apport mille fois plus important à leur propre mouvement social et à la gauche britannique. Au contraire, le provincialisme et le refus de la gauche française de s’intéresser et encore plus d’agir en solidarité et de collaborer avec le mouvement américain, prive sûrement celui-ci d’un précieux soutien international mais nuit et porte préjudice d’abord et surtout à la gauche française elle-même, qui n’arrête pas de s’enfoncer dans sa crise.

Les manifestations gigantesques du Samedi 21 Janvier 2017 nous ont sûrement fait entrer dans une nouvelle ère où nous est permis non seulement d’affronter l’avenir avec optimisme mais aussi de planifier la contre-attaque de « ceux d’en bas » à l’échelle internationale et même planétaire. Mais à une condition, se mettre bien dans la tête que rien n’est inéluctable et que tout dépend de nous tous, de nos choix et de nos initiatives, et surtout de nos actes, d’autant plus que le proche avenir se dessine plus incertain, conflictuel et violent que jamais. En d’autres termes, peut-être plus que jamais dans le passé n’est aussi actuel qu’aujourd’hui le bon vieux dicton, « aides-toi et le ciel t’aidera ».

 

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