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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 20:54

 

http://www.rue89lyon.fr/2017/01/10/a-grenoble-la-majorite-politique-deric-piolle-sebreche

 

À Grenoble, sécession dans la majorité d’Eric Piolle

 

Par Victor Guilbert

 

Après s’être abstenus sur le budget prévisionnel 2017 de la ville de Grenoble, deux élus sur les quarante deux élus de la municipalité rouge, verte et citoyenne, ont fait sécession. La majorité minimise leur départ et les oppositions se saisissent de cette fracture.

Ils ne sont que de simples élus sans délégation et, pourtant, la scission de Guy Tuscher, militant d'Ensemble, et de Bernadette Richard-Finot, militante du Parti de Gauche, est lourde de sens pour la vie politique grenobloise.

Les deux frondeurs, coutumiers de votes différenciés avec la majorité, ont franchi une étape supplémentaire dans leur démarcation en annonçant, Lundi 9 Janvier 2017, la création de leur propre groupe politique, Ensemble à Gauche, au conseil municipal.

Ils reprochent à l’exécutif municipal son « absence de débat sur les choix d’austérité budgétaire » compris dans le plan de rigueur annoncé au mois de juin 2016, prévoyant notamment la fermeture de bibliothèques municipales.

Le pari d’un groupe unique

Dès le début du mandat, l’ensemble des élus de la majorité avaient fait le pari ambitieux de siéger dans un unique groupe au conseil municipal.

Ce devait être le signe de leur unité malgré les différentes composantes politiques, mais aussi une manière de contraindre tout le monde à assumer le bilan des politiques menées, en conduisant les débats en interne plutôt que d’afficher publiquement les divergences.

Pourtant, par deux fois, des lignes de fractures dans la ligne majoritaire sont apparues au grand jour.

Au mois de mai 2015, Guy Tuscher et Bernadette Richard-Finot faisaient déjà partie des cinq conseillers municipaux de la majorité ayant voté contre l’attribution du marché de l’éclairage public à un consortium privé. Le camouflet était trop rude pour ces partisans d’un service public de l’éclairage.

Puis, au mois de juin 2016, il ne restait plus que ces deux-là pour s’opposer de nouveau à une révision des tarifs de stationnement. Les deux élus estimaient que la nouvelle grille n’était pas pertinente, ni écologiquement, ni socialement, car elle serait « difficile à vivre pour de nombreux foyers ».

L’abstention de trop sur le budget 2017

Dernièrement, c’est donc sur le budget prévisionnel 2017 que les deux sécessionnistes ont fait valoir leur désaccord, s’abstenant de le voter lors du conseil municipal du 19 décembre 2016, sans compromettre son adoption.

Guy Tuscher détaille leur position, « nous sommes contraints d’appliquer l’austérité imposée par le gouvernement à travers la baisse des dotations aux collectivités. Cependant, nous pouvions élaborer d’autres scénarios en réduisant les subventions accordées aux clubs de sports professionnels ou en augmentant de un à deux pour cent la fiscalité foncière. Mais l’orientation budgétaire n’a pas été débattue. Les documents ne nous ont même pas été transmis ».

En réservant leur voix lors du vote, les deux élus se seraient exclus d’eux-même de la majorité, selon Alan Confesson, co-président du groupe majoritaire Rassemblement Citoyen de la Gauche et des Ecologistes (RCGE), « ce n’est pas une délibération anodine, c’est celle qui définie l’action municipale pour l’année à venir. Si vous ne votez pas le budget, vous ne faites pas partie de la majorité, c’est ainsi dans toutes les assemblées délibérantes ».

Une discrimination politique

La conséquence de cet acte de défiance considéré comme non-conforme à la charte du groupe ne s’est pas fait attendre. Les deux abstentionnistes ont été exclus des réunions de groupe, des listings de courriels et du séminaire de travail organisé le week-end dernier, dans le Vercors.

La scission était devenue inévitable, selon Guy Tuscher, « l’entourage proche d’Eric Piolle a abandonné l’engagement de participation citoyenne pour faire passer le plan de rigueur. Avec l’aval d’Eric Piolle, les coprésidents de groupe ont organisé notre discrimination politique mais nous continuerons de mener notre action sans opposition systématique, en restant fermes sur nos engagements de campagne ».

Ils revendiquent le soutien d’un groupe d’appui politique d’une quinzaine de militants de leurs propres formations politiques.

Nous nous souvenons que, au comité local du Parti de Gauche notamment, le plan d’économie de quatorze millions d’euros de la municipalité avait fait des remous, comme l’avait révélé le journal satirique local du Postillon, faisant fuiter des correspondances internes houleuses, au mois d'octobre 2016.

Laurence Comparat, l’autre coprésidente de la majorité, tente de minimiser la fronde.

« Ce sont des décisions isolées traduisant un état d’esprit individuel dans l'attente du grand soir. Mais le reste du groupe reste uni et déterminé à travailler de façon collégiale ».

Une aubaine pour les oppositions

Cet éclatement, même minime, de la majorité est du pain béni pour les oppositions municipales qui se sont empressées de la commenter sur les réseaux sociaux.

Le socialiste Jérôme Safar estimant que « cette auto-exclusion de la majorité municipale démontre à quel point cette équipe est sectaire et brutale ».

À droite, cela a inspiré le conseiller municipal Vincent Barbier, « cette majorité s'est fait élire sur des mensonges, la démission des deux élus n'est qu'une étape d'une longue chute ».

Guy Tuscher n’ignore pas que cet éclatement de la majorité, comme le mouvement de contestation syndical d’une partie des bibliothécaires, sera récupéré politiquement pour entacher l’action politique d’Eric Piolle et de son équipe.

C’est d’ailleurs ce qui fonde en partie sa décision, « notre majorité était issue des mouvements sociaux, mais l’exécutif municipal considère désormais les combats syndicaux comme des oppositions. Nous aurions dû entendre leurs revendications légitimes plutôt que de les laisser à nos opposants ».

Déjà confrontés aux tirs croisés des trois groupes d’oppositions du Parti Socialiste, des Républicains et du Front National, Eric Piolle devra désormais se protéger du risque de tirs fratricides venus de sa gauche, qu’il n’a pas su neutraliser.

 

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