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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 19:52

 

http://www.liberation.fr/planete/2017/02/23/un-pro-sanders-pour-ranimer-les-democrates-americains_1550661

 

Keith Ellison, candidat à la direction du parti démocrate des Etats Unis

 

Par Pierre Carrey

 

Le parti démocrate des Etats Unis, divisé et sonné par sa défaite contre Donald Trump, choisit Samedi 25 Février 2017 son nouveau leader. Parmi les favoris, le député du Minnesota, Keith Ellison, est le représentant d’une ligne bien ancrée à gauche. Mais ce n'est pas sûr que les caciques le suivent.

Keith Ellison a trois atouts pour devenir Samedi 25 Février 2017 le nouveau leader du parti démocrate des Etats Unis, il est de gauche, musulman et noir. Il a aussi trois handicaps, il est musulman, noir et de gauche. Dans l’Amérique de Donald Trump et des manifestations contre Donald Trump, chacun de ces critères vaut son poids de haines et de bulletins. Keith Ellison, cinquante trois ans, avocat de formation, élu depuis 2007 député du Minnesota, un état d’électeurs blancs et mâles dont on dit qu’ils filent républicains par revanche mal placée ou par exaspération d’une crise sociale qui dure, est rompu aux déchirements.

A dix neuf ans, il appelle des associations étudiantes à effacer un graffiti raciste sur les murs de l'université, la police s’en mêle et arrête un militant, Keith Ellison devient un porte-voix contre les brutalités.

En 2009, il squatte l’ambassade du Soudan à Washington pour protester contre ce gouvernement africain qui bloque l’aide alimentaire au Darfour. C'est lui qui termine au poste. Le premier, il s’est lancé dans la compétition pour devenir chairman des démocrates, à peine six jours après la gifle à Hillary Clinton.

Il entend recoudre le parti démocrate des Etats Unis, puis les Etats Unis. Qu’il ne découpe pas en tranches communautaires et électorales, mais qu’il prend comme un tout. Plutôt que de minorités, Keith Ellison parle de solidarité. Dans son livre paru en 2014, il emploie des mots nouveaux ou oubliés, comme la « politique de la générosité et de l’intégration ». L’élu se fait fort de réunir « toutes les couleurs, toutes les cultures et toutes les religions ». Il est le tenant d’une ligne bien à gauche au sein d’un parti déporté sur la droite, seulement gauchi l’an passé, peut-être sous une fine couche d’illusion. Cet authentique libéral au sens américain du terme, candide, mais pas ramolli, utopiquement réaliste, est réfractaire au capitalisme sauvage, hostile à la peine de mort et à la prolifération des armes à feu.

Keith Ellison rappelle un peu ce que Barack Obama fut dans sa jeunesse et ce qu’il a un peu oublié à la Maison Blanche. Il emprunte d’ailleurs à l’ancien président quelques formules de discours, même s’il cite plus volontiers Martin Luther King, pacifiste incandescent. D’autres voient en lui un nouveau Jesse Jackson, le pasteur noir classé très à gauche, actif dans les années 1970 et 1980, un adversaire potentiel pour William et Hillary Clinton qui s’est retrouvé errant aux marges de son propre parti.

Depuis le mois de novembre 2016, Keith Ellison est parrainé par d’illustres figures de la gauche américaine, à commencer par Bernie Sanders, le candidat malheureux aux élections primaires du parti démocrate, Elizabeth Warren, la sénatrice qui monte sur le ring face aux républicains, ou le maire progressiste de New York, Bill de Blasio.

La base militante pourrait s’en réjouir, mais ce sont les caciques qui voteront pour leur président Samedi 25 Février 2017 à Atlanta, partagés entre le fantasme d’un consensus fédérateur et la conscience que la crise financière de Wall Street, les violences contre les noirs et l’avènement de Donald Trump ont réveillé ce qui restait de gauche dans le pays.

Mais, au mois de décembre 2016, la droite qui crache a trouvé le scandale de Keith Ellison. La chaîne Fox News a armé son missile. Ce musulman, le premier de l’histoire à rejoindre la chambre des représentants, le premier donc à prêter serment sur le coran, un exemplaire de 1815 qui appartenait à Thomas Jefferson, fut accusé d’avoir soutenu Louis Farrakhan au début des années 1990, le leader du mouvement Nation of Islam, révolté contre la misère ou la drogue et coupable de propos antisémites. Par effet d’association, Keith Ellison a été repeint, à tort, en antisémite. Comme il l’a expliqué, il défend l’existence de deux états, Israël et la Palestine, mais vote des subventions au gouvernement de Tel-Aviv.

Keith Ellison se méfie moins des ordures de la droite que des détestations endémiques du camp démocrate. Mais il ne laisse pas passer les baisers empoisonnés de la bande à Donald Trump. Cette semaine, le président s’est fendu d’un tweet en personne, presque en forme de soutien, « une chose que je voudrais dire au sujet du député Keith Ellison, dans sa bataille pour le parti démocrate, c’est qu’il est celui qui a prédit de bonne heure que j’allais gagner ». C’était au mois de juillet 2015. Keith Ellison sentait l’Amérique gronder, ce que ses camarades démocrates ne sentaient pas.

Les compliments de Donald Trump a minima ne l’impressionnent pas. Il s’est dit partisan, Mercredi 22 Février 2017, de lancer contre lui une procédure d’impeachment à la première occasion.

Qu’il soit ou non élu à la tête du parti démocrate, Samedi 25 Février 2017, Keith Ellison pourrait peut-être briguer l’investiture pour les élections présidentielles de 2020. S’il est toujours là, il affronterait Donald Trump, son antithèse exacte. Celui qui défait les liens. Mais prudence, Keith Ellison le sait, ses partisans tout autant. Les prophètes de la gauche américaine ont souvent mal fini, entre reniements et disparitions subites des arcanes du pouvoir.

 

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