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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 20:21

 

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/02/20/paris-calais-vintimille-trois-etapes-sur-la-route-du-mal-accueil_5082205_1654200.html

 

Regain de tension autour de l'accueil des migrants

 

A Calais, Paris et Vintimille, le dispositif mis en place à la fin de l'année 2016 est débordé, l'état et les associations s'opposent

 

Par Maryline Baumard

 

Calais, Vintimille et Paris, la situation dans les trois zones géo­graphiques où se cristallise la tension migratoire dérive doucement vers un nouveau chaos. Les solutions mises en place il y a trois mois par les gouvernements français et italiens ne fonctionnent déjà pas, ou plus.

A Vintimille, petite ville frontalière de Ligurie, proche des Alpes-Maritimes, de plus en plus de migrants dorment de nouveau à la gare, où la police vient les interpeller, puisque le camp humanitaire affiche complet. Les passages vers la France sont toujours plus risqués et plusieurs personnes sont déjà mortes sur la route ou sur la voie ferrée.

Vendredi 17 Février 2017, un cadavre a été découvert carbonisé sur un train à l’arrivée en France. Selon une source policière, il y a de fortes présomptions que la personne soit un migrant qui serait monté sur le train en gare de Vintimille, rapporte l’Agence France-Presse (AFP).

De ce côté-ci des Alpes, l’aide aux migrants continue de tourner à la guérilla judiciaire. Si Cédric Herrou, le plus emblématique des soutiens aux arrivants dans la vallée de la Roya a été condamné par la justice à une amende avec sursis, le Vendredi 10 Février 2017, jugement dont le parquet a fait appel, d’autres citoyens, moins médiatiques, sont poursuivis. Sans diminuer à ce stade la détermination des militants.

A Calais, où la jungle a été démantelée à la fin du mois d'octobre 2016, des migrants reviennent par dizaines tenter le passage vers l’Angleterre. Gilles Debove, responsable du Syndicat Général de la Police (SGP) de la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière pour le Calaisis, affirme que les forces de l’ordre sont déjà débordées. Le fonctionnaire déplore le manège qui, au nom de la tolérance zéro, consiste à « remettre hors site, comme par le passé, les migrants interpellés puisqu’il n’y a plus de place dans les centres de rétention ».

Là aussi, les humanitaires se voient menacés dans leur travail. L'état, après avoir laissé pendant des années les associations seules responsables de fournir aux migrants le minimum vital d’aide humanitaire, les empêche désormais d’intervenir. Jeudi 16 Février 2017, Mariam Guéret, salariée du ­Secours Catholique de Calais, a ainsi été interpellée et interrogée par la Police Aux Frontières (PAF) alors qu’elle accompagnait de jeunes migrants se doucher. L’installation de douches pour les migrants donne lieu depuis des semaines à une bataille judiciaire entre le Secours Catholique et la municipalité de Calais, qui s’y oppose.

A Paris aussi la situation s’est dégradée. Jeudi 16 Février 2017, la maire socialiste Anne Hidalgo a adressé au ministre de l’intérieur, Bruno Le Roux, un courrier lui rappelant que le centre humanitaire du dix huitième arrondissement, prévu pour accueillir en transit quatre cent migrants, ne peut fonctionner qu’avec « l’orientation des personnes en nombre suffisant vers des dispositifs adaptés », notamment les Centres d'Accueil et d'Orientation (CAO).

Or, justement, l’élue observe que, « depuis une semaine, ces orientations sont très réduites et les perspectives pour les prochains jours laissent penser que le décalage entre le nombre de demandes et le nombre de solutions offertes sera rapidement insoutenable ». Bref, l'état n’assure pas sa mission et bloque le fonctionnement du centre humanitaire.

Alors que, depuis son ouverture, au mois de novembre 2016, les ser­vices de l'état sortaient chaque semaine trois cent personnes pour les installer en CAO, seuls soixante personnes en ont été extraites la semaine écoulée. Et pendant que le centre de Paris affiche complet, les nouveaux ­venus, eux, continuent d’arriver dans la capitale à hauteur de soixante dix par jour, reconstituant des ­petits campements dans les rues, ce que la municipalité veut éviter à tout prix.

Jusqu’alors, l'état traînait des pieds en sous-dimensionnant ­volontairement l’examen opéré par la préfecture à cinquante cinq dossiers par jour, un nombre qui conditionnait les entrées quotidiennes dans le centre. Aujourd’hui, le blocage est plus sérieux. Selon un fin connaisseur du dossier, le problème auquel doit faire face l'état tient en un néologisme, les dublinés.

Aujourd’hui, entre soixante dix pour cent et quatre vingt pour cent des migrants qui entrent au centre humanitaire ont laissé leurs empreintes dans un autre pays sur la route de l’exil. Selon le règlement européen, la France devrait les renvoyer vers le pays où ils ont été enregistrés, car c’est celui-là qui doit examiner leur demande d’asile. A moins qu’ils n’attendent six mois dans l'hexagone pour y refaire une demande.

Le gouvernement de Bernard Cazeneuve avait pris l’engagement de ne pas appliquer le texte aux migrants de Calais. Mais il a toujours répété qu’il l’appliquerait à ceux de Paris. L’exécutif veut affecter ces dublinés à des places d’accueil fléchées avec parfois une assignation à résidence censée faciliter les renvois. Mais, comme il ne parvient pas à renvoyer massivement ces personnes, les places dévolues aux dublinés sont insuffisantes, ce qui empêche de continuer à sortir des migrants du centre humanitaire. Selon plusieurs sources, c’est bien ce verrouillage qui explique le récent coup de frein de l'état.

Dans son courrier, la maire de ­Paris « propose une nouvelle fois la mise à disposition à titre gratuit d’un site de la ville de Paris sur la commune de Sarcelles, parfai­tement adapté à l’accueil de ces publics ». Mais, jusqu’ici, l'état n’a pas donné suite.

Le ministère de l’intérieur rétorque que « les départs ne sont pas stoppés. Ils sont temporairement plus limités, mais nous mobilisons toutes les capacités disponibles ». Et d’ajouter que « les départs devraient reprendre en nombre Lundi 20 Février 2017 ».

A Paris aussi, la crainte de voir se reconstituer des campements sauvages conduit à empêcher les bénévoles d’apporter leur aide aux migrants. La police leur a signifié, en fin de semaine, qu’ils ne devaient plus distribuer de nourriture devant le camp humanitaire. A deux pas, la mairie a installé, le Vendredi 10 Février 2017, de gros blocs de pierre à l’endroit où dormaient depuis des jours des soudanais désireux d’être admis dans le centre.

 

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