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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 15:38

 

http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/02/03/fillon-doit-partir_1546274

 

François Fillon doit partir

 

Par Laurent Joffrin

 

Vendredi 3 Février 2017

 

Disqualifié sur le terrain précis qui faisait sa crédibilité, celui de l’intégrité et de la droiture en politique, le candidat des Républicains n’est plus en mesure de représenter la droite et encore moins de présider la France.

François Fillon doit partir. De quelque manière qu’on tourne ce problème, la conclusion est chaque jour de plus en plus évidente. Le candidat des Républicains n’est plus qualifié pour représenter la droite française et encore moins pour occuper la charge de président de la république.

Il n’y a aucune joie mauvaise dans ce diagnostic, aucune vindicte orientée, plutôt un accablement, une mélancolie et une tristesse démocratique. Voilà un candidat dont on contestait le programme mais dont on respectait la personnalité, qui avait toutes les apparences de la droiture austère et de la rectitude exigeante, pugnace dans la vie politique mais éloigné, pour autant qu’on puisse en juger, des combines et des arrangements qui ternissent si souvent le blason de la classe politique. Las, son discours depuis le début de la crise rend caduque cette image rassurante. Il doit se retirer.

Certains incriminent une communication impotente. Drôle de réflexion, ainsi, le candidat des Républicains aurait-il mieux raconté des histoires, mieux noyé le poisson et mieux fourbi son storytelling, qu’il aurait mérité plus d’indulgence ? C’est donner la prime aux habiles, aux enfumeurs et aux charmeurs de serpents. Ce n’est pas la communication qui plombe François Fillon. Ce sont les faits. Il affirme depuis une semaine que son épouse était bien son assistante et qu’elle œuvrait avec un zèle discret à l’accomplissement de sa tâche de député. On pouvait en douter. Les traces de son travail sont évanescentes et les témoins contredisent sa défense, on n’a produit à ce jour aucun début de document, d’emploi du temps ou de carnet de rendez-vous qui vienne à l’appui de ces dires.

François Fillon spéculait sur le flou des règles. Le poste d’assistant parlementaire obéit à une définition nébuleuse et il est de tradition de laisser le député seul juge du travail de ses assistants. Il pouvait tabler sur un classement du dossier faute de preuves. Blanchi par la justice, il aurait contre-attaqué, fustigeant l’atteinte à la présomption d’innocence, clamant partout qu’il a respecté la loi, serait-elle mal faite.

Tout change avec le témoignage diffusé Jeudi 2 Février 2017 par la deuxième chaîne de la télévision française. Cette fois, ce n’est pas un journaliste, un folliculaire, un opposant vindicatif ou un allié perfide qui vient le contredire sur le travail de Pénélope Fillon. C’est Pénélope Fillon elle-même. Devant plus de cinq millions de téléspectateurs, dans un entretien sans enjeu ni piège, au détour d’une conversation, sans que l’on puisse supposer un instant qu’elle travestit la vérité, l’intéressée confirme l’inexistence de son travail, « je n’ai jamais été son assistante, ou quelque chose de ce genre ». A cette époque pourtant, en 2007, elle percevait depuis quatre ans un salaire d’assistante parlementaire. Justice ou pas, officines ou pas, campagnes médiatiques ou pas, le fait nu, clair et brut est exposé en pleine lumière. Le mari dit que son épouse travaillait. L’épouse dit que non. Le mystère est éclairci et le masque tombe. Le couple a bien perçu indûment une somme qui ne saurait paraître minime aux yeux des français.

Comment François Fillon pourrait-il continuer ? Comment pourrait-il continuer à prêcher la rigueur, à demander des sacrifices partagés et à se présenter comme l’homme d'état intègre qui cherche la vérité pour le pays ? L’opinion l’a bien compris, dont les trois quarts condamnent la défense du candidat.

Une gauche partisane, cynique et guillerette pourrait souhaiter son maintien en place. Un candidat handicapé est plus facile à battre. La gauche pourrait espérer l’emporter en combattant cet adversaire qui traîne un boulet aux pieds. Mais telle n’est pas la question. Outre que la droite républicaine mérite un porte-parole incontesté, qui défende son programme sans être plombé par ses propres erreurs et qui se batte proposition contre proposition, vision contre vision, la bénéficiaire principale du scandale n’est pas la gauche. C’est Marine Le Pen. Alors qu’elle a recouru aux mêmes arrangements au parlement européen, elle se nourrira tout de même du miel empoisonné du « tous pourris ».

Tout ce qui salit le système, c’est-à-dire, en l’occurrence, le système démocratique et représentatif, dessert ses ennemis. Les démagogues ont le mensonge dans le sang. Leurs électeurs n’attendent pas d’eux la vérité ou la probité, seulement la haine du système. Le cas de François Fillon alimente la bête. Nous venons de passer près de dix jours à parler de salaires contestés, d’emplois supposés fictifs, de règlements d’assemblée, de lynchage médiatique et d’officines. Il est temps de revenir à la campagne électorale, la vraie. François Fillon doit partir.

 

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