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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 20:18

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/02/09/a-paris-un-rassemblement-contre-le-delit-de-solidarite_5077363_3224.html

 

A Paris, un rassemblement contre le délit de solidarité

 

Plusieurs militants venus en aide à des sans-papiers ou des roms et inquiétés par la justice sont venus dénoncer des actions de l'état et revendiquer leur statut de délinquants solidaires.

 

Par Florian Reynaud

 

Près de deux cents personnes se sont rassemblées, Jeudi 9 Février 2017, sur la place de la République, à Paris, pour soutenir les délinquants solidaires, qui aident les personnes en situation irrégulière ou certaines populations en difficulté. Les militants rassemblés dénoncent des poursuites judiciaires faites pour criminaliser l’aide aux sans-papiers, alors que l’Europe traverse une grande crise migratoire.

Ce rassemblement est une action parmi plusieurs organisées en France depuis Mercredi 8 Février 2017, alors que le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Nice doit rendre Vendredi 10 Février 2017 son délibéré concernant Cédric Herrou, agriculteur de la vallée de la Roya, à la frontière italienne, et jugé pour avoir aidé des migrants.

Jeudi 9 Février 2017, place de la République à Paris, les associations présentes et regroupées sous la bannière des délinquants solidaires, s’en prennent aux actions de l'état, à la fois contre les migrants et contre ceux qui leur viennent en aide. Le délit de solidarité est le surnom donné au six cent vingt deuxième article du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile (CESEDA), qui sanctionne « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France ». Il a aujourd’hui été amendé pour ne plus concerner l’hébergement par des bénévoles, mais sans convaincre les associations.

Place de la République à Paris, plusieurs personnes qui ont été poursuivies dans le cadre de leur action en faveur des migrants sont venues témoigner. Peu sont concernées par le délit de solidarité au sens strict. Certains ont été jugés pour des violences ou outrages, à l’issue de poursuites qu’ils disent faites pour les intimider.

C’est le cas de François Loret. Il raconte avoir été condamné au mois de juin 2015 pour violences à agent dépositaire de l’autorité publique, après une bousculade lors de l’évacuation d’un campement de roms, dans le secteur de Marne-la-Vallée. « La solidarité dérange nos politiques », dénonce-t-il. Prévenu dans une affaire plus récente, l’élu écologiste Jean-Luc Munro est également venu témoigner. Mercredi 8 Février 2017, ce soutien de la cause rom était jugé à Lille pour violences sur agent dépositaire de l’autorité publique avec arme par destination, accusé d’avoir foncé sur des forces de l’ordre à un barrage avec son vélo, en marge d’une opération policière dans un campement.

Aubépine Dahan, récemment jugée et relaxée, est venue parler du triangle des migrants, où de nombreuses personnes vivent dans la rue, dans le nord de Paris. « Nous avons été nassés pendant cinq heures à Stalingrad, puis convoqués et jugés pour rassemblement illicite et fausse déclaration de manifestation », explique-t-elle à la tribune.

« L'état cherche à circonscrire et à définir lui-même ce qu’est la solidarité », s’inquiète Houssam al Assimi, qui avait été jugé avec la jeune femme.

Venu de Perpignan, Denis Lambert a été poursuivi en 2015 pour avoir hébergé une famille arménienne, puis l’audience s’est soldée par un non-lieu. Aujourd’hui, il assure continuer, comme il le fait depuis 2005, à héberger des familles et il collabore au Secours Populaire Français (SPF).

A la tribune, le directeur d’Emmaüs France, Thierry Kuhn, demande notamment l’abrogation du six cent vingt deuxième article du CESEDA ou encore la régularisation des travailleurs sans papiers ». « Si venir en aide aux étrangers est un délit alors nous sommes tous des délinquants », estime-t-il.

Pour la directrice du Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués (CIMADE), Geneviève Jacques, « on constate malheureusement une recrudescence de ces mouvements » de répression de militants et bénévoles et elle craint un « esprit état d’urgence qui amène des responsables politiques à se tromper de cible. Dans le monde dans lequel nous vivons, c’est au contraire la solidarité qui permet d’avoir de l’espoir », assure-t-elle.

 

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